Editorial: C’est Draghi qui produit le populisme, il casse nos sociétés.

 

Que s’est il passé en Europe ?

Il s’est passé une chose très simple à savoir que: les mesures précédentes ayant échoué il faut en prendre de nouvelles. Cela n’aurait jamais du arriver.

De nouvelles? Non pas tout à fait puisque ce sont les mêmes que celles qui ont précisément échoué!

On  attendait une poursuite de la normalisation monétaire, on attendait la fin des remèdes, des dopages; on attendait une tentative de retour à la normale avec hausse des taux et arrêt des distributions de liquidités gratuites et c’est le contraire, qui est en train d’être annoncé.

Les réactions des marchés n’ont pas été très positives puisque le secteur bancaire a fortement chuté tandis que le refuge par excellence le Bund  allemand a été recherché, son rendement  se rapprochant du niveau de crise, le niveau négatif!

On va payer à nouveau pour avoir le droit de prêter son argent pendant 10 ans à l’Allemagne.

Les marchés espéraient un paquet cadeau encore plus généreux que le T-LTRO qui a été annoncé! Toujours plus!

Cela c’est pour les médias, mais la réalité c’est que la prise de conscience du fait que le Roi est nu a fait mal.  En fait la fameuse boite à outils de Super Mario est vide, archi-vide. 

Le problème ce n’est pas l’annonce de nouvelles mesures, non c’est l’annonce implicite que les précédentes n’ont pas fonctionné et que l’on doit rapprocher ceci de la récente déclaration de l’ancien président de la Bundesbank, Weber,  « seuls les  Etats -Unis   ont encore une marge de manoeuvre », autrement dit comme nous le martelons: le roi est nu!

Ce que la BCE annonce , c’est un troisième T-LTRO, après celui de Mars 2016 qui fut de 700 milliards et celui de 2014; un troisième T-LTRO qui ne peut être un stimulus puisque les deux premiers n’en n’ont pas été.

Combien  de fois faudra-t-il répéter aux banques centrales qu’elles ne stimulent pas, que la monnaie qu’elles essaient d’injecter est de la monnaie morte et que la vraie monnaie vivante, elle vient non pas d’en haut , mais d’en bas c’est à dire des besoins l’économie!

Les zozos banquiers centraux marchent sur la tête; ils inversent les causalités, ils pratiquent le cargo cult, ils font dans la magie, ils agitent des nuages de fumée en espérant que la croissance et l’inflation vont parvenir à percer le mur des illusions. Hélas, le réel a la peau dure, il ne se plie pas aux incantations. Et puis même si cela pouvait marcher, il y a un obstacle énorme: la confiance, la confiance dans l’avenir, la confiance dans les élites n’y est pas.

Si les remèdes de la BCE étaient autre chose que des incantations, les courbes de GDP, les courbes d’inflation monteraient, tandis que la courbe du rendement du Bund allemand deviendrait enfin haussière. Il y  aurait reprise, demande de crédit, demande de monnaie , hausse des prix, hausse des salaires. Ici rien,  rien à montrer comme résultat.

Tout ce que Draghi sait faire c’est le mariole, affirmer que « dans le noir il faut aller à petits pas », comme si cela équivalait à une vraie et solide théorie monétaire. Tout ce qu’il sait dire c’est  « ce n’est pas ma faute, c’est la faute des gouvernements qui ne font pas les réformes« .

Mais au fait quelles réformes ?

Elle se sont jamais explicitées . Jamais leur logique, leur cohérence n’est exposée, elles sont toujours parcellaires, pointillistes comme si on voulait en dissimuler la logique.

Mises bout à bout pourtant toutes ces réformes sont des dévaluations internes des pays qui sont en déficit c’est à dire ces pays qui en même temps ne sont pas assez compétitifs et vivent au dessus de leurs moyens.

Ces pays, les pays du sud et la France qui est du milieu, ne sont pas assez productifs d’une part et ils distribuent trop de pouvoir d’achat à leur population.

Quelles réformes donc?

Des réformes qui favorisent un transfert de ressources des ménages vers les entreprises ; des réformes qui incitent les entreprises  à investir, à s’équiper et à innover.   Des réformes  qui baissent les salaires réels et réduisent les frais généraux  du pays, c’est dire les salaires indirects et les dépenses  publiques.

Bref pour que les mesures de Draghi soient efficaces il faudrait … que les politiques soient orientées vers une forte remontée du taux de profitabilité du système économique et surtout de la profitabilité des nouveaux investissements  des pays du sud et du centre.

Ce qui bute sur trois  choses :

-1  le populisme qui n’est rien d ‘autre que la résistance des salariés à la régression

-2 le financialisme qui fait que les entreprises  au lieu d ‘investir, jouent en Bourse, optimisent la fortune des actionnaires et propriétaires

-3 l’absence d’occasions d’investissements rentables car l’Europe est absente de tout ce qui marche, elle est absente de tout ce qui est chaud, rentable, porteur. Elle est larguée . Elle est vassale et compradore à l’ancienne.

Qui dit ré-orienter les ressources vers les entreprises  et baisser le poids des charges de salaires directs et indirects dit en fait: hausser la profitabilité du capital.

Et nous sommes au coeur du problème , lequel se donne à voir par le début introduit par les gilets Jaunes  sur la fameux CICE français; on a transféré plus de 40 milliards aux entreprises par le biais d’une usine à gaz et résultat? Rien !

Et c’est la même chose au niveau mondial, les entreprises engrangent, bénéficient de conditions exceptionnelles, de baisse d’impôts, de marges bénéficiaires colossales et  elles n’investissent pas.

Elles jouent à faire de la finance, des rachats d’actions, elles font de  l’ingénierie, .. mais financière.

Alors ?

Alors il doit y avoir une  faille dans le raisonnement quelque part.

Au lieu de répéter les erreurs et de recommencer tout ce qui échoue, il est temps de réflêchir.

En attendant, les ultra riches, les détenteurs de capital ancien vont peut être bénéficier à nouveau d’un nouveau round de financialisation c’est à dire d’enrichissement sans cause.

En route pour une nouvelle vague de populisme!

Voir les graphiques ci dessous. 

ECB GDP Projections, March 2016 - 2019

ECB HICP Projections, Dec 2016 - Mar 2019

Germany 10 Year Bund Yield, Mar 2017 - 2019

Euro Stoxx 50 and DAX, Daily

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6 réflexions sur “Editorial: C’est Draghi qui produit le populisme, il casse nos sociétés.

  1. Dans le contexte du mouvement des Gilets Jaunes et du Grand Débat National, voici la feuille de route, pour Macron, dictée par la Commission Européenne.

    Un document de 108 pages à télécharger ci-après qui permet de comprendre, à l’approche des élections européennes, qui gouverne réellement la France.

    A lire pour ceux qui auraient quelques espoirs sur l’issue sociale du Grand Débat National.

    https://ec.europa.eu/info/sites/info/files/file_import/2019-european-semester-country-report-france_fr.pdf

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    1. « Dans le contexte du mouvement des Gilets Jaunes et du Grand Débat National, voici la feuille de route, pour Macron, dictée par la Commission Européenne.

      Un document de 108 pages à télécharger ci-après qui permet de comprendre, à l’approche des élections européennes, qui gouverne réellement la France.

      A lire pour ceux qui auraient quelques espoirs sur l’issue sociale du Grand Débat National ». John Drake.

      Réponse de BB

      Je ne conteste pas l’utilité de s’adresser aux citoyens, je tente de le faire moi même. encore que je m’adresse plus aux individus qu’aux citoyens mais c’est une nuance; mais tant que cela n’est pas incarné, enraciné dans des médiations politiques, partis syndicats, médias, la portée est limitée.

      Le système est en crise, en crise radicale, fatale et il joue sont va-tout dans la fuite en avant sans scrupule, violente, destructrrice de toutes les valeurs fondamentales. Le système pour suvivre s’attaque aux structures même.

      Il n’y a pas qu’en matière financière que l’on est dans le coûte que coûte.

      Draghi n’est qu’un épiphénomene, et Bruxelles aussi; non on est dans le coute que coute partout. et ceci explique le comportement de Macron qui ne cherche plus le consensus, il cherche cyniquement à bénéficier des institutions-la Ve République – et des armes de la Constitution-la Police et la Justice-.

      il est fini le temps ou on cherchait à unifier, à cimenter l’Union Nationale: on est dans la lutte voulue, des uns contre les autres, on instrumentalise la haine de l’autre.On instrumentalise le rejet. On pratique le vrai fascisme, mais avec les apparences de l’inversion/projection. .

      Et c’est en ce sens que nous sommes dans une phase mixte difficile à déchiffrer dont la question européenne n’est qu’une partie:

      Cette phase mixte est un mélange , à la fois , en même temps de:

      -néo fascisme par le sacrifice à l’Idée Européenne et de

      -néo libéralisme libertaire societal mondial qui nie les classes sociales.

      Le succes du système ainsi produit repose sur la consommation et l’exaltation de la transgression en particulier sexuelle et la drogue: Homosexualité, homoparentalité, droit des femmes, droit au mariage, droit à élever des enfants, droit au pillage migratoire .

      On remplace l’ancien clivage fondé sur le travail et la production par le nouveau clivage pour ou contre les droits! Pas étonnant que l’on relance ces jours ci la PMA! Pas étonnant que l’on en est réduit a promettre le Salaire Universel qui est le pillage des travailleurs au profit des consommateurs.

      Les ingénieurs sociaux attaquent le problème à la racine c’est à dire au niveau de ce qui se passe dans la tête des gens; ils produisent une nouvelle société, une nouvelle manière de vivre ensemble comme ils disent, fondée sur :

      -l’audiovisuel
      -les loisirs
      -la mode
      -pseudo communication
      -la transgression sexuelle,
      -la pornographie,
      -la drogue,
      -l’imaginaire roi

      On pose la consommation transgressive comme émancipante, libératrice pour mieux laisser intacte la domination politique, culturelle, economique et maintenant financière.

      L’exploitation devient complexe, elle est partout, au niveau :

      -du travail bien sur, mais même les cadres sont prolétarisés

      -des loisirs et de la consommation

      -de la gestion des besoins et de leur subjectivisation dans les désirs

      -au niveau financier et monétaire

      Toutes les transgressions sont posées comme étant d’avant garde, modernes alors qu’elles ne sont que régressives.

      C’est difficle à comprendre parce que d’un côte on casse les classes sociales en rejetant les Extremes et en s’appuyant sur le Centre mystifié et de l’autre en même temps on fait l’Histoire en voulant constituer une oeuvre historique: l’Europe contre le futur G2, c’est à dire la Chine et les Etats Unis.

      je veux faire comprendre que certes la question européenne est importante mais qu’elle s’incrit dans une question plus vaste qui est celle de l’évolution de nos sociétés, de leur destructuration impulsée par le système pour faire face à la crise que le capital rencontre depuis maintenant une decennie.

      En clair et j’en suis désolé: résoudre la question européenne n’avancera à rien si cette résolution ne s’inscrit pas dans une analyse plus vaste du système mondial.

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  2. Encore une illustration de la lutte, vaine et contre productive, de la baisse du taux de profit des entreprises ; à quand une véritable destruction de tout ce capital parasite et mortifère ?

    M. Bertez, je lis et j’essaie de comprendre vos analyses qui se révèlent justes et pertinentes.

    Merci de nous donner votre grille d’analyse de tous ces faits économiques, sociaux et politiques qui ont une logique, souvent cachée pour les citoyens ordinaires (ceux qui sont bien quelque part), mais qui sont les marqueurs des choix et orientations de ces élites mondialisées ( celles qui sont bien partout).

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  3. Encore une démonstration brillante de l’état de l’économie mondiale effectuée par M. Bertez ! Un élément important, de mon point de vue, n’a pas suffisamment été explicité :

    Nous vivons une nouvelle révolution industrielle s’appelant la digitalisation…le remplacement continu des ressources humaines par des machines va continuer à s’intensifier…cela posera tôt ou tard la question de taxer les robots, mais cela est un autre sujet. Dans l’immédiat, pourquoi les patrons paieraient des salaires, et je ne parle même pas d’augmentation de salaire, alors qu’on peut réduire sans problème les postes de travail en digitalisant ?

    Quand on observe qu’un jeune universitaire français se décide de travailler en Pologne pour EUR 700 par mois, car il s’en sort mieux qu’en France du fait du coût de la vie très bas de ce pays, comment créer de l’inflation et augmenter les salaires, et, en conséquence, les taux d’intérêt, dans les économies matures ?

    Du fait de la globalisation, ne pensez-vous pas que nous risquons plutôt d’observer un nivellement mondial, soit une augmentation des salaires des pays émergents (qui sont actuellement en moyenne à env EUR 400 par mois) et une baisse importante des salaires des pays matures ?

    Si un tel scénario se concrétisait, inutile d’expliquer plus en détail ce qui se passerait en matière de taux négatifs, de hausse de chômage et de krach immobilier…

    En tous les cas, je plains les nouvelles générations des pays développés et suis très pessimiste à leur égard…

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