Billet: que faire ?

Rien à ajouter; jusqu’à présent on a toujours eu avantage à parier sur la continuité: les banques centrales ont choisi l’inflationnisme et elles n’en démordent pas.
Ceux qui croyaient que Powell était différent se sont trompés, tout comme ceux qui doutaient des réactions des marchés.
Pavlov est toujours parmi nous, chaque fois que l’on sonne la clochette de la reflation, cela fonctionne, ils salivent.
Le pétrole remonte, les bourses rejoignent les plus hauts.
Le scepticisme reste de mise puisque les divergences entre les marchés de taux et les marchés dits de risque subsistent: la baisse des taux longs et l’inversion indiquent que l’on ne croit pas à une vraie reprise économique.
Mieux même le schéma de la Longue Dépression redevient populaire;, on se dit que le New Normal, va conduire à des taux nuls et ensuite négatifs et que cela va propulser les Bourses vers le ciel.
La répression financière est l’option privilégiée.
Conclusion, les opérateurs et investisseurs viennent en prédateurs, cyniques, ils savent que cela va mal et que la Fed  et ses associées vont les protéger par le laxisme monétaire, le fameux Put.
La contrepartie, l’autre aspect de la situation à savoir la montée des inégalités et la dislocation sociale sont occultées, comme cela se passe en France. Au lieu de traiter les problèmes que l’on crée, on réprime, on insulte, on marginalise.
Certes on a bien conscience de la destruction de nos arrangements sociaux et de nos consensus, mais le monde de la finance s’en fiche, il est court termiste.
Seul un garçon comme Ray Dalio de Bridgewater  s’en préoccupe publiquement, il vient de publier un article de qualité qui s’interroge sur la nécessité de réformer le capitalisme.
Dalio s’inquiète la montée des deux populismes, celui de droite et celui de gauche et il pointe les dysfonctionnements qui se multiplient: le système ne marche plus. Les coûts de son maintien en l’état progressent de façon exponentielle.
Dalio développe l’idée que pour maintenir le système capitaliste il faut essayer de réintroduire simultanément dans les décisions les deux critères:
1) d’efficacité économique
et
2)d’efficacité sociale.
En fait Dalio rêve, il rêve de concilier la capacité productive du capitalisme avec la capacité redistributive du socialisme. Le tout sous les signe de la compétence et de la générosité.
C’est gentil tout plein!
Les marchés ont perdu toute capacité de critique, d’analyse et donc d’anticipation ce qui s’explique par la situation de pléthore monétaire. L’excès de liquidités en quête d’emploi paralyse les jugements et au contraire incite aux comportements moutonniers. L’abus monétaire est corrosif, radicalement corrosif.
Le sage est celui qui est le plus pénalisé.
Le fondamental,  pour autant qu’il ait déjà eu une importance en Bourse, le fondamental  est totalement escamoté, ceux qui en tiennent compte sont handicapés.
On achète du long avec du court, on achète du risqué avec des fonds qui n’ont pas vocation à prendre des risques, on achète au delà de ses capacités à absorber les pertes, bref pour résumer:
C’est le grand, le colossal mismatch!
Beaucoup se demandent et me demandent que faire, hélas il n’y a pas de réponse claire à cette question angoissante car nous sommes dans la grande alternative, on peut aussi bien sombrer dans la déflation paralysante que dans l’hyperinflation.
Certes les forces fondamentales sont des forces de déflation en raison du poids des dettes,  mais l’action des pouvoirs en place vise à contrer la déflation par des mesures monétaires de plus en plus imprudentes qui risquent un jour de détruire complètement la confiance d’abord dans le système économique ensuite  dans la monnaie et enfin dans les valeurs de nos sociétés elles même.
Rien n’est bon en soi, car le processus en cours est un processus d’appauvrissement, un processus de régression.
Mais l’illusion monétaire peut donner l’impression que l’on peut y échapper, que l’on est plus intelligent que les autres et que l’on sautera du convoi en marche, avant les autres.
C’est l’erreur suprème: toutes les promesses émises, tout le papier émis doit être détenu et la masse de ceux qui le détienne sera nécessairement ruinée. On n’y peut rien, c’est le destin….
Reste le réel, les valeurs réelles.
Mais sans illusion; pensez y, les miracles n’existent pas.
S’enrichir est un rapport social, toucher des intérêts, des parts de profits; des loyers , des plus values, tout cela n’est rien d’autres que des rapports sociaux. Rien n’est en soi.  Et je crains que lorsque nous serons au temps, à l’heure des comptes, ces rapports sociaux seront grandement perturbés.
Le plus grand ennemi, c’est le facteur temps, le calendrier. En effet ce qui est bon aujourd’hui ne le sera pas forcément demain et la souplesse et la flexibilité requises pour survivre sont telles que seule une infime minorité peut prétendre en bénéficier.
Un portefeuille, un patrimoine ne sont que des états temporaires entre des moments de liquidité, mais en plus les liquidités elles même ne sont que des moments  entre différents types de liquidités.
En mot, et pour tout résumer, je suis persuadé que, victimes des fétiches qu’elles ont créés,  nos sociétés vont détruire leurs valeurs, toutes leurs valeurs; que ceci dépasse de beaucoup les seuls aspects matériels, économques et financiers. Elles vont détruire celles qui leur sont constitutives. Les seules réserves de valeur seront les réserves vivantes, celles qui sont incarnées dans les hommes.
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4 réflexions sur “Billet: que faire ?

  1. Je crois que nous assistons à une mutation profonde de notre société. Il est évident que les pouvoirs, les états ne laisseront pas s’installer les forces déflationnistes, d’où là réemergence de la théorie MMT.
    D’un autre côté, notre économie à muté d’un modèle industriel, pourvoyeur d’emplois et consommateur de capital utile à investir, vers un modèle de services type GAFA, Uber…
    De mon point de vue, cela est en relation directe avec la baisse de disponibilité des énergies fossiles qui ont contribuées au développement de notre économie au siècle dernier.
    Un facteur essentiel de l’energie est, je pense, l’ERO(E)I , Energy Return On (Energy) Invested, soit le ratio d’energie produite sur la quantité d’energie nécessaire pour la produire et donc en fait l’energie nette retirée.
    Nous sommes passés d’une énergie facilement accessible, peu chère à extraire, à une énergie demandant de plus en plus d’efforts et de capital pour la produire, donc une efficacité nette en forte baisse.
    A ce probleme, nous n’avons pas la réponse, et je ne crois pas que les pouvoirs en place l’ignorent, mais ils sont sans solutions.
    Donc la réponse sera d’ouvrir les vannes pour que l’argent coule à flot.
    Dans un premier temps, je pense que la stagflation va être notre futur.

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  2. Et je crains que lorsque nous serons au temps, à l’heure des comptes, ces rapports sociaux seront grandement perturbés.

    « grandement perturbes » :cet euphemisme m’a fait sourire. L’humour est la politesse du desespoir.
    ca me fait penser aux forces de l’ordre et l’abstention. Quand tout cela va partir en sucette,hum soyons optimiste,si tout cela part en sucette,quelle reaction des ofrces de l’ordre alors que le nombre de suicides parmi elles continuent d’augmenter?

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  3. merci M BERTEZ

    il semble que Ray Dialo a cependant trouvé une place d’allocation pour la relique barbare dans son portefeuille depuis 2018, une toute nouvelle place, une vraie notion de « Hedge » pour son fonds…

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  4. Merci monsieur Bertez

    la population mondiale a explosée à la hausse en parallèle avec l’explosion du crédit
    Si /quand le crédit deviendra plus cher qu’adviendra t il de la capacité des états à continuer à financer tous leurs programes sociaux via l’émission en continue de dettes
    et qu’adviendra t’il des gens de plus en plus nombreux qui vivent /ne survivent que grâce à ces programes/aides des états pour compenser la perte généralisée du pouvoir d’achat des revenus salariaux et des retraites (conséquences directes de la répression financière et du transfer de richesse vers les debiteurs/speculateurs) pour prévenir les révoltes généralisées
    Le pire, le chaos total financier, économique, et social, n’est pas l’issue la plus certaine mais cette issue ne peut malheureusent pas être écartée complétement.

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