Essai: sous l’écorce des apparences, les plaques tectoniques de l’ordre du monde sont en train de bouger.

Les évidences sont très souvent trompeuses.

Elles sont utiles pour gérer la vie courante, laquelle se situe bien souvent au niveau du superficiel, mais elles sont redoutablement dangereuses dès que l’on veut toucher à des systèmes compliqués.

Dans les systèmes complexes, les choses ne se donnent pas pour ce qu’elles sont et c’est bien souvent au prix d’investigations serrées, éclairées par l’histoire et le savoir que l’on peut prétendre interférer utilement.

Il en va ainsi du système produit par la globalisation.

Le système mondial formé par le commerce, les marchés financiers, les transferts de tous ordres, la circulation des hommes, bref le système intégré  répond précisément à cette notion de système hyper-complexe.

Vous touchez à un endroit, mais les conséquences se manifestent ailleurs, là ou le sens commun les attend le moins . Un système c’est un puzzle vivant, vous ne pouvez toucher à une pièce sans que l’ensemble se réaménage.

Dans beaucoup de cas, la prévision repose sur la théorie, sur les outils intellectuels qui sont utilisés. La théorie elle , elle dépend de vos objectifs, de vos points de vue et de vos priorités.

Ainsi pour l’intérêt du commerce et des importations .

Si vous importez très bon marché des produits finis ou semi finis, à des prix pour parler comme Trump, à des prix de dumping, vous bénéficiez d’une richesse que vous payez bien en dessous de sa valeur. Donc vous bénéficiez d’un transfert de richesse grace à cet échange inégal. Si vous bénéficiez d’un transfert de richesse, vous vous enrichissez. Et vous pouvez revendre ces richesses, sous payées , dans votre pays avec une belle plus value ou une belle valeur ajoutée, ce qui fabrique  du GDP et de la profitabilité pour votre système. En fait vous bénéficiez d’un « input » qui vient bonifier toutes vos grandeurs économiques au détriment du pays vous vend ces produits ou semi produits. Vous êtes le bénéficiaire de cet échange inégal.

Le système americain est le système fondé sur la profitabilité , sur la recherche de la profitabilité; ce n’est pas le système fondé sur l’emploi maximum come l’était le système soviétque.

Avec la globalisation le système US importait des produits et semi produits en dessous de leur valeur et ainsi en les incorporant dans son économie, il augmentait ou maintenait sa profitabilité. C’était un moyen de défense contre la tendance à la chute de la profitabilité du capital.  La globalisation a d’ailleurs été voulue et produite par le capital américain et sous sa houlette.

Les fournisseurs des USA savent bien que l’échange est inégal et qu’ils font en apparence un marché de dupes; ils vendent bon marché ,,, ils bradent des produits qui contiennent une valeur-travail bien plus élevée que leur prix. Mais ces pays ont besoin de décoller, d’apprendre, de s’équiper, de copier, de bénéficier de transferts de technologie, bref ces pays acceptent l’échange déséquilibré parce qu’ils pensent au long terme. Ils veulent mettre leur population au travail. Et aussi parce qu’ils veulent s’armer. Les dirigeants de ces pays autorisent l’exploitation capitaliste de leur main d’oeuvre parce que leur calcul est qu’ils sont gagnants à long terme: accumulation d’un savoir, d’un capital, et construction d’un appareil de défense.

Cette analyse est celle du capital américain; pour bonifier la profitabilité et le GDP, il faut importer de Chine. Bien sur cela fait des emplois en moins aux USA mais dans un système fluide et mobile, les emplois en moins dans  un secteur sont compensés par les emplois meilleurs, plus utiles, plus rémunérateurs ailleurs.  En particulier grace à l’ouverture de nouveaux domaines et de nouvelles technologies. La valeur ajoutée americaine est de moins en moins sur les produits et de plus en plus sur l’immatériel, sur ce que l’on peut appeler la stratégie d’entreprise  ou le stratégique. La valeur ajoutée du système américain c’est une sorte de « dark matter », de matière noire qui tourne autour de la communciation, des réseaux, de l’imaginaire,  de la gestion des valeurs mondiales, des stratégies de gestion, le tout conçu non comme ouvert à la concurrence mais comme monopole.

Ces nouvelles technologies soft, très soft  produisent une valeur ajoutée supérieure, une productivité plus grande et finalement en délaissant ce qui est banal pour se réorienter vers ce qui est unique,  plus sophistiqué,  les USA sont largement gagnants.

Surtout si vous payez en monnaie de singe, si vous échangez des dollars issus de la printing press contre des richesses concrètes  réelles. Vous êtes gagnant-gagnant! Vous bénéficiez d’un échange inégal fantastique lors de l’imporation de marchandises finies semi finies  que vous payez avec du vent. Car vous savez bien que vos dettes ne seront jamais honorées, jamais remboursées aux créanciers et que tout ceci n’est qu’un jeu d’écriture dans les livres comptables , un jour les livres de compte  seront détruits.

La crise de 2008 est venue bousculer ce bel édifice qui donnait satisfaction aussi bien aux exploiteurs qu’aux exploités. On était sur un système binaire, un couple. Malheureusement comme le disait Mao, tout système finit par être victime à la fois de ses contradictions internes et de ses antagonismes externes.

L’édifice est en effet devenu très fragile et instable sous son poids et sa complexité.

En particulier sous trois  aspects:

d’abord l’aspect social et ensuite l’aspect financier et enfin l’aspect géopolitique.

-Les destruction d’emplois traditionnels ont miné la société américaine en profondeur, prolétarisé mettant en danger le consensus et les équilibres politiques du bipartisme

-les émissions de dettes pour recycler les créances des exportateurs ont du être poussées et il a fallu offrir à ces capitaux des emplois de plus en plus douteux comme les produits « packagés » pourris que l’on a fait passer pour sains

-les pays exportateurs, créanciers, ont beaucoup épargné et ils ont à la fois constitué des trésors de guerre  et en même temps des forces militaires concurrentes de celles des USA.

Si on accepte cette mise en ordre, cette façon de voir les choses alors on admet que le système issu de la globalisation des 30 dernières années a buté sur ses limites internes, sur ses propres limites, celles qu’il produit dialectiquement. La crise de la dette de 2008 c’est la manifestation des limites de reproduction du système, cette crise nous dit on ne peut continuer, il faut changer des choses importantes. bouger des invariants.

On a buté également sur les limites externes formées par les antagonismes de puissances, fondées sur l’inéluctable compétition stratégique qui devait s’ensuivre avec la montée en puissance de la Chine et le retour sur la scène de la Russie.

Dans ces conditions un choix se posait et le tournant de l’histoire a été pris.. parce qu’il ne s’est pas posé, parce que les élites ont jugé qu’il ne fallait pas le poser clairement cela aurait été trop désanvatageux pour elles. En particulier pour les franges de la bourgeoisie les plus riches et les plus financiarisées.

On pouvait  considérer que le bien être et l’avenir se situait dans la poursuite de la globalisation coopérative, concertée  avec d’une part modification des institutions internationales pour faire de la place aux puissances montantes et d’autre part destruction  de l’obstacle, des limites, c’est à dire destruction du  capital excedentaire que l’on ne puvait honorer.

On pouvait aussi  refuser les réformes internationales, refuser la perte d’hégémonie US, refuser la réforme du système monétaire et financier, bref refuser la destruction du capital ancien, refuser cette destruction et retourner en arrière sur la globalisation, revenir à un monde d’affrontement, de compétition stratégique afin de laisser à la force et la violence militaire le soin de determiner qui allait être détruit, ruiné, laminé.

C’est la seonde voie que l’on a implicitement choisie: il n’y a plus de place pour trois crocodiles dans le Marigot.

 En Prime

Un texte chinois de très bonne qualité de l’ancien gouverneur de la banque centrale.

Former Chinese central bank governor Zhou Xiaochuan suggested on Wednesday that the direct impact on China of the trade war with the US « appears limited, » though it could quickly prompt China’s top exporters to pivot away from US markets.

Xiaochuan, who left the bank in March after 15 years at the helm, told Reuters that China’s economy would be stable in 2018, with an expected growth rate of 6.5%, but needed to shift away from an economic model based on « urbanization, » or constructing ghost cities.

However, the main risk to the global economy is protectionism according to the ex-PBOC head.

The costs of protectionism could hit the US the hardest, as Chinese firms are expected to withdraw from US markets and expand into other global economies:« I think it will force China to look at many other markets. So it’s not necessarily a good thing for the United States, » he said.

« I think the speed of (geographical) diversification can be relatively fast and beyond many people’s expectations. »

Reuters said Xiaochuan downplayed the idea that protectionism will severely affect economic growth in China, which he said had been estimated at 0.2-0.8% of GDP, but added that trade wars are creating uncertainties and could hurt business confidence.

Xiaochuan is right, in the latest US Economic Outlook via Barclays, US Economist Michael Gapen revealed that global growth momentum is already slowing.

Gapen also showed that global trade volume as a share of world GDP has likely reached a turning point into a protectionist era.

As a result of the peak in « hyper-globalization », China is being forced to change its growth strategy after many decades. The economic driver of supplying Western markets with cheap goods and constructing ghost cities in China are over. “Whether this is reaching the peak or has peaked and maybe going down, we need to find some new economic growth driver, » said Xiaochuan.

That new « driver » could be the Belt and Road Initiative (BRI), China’s ambitious effort to promote regional cooperation and connectivity on a trans-continental scale via infrastructure-building projects covering Eurasia, various oceans, and parts of Africa (while saddling up neighboring nations with massive debt due to China).

The BRI will allow China to pivot away from the US markets and the dollar system by enabling the internationalization of the yuan (also known as the renminbi (RMB)) with countries along this new economic system. Xiaochuan added that more global market participants might start using the yuan as China improves the exchange rate regime and the currency becomes more usable and convertible. « So if the other currencies have some problem, the global market may decide to use more RMB. »

As China exporters begin to pivot away from the US and focus on BRI countries, has Trump protectionist bluff backfired and alienated one of the country’s biggest trading partners?

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3 réflexions sur “Essai: sous l’écorce des apparences, les plaques tectoniques de l’ordre du monde sont en train de bouger.

  1. Mr Bertez, vous devriez enseigner à sciences po hec ou dauphine.
    Quel est le nombre de lecteurs sur vos sites ?
    Ne devriez vous pas publier de façon traditionnelle ?
    L’engagement politique ne vous a t il jamais tenté ?

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  2. J’ai mis du temps à comprendre et accepter la chose : un best-seller de sa part ou des cours augmenteraient son audience certes, mais paradoxalement sa singularité disparaîtrait.
    C’est dans ce rôle d’électron libre que son propos garde de la portée et une puissance subversive intacte : pas dénaturé, pas corrompu, ou déformé par la vulgarisation de masse.

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  3. Le but des politiques n’est pas de servir mais d’asservir, le but des medias n’est pas d’informer et celui de l’ecole n’est pas de transmettre: tout est propagande et asservissement et c’est pour cela que tous ces gens sont bien payés.
    Pour ca aussi qu’internet va être purgé…

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