Marchés financiers: enfermés dans la rue Quincampoix

Le présent article avec son graphique a quatre  objectifs:

  • vous faire comprendre comment on a traité la crise de 2008
  • vous montrer que la politique a visé délibérément à rendre les détenteurs de gros patrimoines plus riches ; ce qui a accentué les inégalités et donc produit le populisme
  • vous tracer le lien qui existe entre d’un côté la taille du bilan des banques centrales, c’est à dire le lien entre la création de monnaie et la hausse des valeurs boursières
  • vous faire comprendre que  lorsque les politiques de création monétaires vont être stoppées les marchés financiers vont s’effondrer et que la seule solution sera de continuer d’inflater (1) en prenant des  risques de destruction de la monnaie
  • vous faire comprendre que ce sont des politiques à courte vue car elles reportent les dégâts dans le futur

En 2010 , l’échec des remèdes de la Fed à la crise financière de 2008 est devenu patent, il n’a pas été possible de sortir des politiques monétaires exceptionnelles comme leurs promoteurs, Brian Sack de la Fed de New York, par exemple, l’avaient espéré.

2010 a été l’année du No Exit. C’est le titre de mon article à l’époque.

Comme vous pouvez l’observer grâce au graphique ci dessous, au contraire au lieu de sortir de l’exceptionnel, on s’y est enfoncé!

Le trait bleu qui représente le total de bilan  de la Fed a marqué une hésitation début 2010, puis il pris son essor, il s’est envolé. La forte baisse de la bourse, trait orange a incité , puis obligé la Fed à poursuivre d’abord et accélérer ensuite ses opérations monétaires de stimulation.

On est alors parti pour la Great Experiment ai-je titré , en la comparant à celle de John Law. On reconstitué la rue Quincampoix. L’agiotage.

L'Agiotage rue Quincampoix (Système de Law), en 1720 / Gravure, milieu du 18e siècleVous notez que le trait bleu a produit un trait orange de pente haussière à peu près semblable ce qui   indique que la politique monétaire a bien fait monter la Bourse, elle a provoqué une hausse boursière sans précédent.

La Fed  a fait plafonner son bilan  fin 2014 , vous remarquez que ce plafonnement s’est d’abord traduit par un arrêt de la hausse de la Bourse puis par une baisse.

C’est alors que d’autres banques mondiales ont pris le relais de la Fed et ont elles  aussi inflaté leur bilan.  La BCE, la BOJ, la BNS, le BOE ont relayé la Fed comme nous l’avions prévu et expliqué à l’époque . Cela a permis de relancer les Bourses .

Pour quoi les bourses montent elles  quand les banques centrales augmentent la taille de leur bilan ?

Parce qu’elles injectent de la monnaie qui ne rapporte rien et dont les bénéficiaires veulent à  tout prix se débarrasser puisqu’elle ne rapporte rien et qu’ils s’en débarrassent en achetant des valeurs boursières qui,  elles,  rapportent beaucoup et comme ces valeurs boursières deviennent de  plus en plus rares alors leur prix monte. Une bulle spéculative s’enclenche. C’est simple, évident.

 

Fin 2017 et début 2018 il est apparu que le bilan de la Fed commençait vraiment à se contracter et que les autres banques centrales envisageaient elles  aussi de stopper puis de réduire la taille de leurs bilans! La hausse boursière s’est interrompue, on a commencé à chuter. La peur s’est installée.

En Novembre 2018 les bourses ont commencé à faiblir, la baisse est intervenue, elle a failli tourner à la catastrophe en quelques jours. La Fed en la personne  de Powell a refait ce qu’elle avait fait en 2010, elle  a promis de stopper le resserrement monétaire , de ne pas normaliser, bref  elle a promis qu’elle ne retirerait pas les dopages et les stimulants.

La hausse de la Bourse a repris.

En bleu le total de bilan de la Fed, en orange l’évolution des cours de Bourse du S&P500 

Que s’est il passé en 2010?

Il s’est passé ceci:

Bernanke a ajouté un troisième objectif aux deux objectifs habituels  de la politique monétaire,qui sont l’inflation et l’emploi, il a ajouté la création d’un effet de richesse. Un “wealth effect.” 

Bernanke, sciemment, a ajouté comme objectif de la mission de la Banque centrale, celui de faire monter les  cours de Bourse, c’est à dire de gonfler, d’enrichir, la fortune de ceux qui avaient des portefeuilles , de ceux qui avaient des entreprises  cotées , etc

Certains ont désigné la théorie de Bernanke sous le nom de théorie du ruissellement.

Ben Bernanke 

“This approach eased financial conditions in the past and, so far, looks to be effective again. Stock prices rose and long-term interest rates fell when investors began to anticipate this additional action. Easier financial conditions will promote economic growth. For example, lower mortgage rates will make housing more affordable and allow more homeowners to refinance. Lower corporate bond rates will encourage investment. And higher stock prices will boost consumer wealth and help increase confidence, which can also spur spending. Increased spending will lead to higher incomes and profits that, in a virtuous circle, will further support economic expansion.”

– Ben Bernanke, Washington Post Op-Ed, November, 2010.

En clair Bernanke nous explique qu’il va desserrer les conditions financières, rendre l’argent plus facile , afin que les prix des actions montent , que les taux d’intérêt baissent et que les  investisseurs anticipent que cela va continuer. Il nous dit que les prix des actions plus élevés vont  booster la fortune des consommateurs, ils vont se sentir riches, cela va augmenter leur confiance et cela va donc augmenter leurs dépenses; si ils augmentent leurs dépenses cela conduira à des revenus plus s élevés  dans l’économie, et à des profits croissants ce qui formera un cercle vertueux. Ce cercle vertueux assurera la poursuite de l’expansion économique.

Pourquoi Bernanke s’est-il trompé:

-parce que le wealth effect n’a pas marché

-parce que la théorie du ruissellement est fausse

-parce que les entreprises n’ont pas utilisé l’argent facile pour investir

-parce que l’économie est trop chargée de dettes

-parce que le redressement de  l’économie a été trop lent

-parce qu’il n’ y pas de vraie confiance

-parce que la globalisation a empêché les salaires de monter

-parce que la théorie monétaire de Bernanke est fausse

-parce que les  banques au lieu de prêter l’argent offert l’ont stocké

 

(1) inflater c’est créer des signes monétaires.

Nous reviendrons sur cette future   politique pour faire face au prochain ralentissement dans un prochain article .

 

 

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