Militaire: derrière le simulacre, le déclin.

Le déclin et l’effondrement de l’empire Romain d’Occident fut un processus assez lent, systématique mais imperceptible à la plupart des contemporains de cette époque lointaine.

Puis vint le moment où les légionnaires Romains se révoltèrent pour qu’ils se débarrassent de leurs encombrantes armures individuelles. Puis ils jetèrent leur scutum (bouclier), qu’ils trouvèrent trop lourd à porter, avant de suspendre leur gladius (épée courte portée sur la droite) à des branches d’arbres et exploiter le moindre moment pour fuir le service militaire. Le déclin militaire fut tel que Rome fit de plus en plus appel à des troupes auxiliaires recrutées parmi les autres nations jusqu’à sa disparition sous les coups d’un général barbare.

A un peu plus de 16 siècles de distance, le même déclin frappe la première puissance militaire du monde.

En dépit d’un budget astronomique frôlant le trillion de dollars US, le Pentagone se trouve forcé d’adopter une nouvelle politique dénommée « Deploy or Get Out! », visant à mettre dehors les militaires qui ne sont pas aptes au déploiement. Grosse surprise: jusqu’ici plus de 21 000 militaires (en quatre divisions) ont été remerciés depuis l’été 2018, soit quatre fois plus que prévu, et il est à craindre que les effectifs des troupes « non déployables » dépassent ceux d’un corps d’Armée d’ici au mois de juillet 2019.

Pire, une étude officielle du Département US de la Défense a estimé le nombre de militaires non aptes au déploiement à près de 235 000 dont plus de 126 000 peinent ou échouent à satisfaire aux standards sportifs militaires de base. Le reste est constitué de personnels approchant la retraite ou des femmes enceinte (un pourcentage étrangement élevé cachant mal la fonction et la couverture sociales des forces armées pour certaines catégories de la population).

Du coup, le Pentagone donne un délai de douze mois aux militaires non aptes pour satisfaire aux standards de déploiement ou d’être « foutus dehors à grands coups de pieds au C… ».

Washington se prépare donc sérieusement à une guerre globale, non pas contre une menace fictive comme cela fut le cas depuis 2001 (avec le marketing de la guerre sans fin contre le terrorisme) mais avec deux grandes puissances redoutables: la Chine et la Russie.

Mais Washington a t-il encore les moyens d’entretenir de telles ambitions démesurées?

Il y a quelques jours, des unités combinées de l’Armée syrienne ont effectué des exercices près du périmètre de sécurité de la base US d’Al-Tanf dans l’extrême Sud-Est de la Syrie, soit à un peu plus 55 kilomètres des Marines US retranchées derrière leurs parapets. Et pourtant, aucun avion de combat de la coalition n’a osé survoler les troupes syriennes qui manœuvraient en plein désert pour la simple raison que les T-55 et T-62 syriens bénéficiaient d’une couverture aérienne et d’un système de défense aérienne mobile. En clair, des Mig-29 SMT survolaient la zone en permanence et des systèmes de missiles SAM mobiles (des Buks) accompagnaient les unités blinées syriennes à quelques dizaines de kilomètres de la base d’Al-Tanf en territoire syrien  et des camps de la coalition en Irak voisin. Soit à portée de certaines batteries d’artillerie de l’OTAN déployées à la frontière irako-syrienne…

Une situation burlesque: stationner des forces militaires sur le territoire d’un pays souverain sans y être nullement invité, et supporter de se faire encercler de toutes parts par l’armée régulière de ce pays, laquelle en profite jusqu’à y mener des manœuvres militaires cycliques…Ce n’est pas un gag ou une caricature, c’est une réalité. Et on peut imaginer sans peine l’état d’esprit des militaires de la coalition retranchées avec pour premier niveau défensif de la chair à canon locale fournie par les forces démocratiques syriennes et surtout les satellites-espion en orbite couplés aux  chasseurs-bombardiers et autres drones stationnées en Irak.

Vous imaginez les forces US ou d’un quelconque pays de l’OTAN réduite à cette situation lors de l’invasion de l’Irak en mars-avril 2003? Jamais.

Le déclin est toujours imperceptible. Jusqu’au coup final. Si Washington avait les moyens de sa politique, il n’aurait jamais accepté de se faire humilier de cette façon et aurait agi très énergiquement. Les iraniens ne sont pas dupes. Ils observent la scène. Ils viennent de mobiliser l’ensemble de leurs forces pour « infliger une leçon cinglante à leurs ennemis dans la région ».

Cette situation rappelle maintenant celle, désastreuse, de la guerre en Afghanistan. Durant des années, le Mollah Omar, chef suprême des Talibans d’Afghanistan de 2001 jusqu’à son décès en 2013, vivait et évoluait en toute quiétude, souvent à moins de dix, voire cinq kilomètres, des plus grandes bases militaires US d’où partaient des cohortes d’avions de combat, d’hélicoptères d’attaque et de blindés à la recherche d’un contact avec les Talibans.

En deux occasions, le Mollah Omar avait campé avec armes et bagages à l’ombre des épaisses murailles en béton armé d’un complexe militaire US hyper-fortifié…

 

Strategika51 | 16 mars 2019 à 2 h 05 min | URL : https://wp.me/p1wadU-g6K
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3 réflexions sur “Militaire: derrière le simulacre, le déclin.

  1. Bonjour,
    pour motiver la troupe c’est quand même mieux de donner l’immunité…
    « L’immunité de juridiction a été étendue aux membres des sociétés militaires privées (SMP) américaines travaillant en Irak et en Afghanistan. Sous contrat du ministère de la Défense américaine en Irak, elles emploient aujourd’hui 180 000 hommes et femmes, soit plus que l’armée régulière avec ses 160 000 soldats. Un rapport du service d’étude du Congrès américain, publié en juillet 2010, estimait à 104 100 le nombre de civils travaillant en Afghanistan pour le seul pentagone. Les effectifs militaires, à la même époque, étaient de 63 000 soldats. Certaines sociétés sont sur le terrain pour protéger les intérêts privés ou publics américains. Dans certains cas, elles mènent des actions de combat en aide aux forces régulières dans des raides offensifs organisés par la CIA ou les forces spéciales. »

    extrait de « La fabrication de l’ennemi » de Pierre Conesa
    p332 réf.: CRS DoD contractors in Irak and Afghanistan,
    http://www.fas.org/sgp/crs/natsec/R40764.pdf
    (lien toujours valide)

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    1. @JM : attention avec le sensationnalisme.
      90% des sous-traitants militaires americains ont des roles logistiques. Il s’ agit de Philippins qui font la lessive ou d’ Ougandais qui font la vaisselle. On est loin de l’ imaginaire du neo-mercenaire que nous vendent les guignols du genre de Conesa.
      Le reste etant constitue d’ instructeurs (don’t j’ ai eu la fierte de faire partie), et de gardes du corps pas vraiment equipes ni organises pour attaquer.
      Le soutien a la CIA… cela existe, mais c’ est l’ exception de l’ exception. Il s’ agit la plupart du temps d’ effectuer la protection rapprochee d’ agents infiltres, comme c’ est tres bien illustre dans le film 13 Hours. Les vraies missions de combat avec une influence tactique, existent, mais la aussi, il s’ agit de l’ exception de l’ exception.
      Cherchez sur Buzzfeed, de nos jours, plus rien ne peut vraiment etre cache, il y a eu un cas recemment de sous-traitance de missions d’ assassinats cibles, pour le compte de l’ armee Emiratie au Yemen, effectuee par des Americains (et une dizaine de « Francais », qui ont fait bien plus que ce que dit l’ article). La CIA a pretendu « ne pas etre au courant » mais personne n’ est dupe… donc oui, cela existe, mais suffisamment rare pour faire les gros titres.

      Si vous cherchez un gros exemple bien flagrant de la sous-traitance de la guerre par lachete politique, c’ est du cote de la Syrie/Nord de l’ Iraq qu’ il faut regarder, et cela a ete denonce recement par un Colonel francais d’ artillerie. C’ est le fait d’ avoir laisse le combat terrestre a des milices arabo-kurdes pas tres pressees d’ en finir et a la vaillance toute relative (pour avoir ete sur place, croyez-moi, oubliez vite le mythe des vaillants guerriers kurdes, quoi qu’ en dise le cretin BHL). Donc la aussi, oubliez les SMP et autres fantasmes de scribouillards francais.

      ….en esperant avoir aide a approfondir, ce qui est le but de la section commentaires de ce blog.

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  2. Bonjour,

    les US me rappellent de plus en plus ces gamins en apparence costaud, en surpoids, qui cherchent la « merde » dans la cours de récréation en bousculant et harcelant ceux qui leurs paraissent plus faible oui qui les concurrencent.
    Mais si un avorton prêt à jouer sa viande se mets en face d’eux alors au mieux ces gamins, mus encore par quelques réflexes reptiliens de survie, feront descendre la tension, au pire fuiront ou se soumettront.
    Toutes les guerres US depuis 1945 sont des guerres politiques poussées et dirigées par des elites psychopathes, rien qui vaille de mourrir.
    Par contre, le camp d’en face, lui est menacé dans son mode de vie et sa chair (la chair de sa chair aussi): la puissance militaire technique ne sert pas à grand chose si on n’est pas prêt à mourrir, et des gens acculés, en situation de survie, sont prêts à mourrir car la mort est pour eux certaines, si ils ne défendent pas.
    Les américains étaient prêts à mourrir pour gagner contre les nazis et les japonais, mais c’était il y a plus de 70 ans.
    Asymétrie il y a mais pas celle que l’on croit.

    Cdlt.

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