C’est la dose qui fait le poison

C’est la dose qui fait le poison
La dose fait le poison
Mon cher lecteur,
En 1976, le gouvernement Chirac autorise le projet de réacteur nucléaire à neutrons rapides Superphénix et Giscard déclare : avec ce type de réacteurs et ses réserves en uranium, la France disposera d’autant d’énergie que l’Arabie Saoudite avec tout son pétrole.
Nous sommes entre les deux chocs pétrolier des années 1970, en France on n’a pas de pétrole mais on a des idées, puisque le tout pétrole ne marche plus, on va faire du tout nucléaire.
Superphénix permettait notamment de valoriser les déchets nucléaires HALV (Haute Intensité et Longue Vie) qui posent tant de problèmes mêmes enfouis dans les entrailles de la terre.
20 ans plus tard Superphénix est fermé après un long calvaire.
Mais c’est qu’on a dû mal s’y prendre alors on remet les cendres encore fumantes du phénix sur la table avec les projets de réacteurs de 4e génération… Et puis il y a le projet ITER de fusion nucléaire qui ne produit pas de déchet radioactif.
Mais il est fini le temps où l’on voyait pousser des centrales partout en France, en Europe et dans le monde.
Les leçons ont été apprises et plus personne ne veut avoir avec ses centrales nucléaires autant d’énergie que l’Arabie a de pétrole.
Certains pensent qu’il faut donner aux énergies renouvelables, la même chance qu’au nucléaire : faire un grand plan de recherche et d’équipement pour atteindre la masse critique et équiper tout le pays de panneaux et éoliennes.
Une fois que nous aurons couvert un quart de la France de panneaux et éoliennes afin de produire, 4 heures par jour sauf en hiver, l’énergie dont nous avons besoin, nous n’aurons plus assez de terres agricoles pour nous nourrir.
Le tout renouvelables… Cela ne marche pas non plus, quelles que soient les recherches et les économies d’échelle.
Le tout fossile… C’est là où nous sommes (80% de l’énergie mondiale).
Quelle que soit la source d’énergie, la dose fait le poison, y compris les énergies renouvelables (après tout, pourquoi nous soucions nous de l’enfouissement de nos déchets nucléaires à 100 000 ans mais pas du vieillissement de nos barrages hydrauliques et leurs gigantesques retenues d’eau dont je me demande bien ce qu’ils seront devenus dans 2 ou 300 ans à peine…).

Une somme de problèmes locaux ne fait pas un enjeu mondial

On pose généralement le problème des énergies fossile sous l’angle du CO2.
Je vais mettre les pieds dans le plat… Le CO2, je m’en fous comme d’une chaussette sale et pour une raison simple : c’est un sujet que je ne comprends pas, d’une complexité délirante mais qu’il est à la mode de faire porter par des ados pré-pubères énervés.
Ce que je comprends, c’est la pollution industrielle de l’air, des rivières, la destruction de la faune et de la flore, le fléau du plastique, la pollution du béton, de la bouffe industrielle qui empoisonne… Et oui, bien évidemment, il y a dans la liste les déchets nucléaires. Il y a déjà tant à faire dans chaque ville, département, chaque région, chaque pays.
Vouloir donner une dimension mondiale à une somme de problèmes locaux est plus qu’une erreur, c’est de l’huile sur le feu, c’est le pompier pyromane.
Et c’est surtout d’une mauvaise foi absolue.
EXEMPLE : Les émissions de gaz à effet de serre ont baissé de 10% en 10 ans en Europe. C’est-à-dire que les industries les plus polluantes ont été transférées en Asie dont les émissions augmentent d’autant.
Et l’on accuse la Chine d’être le plus gros pollueur de la planète et on veut la forcer à changer… Mais nous pourrions commencer par rapatrier nos industries polluantes et les changer nous-mêmes. Cela créerait des millions d’emplois pour nos ouvriers et presqu’autant de défis pour nos ingénieurs qui arrêteraient peut-être de s’expatrier chez Google pour affiner des algorithmes débiles qui augmenteront le taux de clics de 0,03% sur leurs publicités…

La mauvaise solution à un enjeu complexe

Allez, viens mon cher lecteur, je t’emmène dans 10 ans dans l’Europe dont rêvent les partisans du progrès éternel et de la mondialisation heureuse.
Face à l’enjeu extraordinaire, un grand ministère de la transition écologique et énergétique a été créé à Bruxelles, travaillant sous la tutelle de l’ONU et en lien étroit avec ses homologues américains et asiatiques.
Les plus grands experts mondiaux ont été réunis. La plus grande somme de QI jamais rassemblée se penche sur la question de l’énergie et doit choisir le modèle pour le monde et l’Europe.
Enfin l’humanité toute entière se mobilise pour choisir son destin.
Ça c’est ce que raconte les médias.
Car depuis quelques années, les géants de l’informatique se sont lancés sur le marché de l’énergie afin de sécuriser l’approvisionnement de leurs insatiables fermes de serveurs. Ils se livrent une lutte sans merci pour l’accès aux ressources, une guerre d’influence engluée dans des tranchées nauséabondes : leurs guerres ne détruisent plus les corps depuis longtemps, elles annihilent les esprits et massacrent les âmes.
Ce sont eux qui vont décider réellement du modèle : nucléaire, renouvelables, gaz, dans quelles proportions…
Et dans cette guerre, peu importent les dommages collatéraux, ces géants protègent l’environnement comme l’URSS protégeait les prolétaires… Après leurs intérêts seulement, c’est-à-dire jamais.
C’est comme ça que les soviétiques ont asséché la mer d’Aral pour faire pousser un peu de coton sur de mauvaises terres. Mais qu’importe, c’était si loin de chez eux.
C’est comme ça que nous avons fait nos premiers essais de bombe nucléaire dans le Sahara puis en Polynésie… Ce que je ne vois pas n’existe pas.

Géopolitique de l’énergie

Nous nous sommes lancés dans l’énergie nucléaire pour réduire notre dépendance énergétique.
La géopolitique de l’énergie est bien trop souvent occultée et notre dépendance à l’Arabie Saoudite pour le pétrole et à la Russie et au Qatar pour la gaz est à mon avis toute aussi préoccupante que les enjeux environnementaux.
Tenez, l’Allemagne a besoin de 20% de charbon dans son mix énergétique pour combler l’intermittence de sa production renouvelable (les Allemands ne sont pas encore prêts à se chauffer uniquement quand il y a du soleil ou du vent).
C’est tout de même un comble : Ils pourraient au moins prendre du gaz naturel !
Justement.
C’est pour cela que l’Allemagne fait un lobbying intense pour la construction d’un gazoduc entre l’Europe et la Russie, le Nordstream 2.
Et pourquoi pas ?
Une fois que l’ex-chancelier allemand Gerhard Schröder aura réussi à dérouler son immense gazoduc entre la Russie et l’Europe, la Russie nous tiendra un peu plus dans sa main et pourra nous faire un chantage à l’énergie comme à l’Ukraine.
Pourquoi croyez-vous que les pays les plus farouchement contre le projet sont des pays d’ex-URSS…

Pour faire entendre sa voix, encore faut-il en avoir une.

Je vous raconte tout ça, car depuis deux jours, je me livre avec certains d’entre vous, à une sorte de comptage de qui à la plus grosse… empreinte écologique, les plus gros risques.
La discussion n’est pas inintéressante mais elle mène à une impasse.
Le risque nucléaire est-il plus grand ou plus faible que celui du charbon ? Et ça c’est facile encore…
La souveraineté, ça vaut combien de tonnes d’émissions polluantes ?
Ne répondez pas tout de suite zéro, car une fois sous la coupe de pays comme la Russie, le Qatar ou l’Arabie saoudite, je ne suis pas sûr que nous deviendrons des exemples de respect de l’environnement.
L’Allemagne doit-elle troquer ses 20% de charbon en support des renouvelables intermittents contre 20% de gaz russe moins polluant et se mettre cet immense fil russe à la patte ?
Même les panneaux solaires… Ils viennent tous de Chine qui en plus de les fabriquer moins cher contrôle l’essentiel des terres rares nécessaires à leur fabrication (durée de vie d’un panneau solaire : 30 ans, d’après les constructeurs…).
Quand je compare les situations respectives de l’Allemagne et de la France, je n’arrive pas à me dire que nous avons fait le mauvais choix et que les Allemands se débrouillent mieux que nous pour l’énergie. Malgré tous les problèmes que pose le nucléaire, je n’arrive pas à envier les Allemands.
Est-ce que cela veut dire que nous avons raison et les Allemands tords ?
Pas le moins du monde.
C’est un choix souverain, d’un pays qui a ses enjeux, son histoire, sa sensibilité… S’ils l’ont fait c’est qu’ils devaient avoir leurs raisons.

L’expérience avant l’intelligence

Je n’ai pas la moindre idée du « bon » mix énergétique pour la planète et je prétends que personne ne peut savoir.
En revanche, les Allemands font des choix pour eux-mêmes, les Français font les leurs ainsi que les Américains, les Chinois et tous les peuples bénéficiant de leur souveraineté.
Et ça c’est très important, car c’est une manière de privatiser les risques et mutualiser les bénéfices… C’est-à-dire tout le contraire de ce qui se passe aujourd’hui.
Nous n’avons peut-être pas assez investi dans les renouvelables et nous en mordrons les doigts ou alors ce sont les Allemands qui n’auraient pas dû arrêter le nucléaire.
Ce qui est sûr, c’est que celui d’entre-nous qui se sera trompé pourra se rattraper en important l’énergie du voisin le temps d’adapter sa stratégie.
Cela n’aurait jamais été possible si un comité d’experts à Bruxelles avait imposé une stratégie unique.
Je dis bien unique qui est un mot très différent de commun.
Nous avons beaucoup de choses à faire en commun avec l’Allemagne mais très peu si ce n’est aucune de manière unique.
Sans être pro- ou anti- nucléaire, c’est cette vision de l’énergie qui me fait penser que le nucléaire a un rôle plus important à jouer qu’actuellement admis.
L’injonction mondialisée de « l’urgence climatique » est à mon avis un remède pire que le mal et un abandon de l’intelligence, une sorte de crise d’hystérie généralisée autour d’une abstraction sans substance.
Mais la Chine ne peut se permettre le luxe de cette crise.
Elle se rend compte que le nucléaire est sous-valorisé et ses risques sur-estimés, pas dans l’absolu mais par rapport aux autres sources d’énergie.
Nous sommes bien plus effrayés par la perspective d’un désenfouissement de nos déchets nucléaires qui ferait hypothétiquement un million de morts dans 100 000 ans… que le même million de morts que le charbon cause chaque année en Chine en ce moment même.
Les bons sentiments ne font pas de bonnes politiques.
D’ailleurs, le principe de réalité revient et François de Rugy a récemment précisé que le nucléaire avait toute sa place dans le mix énergétique mondial…
À votre bonne fortune,
Guy de La Fortelle
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