Editorial. Retour historique et fondamental sur la monnaie. Pourquoi cela ne marche plus. Vous êtes tous concernés.

je n’ai fait que survoler vendredi 15 Mars la question de la monnaie et de la politique monétaire soulevée par un article de Bloomberg.
Je reproduis cet article ci dessous, puis je développe.
je m’étonne que personne ne remette ceci en chantier. Ceci prouve si besoin en était encore, à la fois la nullité de la presse mais aussi le pouvoir d’auto-censure du système.
Car enfin nous sommes dans une crise générationnelle depuis 2008:
-nous avons dépensé 16 trillions de dollars en politique monétaire,
-transféré près de 30 trillions des poches des classes moyennes aux ultra riches,
-nous sommes résignés à ne plus croître et à la stagnation séculaire;
-nous sommes résignés à la régression des plus faibles
-à l’enrichissement des plus forts
et nous ne nous attardons pas sur une révélation autorisée du leader mondial de l’économie et de la finance, Bloomberg (Ben Holland) : « on ne sait pas comment fonctionne la politique monétaire ». Incroyable!

[Bloomberg] The Era of Cheap Money Shows No One Knows How Monetary Policy Works

Enfin une vérité. c’est Bloomberg qui le dit.

Personne ne sait comment fonctionne la politique monétaire, cela fait plus de 10 ans que nous le répétons , depuis 2006 lorsque Greenspan lui même l’avait découvert, sans y attacher d’importance.

Les hommes ont été dépassés par leur création, elle leur a échappé.

Et surtout depuis la montée  en puissance du dollar extérieur aux USA, asiadollar et eurodollar, les « dollars ». Qui sait vraiment ce qu’est un dollar digital? Et une promesse de dollar future? Comment se produit la pénurie, la raréfaction de dollars, le lien avec les matières premières, avec la capacité bilantielle des banques, avec le risk-on ou le risk-offles , les mystères du shadow! 

La vraie masse monétaire mondiale n’est pas le dollar mais le dollar plus les dollars extérieurs or ceux ne sont ni mesurés ni suivis. On a cessé de suivre les agrégats qui permettaient d’en avoir une idée.

Et puis beaucoup de choses , de créatures font office de monnaie sans qu’on le comprenne bien. 

Qu’est ce que la mystérieuse liquidité? Une réalité? une promesse? une anticipation? une ombre? Une entité qui existe quand on ne se pose pas la question de son existence? 

De même on ne comprend plus la nature des réserves: monnaie de base, assurances? 

Personne ne sait comment fonctionne la politique monétaire parce que l’on ne sait plus ce qu’est la monnaie ce qui en est et ce  qui n’en est pas!

Revenons à Ben Holland, il nous dit:

« l’ère de l’argent bon marché démontre que personne ne sait comment fonctionne la politique monétaire ».

« La politique monétaire est supposée fonctionner de la façon suivante: vous coupez les taux d’intérêt, vous encouragez ainsi le business et les ménages à emprunter , à investir et dépenser »

« hélas cela ne se passe pas comme cela; alors  que l’on arrive dans la deuxième décennie de politique monétaire non conventionnelle pour le monde occidental et la troisième pour le Japon, il y a certes beaucoup de dettes qui sont créées , mais ces dettes, ce sont les gouvernements qui les contractent, ce sont eux qui les font »

Il fut un temps ou la politique monétaire était simple et elle marchait. Quand Volcker a voulu casser l’inflation il a réussi simplement en fermant les robinets et en laissant  les taux monter à 20% au début des années 80.

Quand  est venu le temps de la relance, il a suffit de laisser baisser les taux. L’inflation ayant baissé de 1,3% en 1979 à 2% à fin 1986, les taux  ont chuté et ceci a provoqué une hausse boursière quasi mécanique , plus de 30% en 85, plus de 22% en 86, plus de 40% en 87 au sommet avant la crise .

La bulle financière créée par la baisse continue des taux a provoqué un « top » du marché boursier en Aout 1987  et c’est là ou l’erreur fut commise: au lieu d’accepter le nettoyage, Greenspan a décidé d’annoncer la mise en place du  Put.

Ce jour là Greenspan  a commis l’erreur de sa carrière, l’erreur qui devait instaurer l’inflationnisme c’est à dire la création de liquidités monétaires comme solution à tous les problèmes; écoutons le, il est solennel:

“The Federal Reserve, consistent with its responsibilities as the Nation’s central bank, affirmed today its readiness to serve as a source of liquidity to support the economic and financial system ».

Traduction: « la Reserve Federale conformément à ses responsabilités en tant que banque centrale affirme qu’elle est prête à assurer tous les besoins de liquidité nécessaires pour soutenir l’économie et le système financier.« 

La messe est dite, car nous sommes bien dans le « sacré », le grand prêtre a parlé,  mais c’est un « sacré bidon », une illusion. C’est un sacré qui pose un invariant, la promesse de liquidités quoi qu’il arrive; l’erreur qu’il ne fallait pas commettre, la promesse qu’il ne fallait pas faire.

A partir de ce jour la Banque Centrale est entrée dans la seringue dont elle ne sortira plus jamais, à chaque problème, à chaque cahot il faut injecter des liquidités et avilir la monnaie. Toujours plus.

La fin des années 80 a été une pure folie financière; c’est de là qu’est née la conviction que l’on était entrés dans une ère nouvelle et qu’ à l’économisme succédait le financialisme. L’entreprise a cessé d’être au centre de l’économie et de la création de richesse et ce sont les marchés qui ont pris le relais.

Greenspan a par la suite complété son erreur.

Face à la multiplication des crises coûteuses pour les banques,  il a organisé la suite: une bêtise ne reste jamais seule n’est ce pas.

Il a favorisé  une structure financière incroyablement pentue avec des taux courts très bas et des taux longs très élevés, permettant ainsi des bénéfices considérables pour les secteurs bancaires et financiers propulsant ainsi l’usage du levier.

Ce fut l’époque du magicien du Maestro.

Le ver se développait dans le fruit car l’incitation au levier, au leverage et à l’ingénierie,  produisirent des bénéfices considérables dont la communauté des hedges funds fut largement bénéficaire, créant ainsi une Communauté Speculative mondiale. Il n’y avait qu’à se baisser pour ramasser l’argent, se baisser c’est bien sur s’endetter court pour chercher la performance longue. Il n’y avait plus que des génies dans le monde de la finance.

Hélas le Génie est sorti de la bouteille. La boite de Pandore a été ouverte.

C’est ainsi que le génie s’est déployé en créant des stratégies de plus en plus risquées, sophistiquées, opaques, c’était l’époque du Far West, de la bonanza, le filon étant non pas l’or mais le monétaire.

La nouvelle ruée vers l’or, mais sur le papier cette fois.

La fonction spéculative a créé les organes et les produits, les dérivés, les assurances, les modèles, les théories.

Pourquoi s’arrêter , pourquoi être raisonnable. Greenspan lui même croyait que c’était une nouvelle ère, l’horizon c’est l’infini puisque tous les problèmes se réduisent à des problèmes de liquidité. Le monde est illimité, continu, dérivable, linéaire,  et il n’y a même plus pénurie des occasions rentables d’investir puisque l’on peut créer des produits mathématiques de plus en plus performants avec les modèles probabilistes.

La suite vous la connaissez  peut être, Greenspan essaie de remonter les taux en 1994 et déclenche une crise de deleveraging sanglante: il est ainsi prouvé en pratique que quand on a mené des politiques monétaires de type inflationniste et utilisé les liquidités comme back stop, il n’est plus possible de resserrer et de retirer les liquidités, fussent elles excédentaires. 

C’est ce que j’ai affirmé à l’époque; pas de possibilité de retour en arrière, il n’y a qu’une voie, celle du toujours plus, marche ou crève.

Et il faut aller plus loin malgré l’épuisement des filons de rentabilité réelle, il faut créer des instruments bidons pour répondre à la demande. On peut par la sécuritisation transformer le plomb en or et l’eau des égouts en eau potable. Qu’à cela ne tienne, on y va.

Crise Mexicaine, crise Asiatique, crise LTCM, crise Russe, Bug de l’an 2000 tout est prétexte incontournable à création de crédit et donc de liquidités. Le Nasdaq double en 1999, c’est la crise du Nasdaq , des Telcos , puis celle du crédit pourri en 2002.

On éponge tout cela par une nouvelle vague de stupidité, la vague du logement. Le logement devient le moteur de la reflation financière et de l’économie   avec les innovations de plus en plus douteuses et spoliatrices.

Toute cela débouche bien sûr, sur une crise encore plus sanglante et plus profonde que les précédentes car les sommes en jeu montent de façon exponentielle.

Greensapn faisait de la prose inflationniste sans le savoir, sans l’avoir théorisé, mais voici Bernanke, théoricien qui a dans sa musette des idées toutes faites issues de son incompréhension de la crise de 29 .

Notre Bernanke  est l’homme de la situation, il croit posséder la science infuse de la reflation! C’est le temps de la fameuse printing press qui peut tout et ne coûte rien,  le temps  de l’helicopter money .

Pour nettoyer les éclaboussures de l’éclatement de la bulle immobilière , vous savez celle qui a succédé à la bulle du Nasdaq on va souffler une nouvelle bulle, celle des emprunts d’état.

On va utiliser le pouvoir d’endettement du gouvernement pour créer les deux trillions  de dollars de dettess dont a besoin le système américain pour échapper à la faillite et au colmatage des tuyaux .

C’est la fameuse trouvaille/opération du risk-off: on fait croire aux gens que quand la peur est là alors il suffit de se mettre à l’abri en  achetant des emprunts  d’état. En clair on transfère le risque du privé sur le public, sur le risque du gouvernement et on dit qu’il a les reins solides!

Greenspan avait utilisé toutes les armes, toutes les astuces monétaires pour soutenir le crédit, en produire plus mais Bernanke en ajoute deux autres la première c’est le bilan  de la Fed, la seconde c’est le tourniquet du financement à long terme des  hypothèques et du gouvernement; la monétisation du long terme.

C’est la destruction progressive de la monnaie. Quand on est parvenu  à l’institution de dernier ressort, alors il ne reste qu’une possibilité pour aller plus loin, avilir, détruire ce en quoi les dettes sont libellées: la monnaie.

Mais il faut que, comme du temps de l’utilisation de l’inflation des prix des biens de consommation, cela reste discret, secret : il faut  que cela puisse durer longtemps.

Tout est porté à un niveau supérieur de manipulation et de sophistication à dominante mathématique.

La manipulation des taux, des spreads, des pentes de taux, des incitations au levier, des perceptions, de la psychologie,  doit sans cesse être raffinée.  Il faut tripatouiller le réel si on ose encore appeler cela le réel, mais il faut de proche en proche tout contrôler: c’est le temps des guidances, des promesses , des billevesées et des vessies transformées en lanternes…

Dans un univers de plus en  plus complexe, gorgé de liquidités spéculatives en quête d’emploi, dans un univers mondialisé,  il faut transmettre , faire en sorte que les spéculateurs fassent ce qui est souhaité avec le handicap d’un jeu de cache cache,  le handicap croissant de l’apprentissage et des progrès de la connaissance.  Plus rien n’est simple, linéaire, tout est théorie des jeux. Formidable bataille.

La monétisation, le financement par avilissement potentiel de la monnaie devient donc  le dernier remède. Après il n’y en a plus d’autre car à part endetter la planète Mars on ne voit plus qui peut s’endetter pour sauver l’état, le gouvernement, le couple gouvernement/banque centrale .

 

Alors on invente un nouveau mythe qui succède  à celui du risk-on/risk off; c’est celui de l’infaillibilité du gouvernement. On invente l’idée qu’il ne peut pas faire faillite, que les déficits n’ont aucune importance,  et qu’il sera toujours solvable.

Pourquoi ne peut-il faire faillite? La réponse est simple: parce qu’il a à sa disposition la planche à billets,  il peut toujours créer, produire autant de monnaie qu’il en a besoin pour payer ses dettes.

Et comment cela se réalise t-il?  Cela se réalise par l’émission de fausse monnaie, émission de  monnaie non gagée,  non orthodoxe c’est à dire par l’émission à jets continus de monnaie qui n’est plus de la monnaie. Qui n’est plus réserve de valeur mais qui est un simple signe, un jeton.

Si la monnaie change de nature, est-ce que vous vous étonnez si toutes les règles, si tout ce que l’on sait sur la monnaie devient obsolète, périmé, inadapté à sa gestion?

En détruisant la monnaie telle que nous l’avons connue, étudiée et mise en place, on détruit par le même coup tout le corpus de savoir qui a été accumulé: il devient caduc.

Les théories monétaires, les théories du Central Banking ont été créées pour une bestiole, pour dompter une créature qui a muté, qui n’est plus ce qu’elle était et qui n’est plus ce pourquoi elle était utile, intelligible.

 

 

 

 

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