Re-présidentialiser Macron

Après les épisodes quasi crapuleux à l’Elysée et aux Antilles, les communicants ont décidé de re-présidentialiser Macron.

Les techniques sont simples voire éculées.

Il s’agit de le montrer avec les attributs du pouvoir, c’est à dire du Président successeur des Rois. D’ou le spectacle de la commémoration de la Grande Guerre, d’où les réceptions de ses Pairs, les chefs d’état , d’ou les imbécillités qui se croient gaulliennes comme l’armée européenne, d’ou la pitrerie du porte avions.

D’ou  le spectacle monté et produit ci dessous.

Hélas quand le charme est rompu ce n’est pas le simulacre qui peut le restaurer, non c’est l’authentique. Pour récupérer sa crédibilité, Macron devrait devenir un saint, et un héros en même temps et il n’en a pas   l’étoffe.

Les communicants ne peuvent faire passer que ce qu’ils manipulent bien:  les mots et les images. Ils n’ont aucune recette pour ce qui ne se produit pas: la confiance. 

Avec la confiance nous sommes dans un autre monde, celui de l’intuition complexe, de l’immédiat richement nourri, nous sommes dans l’empreinte, dans l’expérience, bref dans tout ce qui, ne s’expliquant pas, ne peut être trafiqué.

Macron est non seulement seul, mais isolé. Il n’a pas de parti politique autre que celui qu’il a créé artificiellement en vertu de circonstances quasi illégitimes. Sans parti, il est sans attaches et surtout sans garde-fous.

Ses conseillers sont visiblement à son image: des intellectuels hors sols, qui n’ont jamais subi les épreuves de la vie, qui ont été gâtés par l’histoire  et pourris par la prétention. Ce sont gens qui ne connaissent d’un sujet, lorsqu’ils sont en déplacement, que les 20 lignes de la fiche bristol qu’on leur donne comme viatique . Quand ils lisent ces 20 lignes ils ne disent rien tant elles sont vides; mais quand ils s’en écartent, c’est la catastrophe et le ridicule par comble d’inadéquation.

Le ridicule ne touche pas seulement le président, il touche également son entourage, ses conseillers et bien sur les médiacrates pseudo journalistes qui viennent s’abreuver à la fontaine du pouvoir.

Savez vous comment fonctionnent les journalistes quand ils ont un sujet? Avant, ils avaient des dossiers, une doc, mais c’est fini , cela coûte  trop cher. On a Google et puis c’est tout. C’est simple, ils téléphonent au conseiller qui est en charge de ce secteur, cela peut être un conseiller du président ou le conseiller d’un ministre. Les journalistes le font volontairement rien ne les oblige à le faire si ce n’est la fainéantise et l’incompétence. Il n’y a nul besoin de censure, de coordination conspi, non absolument pas, c’est volontairement que le journaliste se lie, se rend prisonnier de ses sources. Car si il ne traduit pas fidèlement la pensée de ses sources, il devient tricard, il n’a plus accès à la bonne parole, aux invitations, aux voyages etc. Les journalistes préfèrent être tocards que tricards . Le journaliste tricard  perd son fond de commerce. Savez vous que quelque fois ce sont les sources qui placent les journalistes à certains endroits? Et pas seulement en politique… en économie aussi …non je ne vais pas trahir, ce serait trop méchant et pas fair play.

Nous sommes en France dans un journalisme de connivence, un journalisme de complaisance, un journalisme passe-plats Et plus la matière se rapproche du pouvoir, plus la servitude, plus la servilité vis a vis des sources sont grandes.

Ce n’est donc nul hasard si vous retrouvez les mêmes mots, les mêmes expressions, les mêmes argumentaires aussi bien dans la bouche des journalistes  que dans celle des conseillers ou bien sur dans celle des membres du gouvernement. Jusqu’au plus haut niveau. Il y a une ligne qui est élaborée par des communicants et ensuite cette ligne est déclinée, illustrée, enrichie. Enrichie, si on peut dire!

Michel Onfray:

« Mais quand Emmanuel Macron estime que les pauvres devraient acheter et consommer comme les riches, il n’a même pas l’excuse d’être drôle… Il montre une fois de plus qu’un homme qui a travaillé dans la banque haut-de-gamme ignore ce que signifie vivre avec de petits revenus. »

Mercredi 14 novembre. Je regarde le journal de treize heures sur le service public audiovisuel. On y annonce que le gouvernement double la prime qui permettrait aux ménages les plus modestes de changer de voiture. Elle était de 2.000 euros, elle double et passe à 4.000. Bien. Mais combien coûte une voiture politiquement correcte? Je veux dire une voiture hybride, une voiture électrique? 20 ou 25.000 euros. Soit cinq fois l’allocation. Comment un ménage modeste peut-il investir autant d’argent dans une voiture? On se moque vraiment du monde!

Quand Alphonse Allais disait qu’il fallait construire les villes à la campagne, il faisait sciemment de l’humour. Mais quand Emmanuel Macron estime que les pauvres devraient acheter et consommer comme les riches, il n’a même pas l’excuse d’être drôle… Il montre une fois de plus qu’un homme qui a travaillé dans la banque haut-de-gamme ignore ce que signifie vivre avec de petits revenus.

Ce midi, le service public audiovisuel a consacré une animation destinée à nous faire prendre la vessie médiatique pour une lanterne politique.

Comme chaque jour que Maastricht fait, il s’agissait d’éclairer sournoisement l’électeur avec le catéchisme macronien. Avec 4.000 euros, nous dit le journaliste à l’aide d’une animation sur écran, quiconque décide d’acheter une voiture de 5.000 euros n’aura que 1.000 euros à sortir de sa poche. Bien, très bien… Mais sait-il à quoi ressemble une voiture de 5.000 euros, Monsieur le Président, quand on a une famille à transporter? C’est une guimbarde qui marche avec une éolienne sur le toit ou une voiture à pédales… J’écoute ce reportage et je me dis que, décidément, Macron a des amis zélés au service politique de France 2! Ceci dit, il faut bien qu’on voie de temps en temps pourquoi et comment les patrons des médias du service public sont nommés par le pouvoir…

Je regarde le soir l’intervention du fameux président de la République. Nous ne sommes plus dans la grande rigolade du doigt d’honneur antillais, mais dans les soutes du porte-avions Charles-de-Gaulle enfin sorti du garage où il avait fini par rouiller. Quelques jours plus tôt, devant un parterre de criminels de guerre planétaires haut-de-gamme, Jupiter faisait l’éloge de la paix avec des trémolos dans la voix. Trois jours plus tard (non sans avoir continué à vendre entre deux des armes de guerre à l’Arabie saoudite afin qu’elle puisse faire la guerre au Yémen…), il s’affiche comme chef de guerre dans un décor de bombardiers! « Bonjour tristesse » comme il dit lui-même mais pour les autres! Macron illustre bien le principe de la novlangue d’Orwell : « La paix, c’est la guerre » ! Nous vivons bien dans le régime de 1984…

Cette-fois-ci, le président qui aime la banque et les riches, s’exprime non pas sur le service public, comme sa fonction devrait l’y obliger, mais franchement sur la concurrence privée: il s’affiche sur TF1! Et je n’en crois pas mes yeux quand je l’entends reprendre le soir sur TF1 l’argumentaire entendu le midi à France 2! Et rebelote: « Quiconque a envie d’acheter une voiture à 5.000 euros n’aura que 1000 euros à sortir de sa poche après que la subvention eut été doublée en passant de 2.000 à 4.000 euros ! ». J’écarquille les yeux… Macron se ferait-il le ventriloque du journaliste du service public?

Non! Je ne peux imaginer que cet exemple précis, avec ces chiffres précis, livrés clés en main par le journaliste du service public, aurait été repris par le président de la République qui l’aurait trouvé bon, juste, pertinent, efficace, après l’avoir entendu dans le journal de midi qu’il aurait regardé en charentaises! Il n’y a donc qu’une seule explication: si Macron ne copie pas le journaliste, c’est que le journaliste a répété un élément de langage livré par l’Elysée!

Je souris quand j’entends les bonnes consciences du jour parler de cette sinistre époque où la télévision gaulliste était aux ordres de l’Elysée, mais qui ne voient pas qu’aujourd’hui les médias du service public sont toujours à la botte du pouvoir! Les journalistes du service public roulent dans la même voiture que le président de la République. Jadis, Outre-Rhin, on nommait « propagande » ce genre de bétaillère. Qu’on se rassure: ce véhicule de guerre idéologique ne pollue pas les rues, mais juste les consciences et les intelligences, l’esprit critique et la lucidité. Il tue lui-aussi, mais avec des particules pas bien fines.

Quand je vois ces ratages de la communication présidentielle, je ne peux m’empêcher de chantonner une petite musique des années sombres, tiens (puisque c’est à la mode ces temps-ci de renvoyer à ces années-là). C’est celle qui disait : « Radio-Paris ment, Radio-Paris ment, Radio-Paris est allemand! ». Roule ma poule…

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5 réflexions sur “Re-présidentialiser Macron

  1. Un exemple : le Président a cité dans son discours l’instituteur Kléber Dupuy le sauveur de Douaumont. Pauvre Kléber ! Toi qui as sauvé le fort de Souville avec 60 types, comme tu dois te retourner dans ta tombe ! Monsieur le Président : Douaumont est tombé au bout de quatre jours car il avait été désarmé par ce crétin de Joffre. Il est tombé sans tuer un seul soldat et l’état major français a alors crié au scandale, c’était pas jeu vous comprenez. Vous devriez le savoir monsieur le Président. Non l’exploit de Kléber Dupuy est vraiment grandiose mais c’était cinq mois plus tard, alors que les troupes allemandes s’apprêtaient à défiler à Verdun. Merci Kléber. Merci pour votre exploit à Souville. Vous êtes le seul héros honoré publiquement par la nation le 11 novembre. Et même pas pour les bonnes raisons… Pauvres conseillers ignares,à l’image de ce qu’est devenu votre ministère de l’instruction publique dont vous étiez un fidèle serviteur.

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  2. L’ennemi intérieur

    Je ne peux m’empêcher de soupçonner M. Macron d’avoir, avec son « job » de président, touché sa propre limite, et surtout d’en avoir conscience. Le costume est bien trop grand pour lui, mais on peut supposer que, jusque là, son cursus lui renvoyait une image positive, peu fouillée, mais enfin, gratifiante de son identité, de son existence. Il doit tester pour la première fois de sa courte vie la réalité, et prendre peu à peu la mesure de ses insuffisances. Peut-on s’inventer homme d’état? Il est douteux qu’il puisse se faire réélire, en eût-il le désir. On doit souhaiter que les leçons de son échec au long cours en tant que Président le poursuivront toute sa vie. Ou alors il est sot, mais tel ne paraît pas être le cas. Ce type imbu de lui-même va se voir traiter comme il le mérite en tant qu’image parfaire du looser. Sauf que la France avec lui ne gagne guère, sur aucun tableau. Il restera dans tous les cas comme un marqueur de la médiocrité des élites et des gens des médias. Sa chute sera celle du système, qui en est à se raccrocher à une éventuelle candidature Hollande. On parle aussi de Valérie Pécresse. De toute évidence, la France est sauvée.

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  3. Monsieur Berthez,

    Je veux vous féliciter pour vos analyses que je partage à 100%. Sur le net, on trouve très peu d’analyses aussi fines et pertinentes qui font le lien entre l’économie, la finance, le jeu des véritables forces du pouvoir oligarchique et les défis qui sont devant nous.
    Vous rendez un grand service à tous ceux qui cherchent à comprendre ce qui se passe.

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  4. « les communicants ont décidé de re-présidentialiser Macron. Les techniques sont simples voire éculées. Il s’agit de le montrer avec les attributs du pouvoir »

    D’un point de vue psychanalytique il s’agit de reviriliser Macron ce qui devenait capital après la garden party « gay friendly » du 14 juillet et la photo plus qu’équivoque prise aux Antilles. D’où cette image assez extraordinaire de Jupiter posant devant cet énorme symbole phallique (cet avion de chasse).
    Avec Macron chassez le phallus il revient toujours par la petite porte…

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    1. Bien vu mais c’est une erreur de la part des communicants.
      Macron est un « homme à femme », mais ce n’est pas un homme à femme au sens d’homme viril, non c’est « un homme à femme et de femme » , c’est dire le fils de sa mére qu’il veut seduire. De sa mère dont il veut combler le manque.

      On peut être homme comme père et homme comme fils ne l’oubliez pas.

      Il a gagné les élections non comme père mais comme fils brillant, ce qui le sens de son modernisme.

      Macron est brillant non pas parce qu’il a le phallus, mais parce qu’il est lui même le phallus que les femmes-mères n’ont pas. Il est le bouche trou de la mère. en fait prisonnier dans un oedipe pervers non résolu.

      Macron n’est pas un homme au sens macho, c’est un fils et lui coller les attributs phalliques comme l’on fait les communicants est un contresens ces attributs sont à contre emploi.

      Mon interprétation est confirmée par la relation évidente entre Macron fils et Trump père.

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