« Faire passer les classes populaires pour fascisées est très pratique »

Un article de 2016 à relire pour comprendre.

L’antifascisme est une arme de classe…qui lutte contre un fascisme qui n’existe pas.

Christophe Guilluy

 

Oui, la perception que des catégories dominantes – journalistes en tête – ont des classes populaires se réduit à leur champ de vision immédiat. Je m’explique : ce qui reste aujourd’hui de classes populaires dans les grandes métropoles sont les classes populaires immigrées qui vivent dans les banlieues c’est-à-dire les minorités : en France elles sont issues de l’immigration maghrébine et africaine, aux États-Unis plutôt blacks et latinos. Les classes supérieures, qui sont les seules à pouvoir vivre au cœur des grandes métropoles, là où se concentrent aussi les minorités, n’ont comme perception du pauvre que ces quartiers ethnicisés, les ghettos et banlieues… Tout le reste a disparu des représentations. Aujourd’hui, 59 % des ménages pauvres, 60 % des chômeurs et 66 % des classes populaires vivent dans la « France périphérique », celle des petites villes, des villes moyennes et des espaces ruraux.

LIRE aussi la chronique de Laetitia Strauch-Bonart : La « périphérisation » du peuple

Pour expliquer l’élection de Trump, les médias américains évoquent « la vengeance du petit blanc ». Un même désir de vengeance pourrait-il peser dans la prochaine élection française ?

Faire passer les classes moyennes et populaires pour « réactionnaires », « fascisées », « pétinisées » est très pratique. Cela permet d’éviter de se poser des questions cruciales. Lorsque l’on diagnostique quelqu’un comme fasciste, la priorité devient de le rééduquer, pas de s’interroger sur l’organisation économique du territoire où il vit. L’antifascisme est une arme de classe. Pasolini expliquait déjà dans ses Écrits corsaires que depuis que la gauche a adopté l’économie de marché, il ne lui reste qu’une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n’existe pas. C’est exactement ce qui est en train de se passer.

C’est-à-dire ?

Il y a un mépris de classe presque inconscient véhiculé par les médias, le cinéma, les politiques, c’est énorme. On l’a vu pour l’élection de Trump comme pour le Brexit, seule une opinion est présentée comme bonne ou souhaitable. On disait que gagner une élection sans relais politique ou médiatique était impossible, Trump nous a prouvé qu’au contraire, c’était faux. Ce qui compte, c’est la réalité des gens depuis leur point de vue à eux. Nous sommes à un moment très particulier de désaffiliation politique et culturel des classes populaires, c’est vrai dans la France périphérique, mais aussi dans les banlieues où les milieux populaires cherchent à préserver ce qui leur reste : un capital social et culturel protecteur qui permet l’entraide et le lien social. Cette volonté explique les logiques séparatistes au sein même des milieux modestes. Une dynamique, qui n’interdit pas la cohabitation, et qui répond à la volonté de ne pas devenir minoritaire.

Christophe Guilluy

Publié le  | Le Point.fr

https://www.lepoint.fr/societe/faire-passer-les-classes-populaires-pour-fascisees-est-tres-pratique-16-11-2016-2083327_23.php?fbclid=IwAR0HF9Y7y12XBDpIfNPlO3AMpsh7byvke3MCHqJYAZr4Ymeo9HPL0ahEK3k#

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4 réflexions sur “« Faire passer les classes populaires pour fascisées est très pratique »

  1. C’était plutôt bien vu en 2016.
    Ce qui restera du mouvement des GJ? Au moins la conscientisation du mépris de classe et de la coupure entre une partie du peuple et de ses élites, pour ne pas dire une guerre sociale latente.

    Lorsque dans la Rome antique, la Plèbe a voulu obtenir de nouveaux pouvoirs du Patriciat, elle s’est retirée sur l’Aventin (la première grève générale de l’histoire?) et les patriciens ont dû lui céder de nouveaux droits.

    Un leader politique qui voudrait s’enraciner dans ce terreau GJ devrait inventer la forme moderne du retrait sur l’Aventin. Trouver ce qui peut toucher suffisamment fort les élites pour rééquilibrer les pouvoirs.

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  2. Macron ce jour au salon de l’agriculture en réponse à une question sur un éventuel référendum sur notre appartenance à l’UE.
    Y a pas à dire, le gars il est sûr de sa légitimité !
    Il a prévenu, il ne cédera en rien, GJ ou pas !
    Encore 3 ans ! Et la violence étatique ne va pas faiblir.

    Emmanuel Macron:

    “Alors on peut mais je ne ferai pas un référendum sur ce sujet. Je considère qu’il a même été purgé par mon élection. Le deuxième tour de la présidentielle, c’était un référendum sur ce sujet. Y avait une candidate qui était pour sortir de l’Europe et de la zone euro et y avait un candidat qui était pour rester. Les français ont voté à 65% pour le candidat qui défendait de rester dans l’Europe.”

    https://www.businessbourse.com/2019/02/23/emmanuel-macron-il-ny-aura-pas-de-referendum-sur-une-sortie-de-lu-e-je-considere-ce-sujet-purge-par-mon-election/

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    1. Dans cette ligne de raisonnement spécieux il va considérer que les éléctions européennes valident l’appartenance puisque Marine a abandonné le thème de la sortie et qu’elle va arriver en tête.

      J’avoue que je ne m’interesse plus beaucoup à Macron à ce qu’il dit ou fait car il ira jusqu’au bout dans la même ligne. Je ne vois pas de défaillance dans ses soutiens et tant que les révoltes ne touchent pas les entreprises les sponsors sont tranquilles.

      Ce sont les conditions internationales qui redeviennent determinantes avec une nouvelle expérience monétaire en préparation en raison de la menace de récession.

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