editorial: ils ont fait de l’Europe un cercueil, même pas doré!

L’Europe est une construction intéressée.

Voulue par les vainqueurs de la Seconde guerre mondiale dans le cadre de leurs intérêts géopolitiques et militaires., les Etats-Unis.

Voulue par les bourgeoisies nationales, par le Grand Patronat, le Très Grand Capital afin de les protéger du communisme.

Elle a été voulue comme irréversible et comme un viol des consentements populaires.

Il y avait alors une lutte globale des bourgeoisies contre la contagion soviétique, contre la lutte des classes et contre le pouvoir des syndicats .

L’irréversibilité est génétique et c’est la raison pour laquelle fort intelligemment il a été mis la charrue de la monnaie avant les boeufs de l’économie réelle.

De lutte globale contre le communisme et contre  l’idéologie de la valeur travail, la construction européenne s’est complexifiée: lutte des bourgeoisies nationales entre elles, luttes pour les bénéfices de l’européisation, luttes au sein de chaque pays entre les classes ouvertes sur l’extérieur et les classes ancrées à l’intérieur de plus en plus prolétarisées, luttes ensuite entre les bourgeoisies attachées à l’économie productive et celles qui,  détachées de la production, se sont financialisées.

La situation  complexe ainsi créée a été exacerbée en Grande Bretagne au point de donner  un mouvement favorable au Brexit.

L’imbroglio anglais est l’illustration et le reflet  de tous les antagonismes et de toutes contradictions brièvement et schématiquement listées ci dessus.

Je soutiens que la question européenne est dépassée.

Elle est dépassée car elle a été remplacée par la question mondiale, la question  globale.

L’ordre du monde des années 50 était un ordre ancien , produit d’une réalité qui était marquée par la guerre froide et la compétition des systèmes; et la construction européenne a été sur-determinée par cet ordre et sa problématique.

La prise de conscience de ce nouvel état du monde a été faite par Trump et ses conseillers: ils n’attachent plus d’importance à la Construction Européenne, ils soutiennent le Brexit, les populismes, les eurosceptiques et les forces de dislocation. Ils sont même pour  la fragmentation .

C’est normal, la compétition des systèmes disparaissant il n’est nul besoin des structures qui ont été mises en place pour s’inscrire dans le système précédent et le protéger. L’histoire est passée par là, elle a détruit les bien fondés des constructions anciennes, la vie a continué. Hélas l’Europe a été conçue comme un cercueil, comme une lutte contre les forces de vie et leur jaillissement.

La construction européenne est sous les coups de boutoirs simultanés de l’extérieur et l’intérieur.

Voila ce que les élites européennes n’ont pas compris; elles défendent quelque chose qui est dépassé, quelque chose qui est périmé, quelque chose qui a perdu les raisons fondamentales de son existence. Les causes qui ont donné naissance à  l’Europe que nous connaissons ont disparu! Et toutes gesticulations qui nous sont offertes sont des gesticulations vides, inadaptées.

L’ordre ancien, les institutions anciennes , les idéologies même sont à côté , hors sujet; ce sont des simulacres au service d’une situation fondamentale,  historique qui a disparu. La page a été tournée et nos élites en sont encore au chapitre précédent de l’histoire.

Le marché mondial a fait le travail que la construction européenne n’a pas réussi à faire; il a imposé sa discipline, sa valeur des marchandises, sa valeur moyenne du travail, ses normes de compétitivité et sa hiérarchie des  pouvoirs.

Et de cet ordre, hypnotisée par le Modèle Allemand depuis les années 30 , l’Europe est quasi absente. Absente de la donne monétaire, de la donne institutionnelle, militaire, diplomatique.

L’Europe est obligée à la discipline des salaires par la concurrence mondiale, à la vassalité monétaire par la prééminence du dollar, à la dépendance juridictionnelle par l’over-reach américain, à la dépendance boursière en vertu de la fragilité de son système bancaire encore prisonnier des refinancements américains pour son bilan. Il en découle  l’alignement militaire et stratégique.

L’Europe a perdu le combat pour le pouvoir « soft », le combat pour l’excellence technologique et les combats théoriques de la culture et des idées.

Elle a été balayée car elle a mené des luttes d’arrière garde inspirées par un capitalisme  d ‘autre temps, un modèle économique rhénan non viable et bien sur par les  illusions . Car  l’illusion de grandeur, puis l’illusion du renouveau par la discipline austéritaire ont beaucoup contribué à cet effacement.

Les partis dits de gauche sont largement responsables, eux qui ont sans cesse menti et détourné la réflexion vers le mythe d’une autre Europe , comme si on pouvait changer la logique d’un système précisément conçu pour ne pas changer! Un système  au contraire conçu pour sa logique infernale de l’approfondissement censé résoudre tous les problèmes. Ce qui est encore, malgré son intelligence, l’obsession de Macron. Approfondir l’Europe équivaut à la diriger vers le précipice en regardant dans le rétroviseur Monsieur le président.

La campagne des européennes est largement commencée et déja tout est noué. Elle va se jouer sur cette idée imbécile de faire autre chose, de concevoir une autre Europe que celle que l’on a irrémédiablement mise sur les rails. Tout changement sous cet aspect, celui de l’autre Europe est interdit, impossible en vertu des Traités, en vertu des règles qui sont à la base de la société allemande, celle qui impose sa loi, ses vues et surtout ses erreurs.

On ne changera  rien. On ne refera pas les traités.

On  ne refera rien car de retour en arrière sur la voie qui a été choisie il n’y a rigoureusement pas:

-ni sur la monnaie

-ni sur les sacro saintes règles

-ni sur le budget,

ni sur les dettes

-ni sur l’objectif de compétitivité qui est le masque  de la dictature du profit et des exigences du capital ancien

-ni sur la financialisation qui a remplacé l’exploitation prolétarienne

-ni sur l’ouverture mondiale qui fixe toutes les valeurs internes des marchandises , du  travail et en passant par  la valeur de la vie même.

Chaque pays va voter en  fonction de ses situations intérieures sans se douter même que sa situation est déterminée, écrite ailleurs et qu’elle est  hors de portée de tout volontarisme .

Ce qui commande c’est l’inconscient , le non su , la logique du système et l’inadaptation de ce système à une situation du monde qui a changé.

Adaptation, voila le maître mot qui n’est jamais prononcé,  jamais il n’est au centre des conversations. La  construction européenne n’a pas pu s’adapter parce qu’elle a été conçue selon le modèle monopolistique; elle nie les singularités, les expériences , elle impose l’uniformité . Or c’est de la diversité, de l’originalité de certaines expériences ou experimentations  que vient en général l’adaptation, l’optimisation et donc la  survie. Qui dira un jour l’imbécillité qui a présidé à la dictature de la monnaie unique?

La construction européenne est étroitement capitalo-ringarde, c’est a dire qu’elle est dominée par la frange ringarde du capitalisme, celle qui a tout colonisé, le personnel politique, les médias, les institutions, la Commission, les think tanks, les enseignements. Tout a été verrouillé, sanctuarisé; on n’a même plus le droit d’analyser et de critiquer , c’est la rigidification des structures, des esprits morts.

Ce capitalisme ringard est  un carcan, un cercueil. Comme je le dis souvent il a créé un monde névrotique, imaginaire et dans cet hôpital psychiatrique, même les docteurs sont aliénés.

Je soutiens que l’expérience britannique au lieu d’être sabotée , ruinée était une chance; la Grande Bretagne allait nous montrer le chemin du Grand Large, elle allait essuyer les plâtres pour nous, trouver la voie de l’adaptation celle de l’adaptation au nouveau monde global que nos élites n’ont même pas entrevu.

Honte tous ceux qui ont contribué, les Barnier  et autres à saboter l’expérience  britannique, c’était une chance. Ils en on fait  un enfer.

6 réflexions sur “editorial: ils ont fait de l’Europe un cercueil, même pas doré!

  1. Excellent papier, qui renvoie à maints égards aux prises de position d’Asselineau. Comme souvent je le crains, les faits auront raison des idéologies, aucune force politique actuelle ne pouvant représenter raisonnablement une perspective crédible et majoritaire. Fin de l’Euro? Crise financière mondiale? Explosion pichrocholinesque de l’UE? ?Nous avons le choix. Vous trouvez M. Macron intelligent? On peut considérer qu’au poste qui est le sien, il a depuis longtemps dépassé son seuil de compétence, si il l’a jamais atteint. Est-ce de la sottise, est-il un mal comprenant ponctuel ? En tout cas, je vois peu de compétences politiques dans sa manière de gouverner. Les prisonniers d’une idéologie sont-ils intelligents? Je vous soumets ce problème intéressant. Comme les insectes, l’esprit libre est une espèce en voie de disparition. Cordialement.

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  2. Macron est là pour faire tenir le systeme, et il sait bien que ce n est que par la violence que celui ci peut tenir.

    La question de son intelligence ne se pose pas, c’est sa capacite à faire le job, sans état d’âme qui est recherchée

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    1. Du point vue de ses « parrains » (Grand patronat, banquiers & Co), la question ne se pose pas.

      En revanche, du notre, elle se pose (à mon sens) car la fin sera éminemment différente. Il est jeune, il peut se rêver Poutine. Humilié récemment par l’Allemagne et en guerre diplomatique contre tous les autres (Russie, Hongrie, Italie, USA, …), tout peut arriver. Les circonstances déterminent souvent l’Histoire.

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      1. Non l’histoire est surdéterminée par les conditions matérielles , la geographie, la production, les rapports de production, les combats des groupes sociaux etc
        Les hommes causent et commentent l’histoire …ils gèrent les mystères qui les dépassent et certains è ce titre se posent comme les grands prêtres pour tirer a eux les richesses, les femmes , les mignons et les honneurs.

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  3. Bonjour
    Il n’y a pas que le capitalisme qui soit ringard en europe, le socialisme l’est tout autant.

    Nos -ismes ne sont que des isthmes de la pensée qui nous mènent dans la grande salle des fresques de la caverne de Platon.
    De part et d’autre des isthmes s’ébattent des infusoires, sur les isthmes ce sont les illusoires qui courent.

    Cours camarade, le vieux monde est derrière toi! mais non Ducon, il est en chacun de nous!

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