Editorial: le monde vit sur un mythe, celui de la toute puissance et de l’infaillibilité des banques centrales.

Sur CNBC Rick Santelli , un des rares qui connaisse ce dont il parle, a interrogé le géant des taux, Jim Grant. Jim est certainement le meilleur observateur  des politiques monétaires, des taux et en général de l’action des banques centrales. Ils ont discuté des questions soulevées par la taille du bilan de la Fed et des taux d’intérêt négatifs.

La remarque la plus importante de Jim est la suivante , elle concerne le long terme dont tout le monde se fiche : les Quantitative Easing couplés aux taux négatifs ont cassé un mécanisme d’information essentiel , ils ont détruit la fonction de découverte des prix, ils ont rompu les mécanismes qui permettent aux marchés d’envoyer des signaux.

Qu’est-ce que cela veut dire?

Cela signifie que les responsables pilotent à l’aveugle car ils n’ont plus de repères. Si ils n’ont plus de repères, tous leurs modèles sont inutiles puisqu’ils entrent des données non fiables, des données fausses et faussées.

Par exemple cette situation explique que Powell puisse se ridiculiser en affirmant en fin Octobre que l’économie est forte et que la politique de normalisation du bilan est sur auto-pilote et quelques semaines plus tard faire volte face et affolé annoncer qu’il va faire une pause sur les taux et reconsidérer la réduction de la taille du bilan de la Fed.

C’est un exemple, mais il a été coûteux puisqu’il a créé une volatilité qui a coûté des trillions: d’abord une chute historique et ensuite une remontée au moins aussi historique. Powell a été la cause de ce contre quoi il lutte: une volatilité destructrice.

Powell a provoqué le chaos qu’il prétend éviter, il a créé le risque, lui qui a pour objectif de maintenir l’appétit pour le jeu, le risk-on.

La volatilité détruit la capacité bilantielle des banques commerciales et des intervenants sur les marchés car elle augmente les  value@risk, c’est à dire qu’elle réduit la capacité des banques à faire leur travail; bref la volatilité augmente le besoin de fonds propres des établissements c’est à dire in fine elle constitue une  force de déflation. La volatilité désolvabilise.

Et il faut remarquer que le phénomène que je décris en concerne pas que les USA, non elle  concerne , elle a concerné le marché, le monde global! Il n’y a pas de diversification dans le monde moderne.

C’est à partir d’observations de ce genre que je suis totalement assuré de ma prévision , à un terme inconnu bien sur, d’une nouvelle crise financière: les actions des banques centrales les placent dans une impasse, dans un corner et chaque action nous rapproche des échéances funestes.

Ce que je veux souligner c’est que la tache, les ambitions des banquiers centraux de tout contrôler, de tout verrouiller sont de plus en  plus difficiles  à satisfaire.

Il est impératif pour le système que la volatilité reste contrôlée, mais la destruction des signaux brise toutes les prévisions et produit des bouffées de volatilité incontrôlables, géantes,  et obligent les autorités à sur-réagir.

La situation est devenue une quadrature du cercle en raison des contraintes et des impératifs contradictoires que les autorités doivent suivre. Elles doivent dépenser un capital monétaire et un capital de crédibilité énorme pour tenter de contrôler l’incontrolable. Elles sont obligées de considérer qu’il faut un tampon de réserves oisives pour les  banques d’au moins un trillion et même selon certains de 1,5 trillions. Quand on voit les dégâts récents on peut douter que 1,5 trillions soient suffisants!

La gouverneure Brainard s’est elle aussi ridiculisée:  » The FED now has to be careful, not to push too fast for fear of impinging on growth abroad » ; ce qui signifie selon elle « que la Fed doit faire très attention à ne pas aller trop loin car elle risque de mettre en danger la croissance à l’étranger« .

La Fed a deja deux mandats , le chômage et l’inflation mais il est reconnu qu’elle en a un troisième, celui de réguler le monde! Elle est le prêteur mondial de dernier ressort et elle  doit en tenir compte lorsqu’elle fixe sa politique.

Ainsi elle doit tenir compte de la situation très délicate dans laquelle se trouve la Chine. La hausse du dollar par exemple est perturbante , elle accroît la volatilité mondiale et surtout elle produit de l’incertitude. Je vise  ici la situation préoccupante de la Chine mais celle de l’Europe n’est guère plus encourageante, elle flirte avec la récession alors que les incertitudes politiques existentielles refont surface.

La solution , la seule que connaissent les responsables de la conduite des affaires est toujours la même et c’est le sens unique, c’est l’hôtel California de l’inflationnisme c’est dire de la production de bulles.

Les marchés ne s’y sont pas trompés eux qui ont « boomé » depuis le début de l’année.

Le  4 janvier on était exsangues, la liquidité était tarie, les canalisations  se bouchaient et à la mi février l’argent coule à flots! Tout le monde est persuadé que le « PUT » est à nouveau revenu et pour longtemps, et personne ne veut et ne peut se permettre de rater l’aubaine.

La communauté spéculative est en pleine action. Les mismatchs, le mal chronique des marchés sont  à nouveau considérables, on achète du long avec du très court, on achète par les opérations de carry sur les changes, et on reprend des leviers insensés comme aux plus beaux jours. Les stratégies les plus délirantes et les plus opaques sont mises en oeuvre.

Tout redevient sauvage. Irrationnel. Le désordre est à son comble si on veut bien considérer que le désordre c’est quand le monde de la finance diverge,  s’écarte follement du monde réel. L’instabilité potentielle est à son comble et certes on ne peut prédire quand cette instabilité va faire s’effondrer le célèbre tas de sable, mais on sait que les conditions de son effondrement sont réunies. Le tas de sable est en situation dite critique.

Il y a des moments ou la confiance est déplacée et nous sommes dans un de ces moments car les sous-jacents des marchés sont médiocres et en voie de détérioration: le ralentissement économique est mondial, les indicateurs économiques sont erratiques, les perspectives de profits des firmes sont plutôt révisées en baisse qu’en hausse, les bilans sont chargés de dettes de mauvaise qualité. Et par dessus tout les gouvernements ont épuisé les stabilisateurs dits normaux. Et certains pays  sont gérés par des irresponsables.

Le monde vit sur un mythe qui est l’invariant, le sous jacent de tous les marchés: ce mythe c’est celui de la toute puissance des banques centrales et de leur infaillibilité.

En 2008 on vivait sur un mythe qui était celui qui disait que les prix des maisons ne pouvaient que monter, on a vu ce qu’il en était.

Ici les mythes sont  plus enracinés, donc les excès sont plus grands , plus forts et les déséquilibres également.

Les magiciens  n ‘existent pas, il n’y a que des illusionnistes.

 

 

 

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2 réflexions sur “Editorial: le monde vit sur un mythe, celui de la toute puissance et de l’infaillibilité des banques centrales.

    1. bonsoir,

      A l’ancienne, à l’ancestrale , sur la crédibilité, sur la confiance, et en particulier celle du peuple… sur le bon sens , même si cela doit mettre beaucoup de temps, et il en est déjà beaucoup passé…

      J'aime

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