Editorial, de la fonction clivante du populisme, son utilité pour maintenir la fiction de la démocratie libérale.

On voit fleurir le mot « populiste », les attaques et le mépris qui l’accompagnent dans presque tous les articles des médias. Il y a ainsi des modes, des tics qui prennent vite lorsque l’exemple est donné d’en haut. Ce mot on le met à toutes les sauces mais bien sur aucune n’a bon goût! Elle sont toutes amères et répulsives.

Je me suis déjà, et à plusieurs reprises, livré à des analyses serrées du populisme et j’ai cessé d’y prendre plaisir. J’ai compris que nous avions dépassé le stade de la réflexion ou de la confrontation d’idées: le terme populisme ne ressort plus du débat, on débat encore avec des adversaires pas avec des ennemis.  Non il ressort de la guerre. Et dans la guerre on a des ennemis.

L’accusation de Nazi fait de vous un ennemi, pas un adversaire 

L’accusation de populisme , c’est une arme qui est utilisée par les élites et leurs suiveurs, leurs harkis pour essayer de tuer socialement, démocratiquement ou républicainement ceux qui ne pensent pas comme eux. C’est le contraire d’un mot inclusif, c’est un mot qui disqualifie. Ce mot est balancé comme une insulte parce qu’il est chargé de connections soigneusement tracées et entretenues: racisme, antisémite, nazisme.   Grâce à cela il est utilisé comme disqualification à la parole, comme une nullification: vous êtes un populiste , donc vous n’avez ni le droit à la parole ni le droit d’exister .

Il est frappant de voir que ceux qui l’utilisent se présentent comme centristes, comme refusant le clivage droite/gauche comme Macron. En  fait ils tracent un autre clivage, celui du centre  marécageux qui  rejette les extrêmes. Ce clivage c’est d’un côté le camp du bien massifié, dont on a fait disparaître les identités et les déterminations et de l’autre le camp du mal, le camp de ceux qui sont structurés qui ont une colonne vertébrale, qui tiennent debout par des références et des convictions. Le camp du bien martelle:  « vous devriez avoir honte de ce que votre populisme évoque; votre devriez avoir honte des associations d’idées que nous y accolons car en dernière analyse, quand tout le cheminement des associations d’idées a été parcouru,  vous êtes raciste, antisémite, ringard, égoïste, bref nazi ».

Nazis est l’insulte clef , c’est la synthèse de tout, tant le souvenir des horreurs , soigneusement entretenu par les ingénieurs sociaux et savamment retourné par leurs médias est ancré dans les mémoires et les perceptions. Nazi est un mot qui a changé de statut: il ne décrit plus, il ne désigne plus, non, il transforme la personne qui en est affublée en un paria. Avec  la nazification de l’ennemi, on est dans le vaudou. Epingler quelqu’un de l’étiquette nazi ressort de la magie.

ll faut cesser de s’interroger sur « nazi » car le contenu du mot est un piège, c’est une diversion. Il faut s’interroger sur l’utilisation du mot, démystifier cette utilisation, montrer en quoi elle est scélérate. Si vous entrez dans la discussion sur le nazisme vous êtes foutus, car là on touche au sacré, on touche à des interdits qui sont maintenant définitifs. La seule chose à faire est de discuter de l’utilisation du mot, de contester l’usage de cette arme que constitue la nazification de l’adversaire. Mais attention l’adversaire est rusé et quelque fois il ne vous nazifie pas directement, il joue par la bande! Ainsi Macron  varie les attaques et quelquefois il se borne a évoquer … la similitude avec les Années Trente. Il joue sur les amalgames, la polysémie, les associations d’idées. Ce que bien sur tout le monde comprend , mais il ne l’a pas dit n’est ce pas que vous êtes un nazi, c’est vous qui le dites.

Désigner, nommer des populistes, c’est diviser le champ social pour régner 

J’y insiste car pour lire régulièrement les travaux des think tanks européistes, je sais que c’est une stratégie  élaborée, pensée, qui a été mise au point dans la perspective des élections européennes de 2019; faute de pouvoir se vanter d ‘un succès de gestion les européistes ont mis au point une fois de plus une stratégie scélérate qui consiste à cliver salement, honteusement, à diviser les peuples. Ils se contentent de gagner, ils n’ambitionnent plus de recueillir des adhésions. Ils se foutent d’être légitimes. Et à cette stratégie il faut reconnaître que les partis de gauche type Mélenchon prêtent leur concours. Pour avoir une place à table, un strapontin,  et pour survivre ces pseudo partis de gauche comme Diem 25 ou les Insoumis, se soumettent au clivage imposé par les dominants et les européistes.

Je soutiens qu’admettre la réalité du vote populiste c’est se comporter en complice des élites que l’on prétend combattre. c’est rentrer dans  leur entreprise de division, de clivage pourri.

La  nazification des adversaires est ce que l’on appelle une projection. L’homme a cette faculté de balancer sur le monde extérieur et surtout sur ses congénères, les saloperies qu’il a en lui. Vulgairement cela recoupe le système du bouc émissaire.

Cette projection de la saloperie que les élites abritent en elles  est un phénomène mondial.

Ce n’est pas un hasard si on prête à Churchill une citation qui dit que ce sont les fascistes eux même qui, à l’avenir traiteront les autres de fascistes. Non ce n’est pas un hasard car l’idée, la phrase n’ont pas besoin d’auteur, elles s’imposent d’elle même, elles sont dans l’air;  c’est une création de l’inconscient collectif qui a tout compris; mais il fallait lui donner un père à cette phrase, à cette affirmation et qui de plus prestigieux que Churchill?

Je soupçonne que le succès de la stratégie de nazification de leurs  adversaires par les élites et de leurs complices, est en grande partie due à la tendance de la psyché humaine à l’inversion. A la faveur des progrès de la science de la communication, des sciences de l’inconscient, une science de la persuasion s’est construite.

L’âme humaine fonctionne selon des principes simples, privilégiés et quand on réussit à chevaucher ces principes simples, alors on est redoutablement efficace pour la manipuler.

L’homme a une tendance terrible à l’inversion des causes et des effets, à la projection de la noirceur qui est en  lui sur ses adversaires et ennemis; il a une tendance irrépressible au moindre effort, à l’évitement, aux amalgames , à la répétition, à l’imitation … ce sont toutes ces tendances, bien exploitées par les ingénieurs  sociaux, les publicitaires, les communicants, les  think tanks qui servent à mater les individus, à les massifier , à les isoler et bien sur à les neutraliser en tant que force politique.

Ce sont bien sur les élites qui ont favorisé la montée du nazisme , elles y ont vu un moyen commode de sortir de la crise des années 30, un moyen de détruire les appareils de productions inutilisés, un moyen de former des cartels, un moyen de lutter contre la vague communiste montante, toutes les recherches le prouvent, y compris celles sur les origines du financement du nazisme et celles sur la réalité des collaborations ignobles entre les bourgeoises.

Hélas au lendemain de la guerre, au lieu d’ouvrir tout grand les  livres, au lieu de faire la lumière, de tout montrer au grand jour, on les a refermés, on a tout recouvert d’un voile noir. Pourquoi? Parce que les élites dans la défaite ont  encore gagné, elles ont  conservé le pouvoir, elles ont repris le dessus sur les classes populaires  grâce à l’aide de la bourgeoise américaine elle aussi obsédée par le risque communiste. On n’a pas fait le procès du nazisme et du fascisme, il aurait été trop révélateur; on a fait le procès des lampistes pour exonérer les racines, les structures, l’inconscient caché de l’idée fasciste. Au lieu d’expliciter la montée du nazisme, en quoi il était une mystification des peuples , en quoi il servait les intérêts des ultra riches éternels, eh bien on a  dit: ne parlons plus de tout cela, faisons la réconciliation nationale .

Le fascisme  se réduit toujours à ceci: les peuples doivent se sacrifier.

Pour quoi ils doivent se sacrifier est indifférent, car ce qui compte c’est qu’ils se sacrifient!  Cela peut être la Nation, la Patrie, le Communisme, le Socialisme, le Progrès, la Construction Européenne, peu importe ce qui compte c’est qu’ils se sacrifient; Et en toute dernière analyse le fascisme consiste en un sacrifice des peuples pour les élites, les dominants, les ultra riches éternels, bref les maîtres. Les peuples sont l’offrande que les maîtres font sur l’autel de leur volonté de puissance.

Et le fascisme, le vrai celui d’en haut, ce fascisme là n’est jamais mort il n’a fait que sommeiller en attendant de resservir et, comme la noirceur  au bois dormant, ce fascisme quand les difficultés sociales se sont réveillées comme dans les années 30, ce fascisme on est allé le rechercher dans son cercueil jamais refermé et on l’a projeté, tartiné sur la gueule des foules que l’on voulait neutraliser par la salissure.

Ce fut, c’est une opération ignoble que celle de salir des peuples entiers, que celle de leur  ôter toute fierté, de les culpabiliser. Le peuple n’ose plus penser, se révolter, il a peur de lui même , il a honte, il a peur de ce que on lui dit qu’il est.

Les oppositions politiques et syndicales sont ineptes car elles s’inscrivent dans ce monde dégueulasse, elles habitent cette névrose de culpabilité et de noirceur, ce monde ou les victimes sont traitées de bourreaux . Les opposants politiques sont des enfants de cette culture et il ne faut pas compter sur eux pour s’en extraire car comme tout rebellocrate, ils en vivent, ils s’en nourrissent. Les opposants vivent bien, certains même très bien,  de la dénonciation de ce qu’ils entretiennent.

Il faut comprendre que le contenu des divisions , le concept clivant n’ont aucune importance et il est dommage que les partis de gauche qui ont même quelques intellectuels valables ne l’aient pas compris; l’arme c’est le tranchant qui permet de cliver. Et ce tranchant, cette lame clivante est opportuniste. Ainsi aux USA on remplace la nazification par la convocation du Klu klux klan! On convoque la fantôme du « white male supremacist »; le fantome du male blanc qui se croit supérieur . Tout est bon du moment que l’on réussit à actionner des leviers enfouis dans l’inconscient du peuple.

On peut pousser plus loin l’analyse et  oser affirmer que la féminisation de nos sociétés et le rejet du mâle font partie du même procédé de manipulation politique, il faut pour casser la résistance des hommes, des mecs, de ceux qui ont vocation héroique, il faut d’une part valoriser la féminité    et d’autre part salir, machiser ceux qui ont encore des c……s.

Quand on y réfléchit, on s’aperçoit que tout cela est réponse à la crise du profit que nous décrivons souvent et à la crise de 2008. Cette crise fondamentale impose un durcissement du système, une régression des avantages sociaux et salariaux concédés au fil des années . La démocratie libérale qui a bien servi dans les années de prospérité   n’est plus praticable, ce n’est plus solution. C’est un luxe que les élites ne peuvent plus se payer et surtout nous payer! Il faut la vider se son contenu, ne garder que son formalisme car il faut conserver le pouvoir malgré la dislocation du bipartisme. La division des peuples est l’arme suprême, l’arme éternelle, elle a si bien servi dans l’histoire.

La crise clive naturellement selon des lignes de partage multiples, élites urbaines contre campagnes, immigration contre identité, sédentaires contre nomades, progressistes contre conservateurs  etc. Et il suffit d’une bonne ragougnasse malhonnête pour transformer tous ces clivages complexes en un clivage utile aux élites: le clivage entre populistes  et libéraux.

Et une fois que l’on a implanté ce clivage, on touille, on assaisonne, on décline. On monte les uns contre  les autres. On casse les identités profondes d’avant et on les remplace par des rôles de circonstances . La médiatisation quotidienne  de ce clivage vise à contraindre les populations à choisir l’un de ces deux maux. Et c’est exactement ce à quoi s’est attelé Macron: forcer les gens à choisir un camp parmi ceux qu’il a artificiellement fabriqué.

L’opposition entre les libéraux et les populistes  ou entre les libéraux et les il-libéraux est, vue sous cet angle une mystification de plus, un piège et à mon sens il fait la récuser dès maintenant car c’est cette opposition qui permet au système des élites de se maintenir.

La vraie opposition n’a pas besoin de nom. Elle n’est même pas à inventer , même pas à formuler, elle s’imposera d’elle même  sans mot d’ordre et sans discours. Sans mise en  forme car elle sera pure force de rejet brutal. Car les inventions ne sont que prolongements du passé; non la vraie opposition se produira d’elle même sous une forme inconnue, elle sera produite par le réel , par la souffrance, par  le mal être, pas par les hommes ou par des guides.

Il n’y a pas de prophète de ce qui n’existe pas encore et n’est donc pas nommable. La vraie révolution se  fera bien sur, elle sera d’abord  révolte des forces vives, brutes, dionysiaques, non canalisées, non mises en mots.

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12 réflexions sur “Editorial, de la fonction clivante du populisme, son utilité pour maintenir la fiction de la démocratie libérale.

  1. Excellent texte.

    Une remarque: il conviendrait de souligner que antisémite et antisioniste sont devenus aussi l’équivalent de nazi et sont tout aussi infamants.
    Autre néologisme qui se veut disqualifiant: islamogauchiste.

    De tels glissements sémiologiques sont tout aussi criants, tels que marxiste, communiste.
    C’est presque une marque du totalitarisme de notre société contemporaine que ces glissements de sens pensez à « progrès », « progressisme »..
    L’usage de néologisme ou d’anglicisme (alors que des mots français existent) participent aussi à un discours de disqualification.
    Tout cela est bien étudié et documenté.

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  2. Merci de cette synthese.

    Mais je suis moins optimiste que vous.

    Soit le niveau de l alphebetisation est tres haut, mais plus personne ne lit. Ils ont reussi la propagation dune sous-litterature qui cretinise plutot qu elle eveille.

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    1. Moi j’ai confiance en ce sens que le système court à sa perte et va s’effondrer. Les trente glorieuses, grâce à la pression du communisme, a vu la taxation des plus riches la plus élevée ce qui a permis la redistribution des richesse, la paix (en Europe) et la décolonisation (mais pas l’impérialisme). La redistribution n’ayant plus court, c’est l’atomisation des citoyens qui assure aujourd’hui la relative paix sociale (mais aussi nombres de pathologies). Je ne pense pas que cette situation puisse encore durer longtemps. Je craint cependant, et comme ça a été les cas au XXe siècle, que le système fera tout pour survivre et ira jusqu’à déclencher une guerre apocalyptique (comme en 1914 et 1940). Nous verrons comment l’humanité se redressera, mais elle se redressera quoi qu’il arrive et sous un autre modèle sociétal.

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  3. Totalement en accord avec votre analyse. La démocratie est désormais une fiction, ce n’est plus qu’un produit que l’on vend au peuple comme du Coca-Cola (la comparaison n’est pas innocente !) avec des arguments frelatés. Une immense manipulation des esprits est en cours… mais bien peu en ont conscience.

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  4. encore un autre de vos tres beaux articles si bien ecrits.
    Je m’interroge sur le mouvement semble t il spontane des gilets jaunes qui cherchent a organiser une manifestation anti essence chere le 17 novembre. Avec ce que l’on sait sur les rapports facebook-cia,pensez vous que ce mouvement correspond a cette  » révolte des forces vives, brutes, dionysiaques, non canalisées, non mises en mots. » ou court on le risque d’un « maidan » en france?

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