Dans le monde des illusionnistes les banques euros sont solides, n’est ce pas!

Nous vivons dans le monde de David Copperfield, le génial illusionniste.

Son secret est simple, vous faire regarder ailleurs que là ou les choses se passent.

Les banquiers centraux sont des illusionnistes, ils vous font regarder la solvabilité des banques et donc votre sécurité là ou il ne se passe rien.

Ils vous font regarder du côté de leurs tests bidons, conçus pour que tout le monde passe avec succès, du côté des fonds propres alors que le problème on l’a vu à chaque crise est ailleurs, il est dans le refinancement des bilans. Il est dans le mismatch, dans les méthodes d’évaluation des risques, dans le mythe des value@risk, dans les théories financières, dans le mythe du maintien ordonné des marchés, dans le mythe de la solidité des contreparties sur les dérivés,  il est dans la dépendance à l’égard du dollar funding et de  l’eurodollar. Il est dans le mythe du risque zéro sur les dettes souveraines.

Un système fondé sur le bluff

La crise arrive quand , à partir de certaines indications confidentielles, certaines banques ne peuvent plus se refinancer, leurs consoeurs refusent de leur prêter. Le point faible des banques et singulièrement des banques euro, c’est leur refinancement par le marché de gros.

Aucune banque n’est à l’abri d’un « run » , d’une ruée , aussi bien run sur les dépots que sur le refinancement ou pire run sur les marchés. Le crédit est sur les marchés et sa valeur dépend des animal spirits sur les marchés et c’est pour cela que j’ai expliqué réecemment que les  marchés sont devenus too big to fail.

Nous sommes dans un système de bluff come l’a remarquablement expliqué Timothy Geithner dans son ouvrage de souvenirs, Stress Tests, Reflections on financial crisis.  Geithner a écrit des choses qu’il n’aurait jamais du écrire, il a vendu la méche!

Pourquoi croyez vous que Powell a réinstauré le Put alors que l’économie américaine n’en avait pas besoin? Parce que la Bourse avait baissé de 20% en peu  de temps et que 20% c’est exactement le seuil de tolérance des institutions!

En clair ce n’est pas une question de ratios, c’est une question de confiance et cette confiance est basée sur des indications opaques, cachées dissimulées au public.

Pourquoi croyez que l’on essaie de fusionner la Deustche Bankk et la Kommerzbank ? Ce qui est une ineptie en terme d’exploitation bancaire!

C’est pour des raisons gravissimes que l’on ne veut pas que vous compreniez et que l’on veut masquer.

LES BANQUES EUROPÉENNES SONT-ELLES PLUS SOLIDES QU’EN 2007-2008 ?

rédigé par Nicolas Perrin 9 avril 2019

Les derniers stress test menés sur le secteur bancaire européen ont été jugés satisfaisants par l’ABE et la BCE, et pourtant la BCE prolonge son soutien.

Les résultats annoncés le 2 novembre 2018 ont amenés les deux institutions à conclure que les mesures imposées aux banques par les régulateurs en vue de les forcer à améliorer le niveau de leurs fonds propres ont été un succès.

Elles leur ont permis de « renforcer leur capacité à résister à des chocs importants », selon les mots de l’ABE.capacité de résistances des banques de la zone euro

La Tribune rapportait même à l’époque que « Deutsche Bank [à laquelle je consacrerai prochainement une chronique], qui suscitait des craintes après trois pertes annuelles consécutives, ne s’en sort pas si mal avec un ratio [de fonds propres rapportés aux engagements] de 8,14% ».

Aux dernières nouvelles, officiellement, tout va donc très bien.

Pourtant, le cours des banques européennes s’est effondré en 2018, la BCE a annoncé le 7 mars 2019 un nouveau round de TLTRO et les Allemands semblent assez pressés de mener à bien une fusion entre Deutsche Bank et Commerzbank.

Etonnant, n’est-ce pas ? Tentons de voir ce qu’il en est. 

L’hypertrophie bancaire européenne

Commençons par justifier l’intérêt que nous portons à notre système bancaire. L’image d’Epinal voudrait que seules des économies atypiques comme par exemple le Luxembourg ou le Liechtenstein souffrent d’un secteur bancaire sur-développé.

En réalité, il s’agit d’un phénomène largement répandu au sein de l’Union européenne. La plupart des grandes économies européennes, au premier rang desquelles la France, ont un secteur bancaire gigantesque en comparaison de leur PIB, comme l’illustre ce graphique qui date du mois de novembre.

graphique actifs bancaires totaux

Alors que le secteur bancaire représente plus de 400% du PIB en France et un peu moins de 350% du PIB en Allemagne, il ne se monte qu’autour de 180% du PIB au Japon et à un peu plus de 100% du PIB aux Etats-Unis.

Comme le rappelle Bruno Bertez :

« Il semble bien que cela fait peser un risque important aux contribuables ! D’autant que l’Acte bancaire européen prévoit qu’en cas de défaillance d’une banque, les déposants doivent se voir confisquer une partie de leurs avoirs. Personne n’a voté pour cette hernie bancaire, personne n’a demandé pareille hypertrophie. » 

La tendance est cependant à la diminution de la taille des banques par rapport au PIB, comme en atteste ce graphique en date du mois de mars.

graphique indice boursier des banques et taille de leur bilan

Notons qu’en 2012, la situation était effectivement encore plus déséquilibrée.

La France est surreprésentée dans la liste des 30 banques trop-grosses-pour-faire-faillite, c’est-à-dire qui menaceraient le système financier mondial en cas de crise majeure.

Quatre banques françaises apparaissent dans la dernière mouture de ce tableau établi chaque année par le Conseil de stabilité financière (Financial Stability Board, FSB) : Société Générale, Groupe Crédit Agricole et Groupe BPCE dans le groupe 1 et  BNP Paribas dans le groupe 2.

liste des banques d'importance systémique en novembre 2018

(Légende : les pourcentages correspondent à la charge de capitaux propres supplémentaires qui incombe aux banques en fonction de leur position dans ce classement. Les institutions dont la santé est la plus cruciale pour l’équilibre du système financier mondial sont donc situées en haut du tableau.)

Ceci posé, pourquoi une telle descente aux enfers boursiers ou, pour poser la question dans les termes de Natixis :

Natixis banques de la zone euro

Les bilans des banques de l’Eurozone sont certes plus solides qu’en 2008

Comme l’expliquait Natixis dans une note du 16 janvier, cela se traduit par « la réduction de la prise de risque (graphique 5a) [et] la hausse des fonds propres relativement à l’encours de crédit (graphique 5b, tableau 1). »

graphique actifs pondérés par les risques des banques

graphique fonds propres des banques

ratio de fonds propres des banques depuis 2008

En France, le 18 mars, le Haut conseil de stabilité financière (HCSF) a même « décidé de renforcer ce que les autorités appellent ‘le coussin contra-cyclique’, un matelas de fonds propres imposé aux banques en fonction de leur exposition au marché français ». 

Explications de La Tribune :

« En juin dernier, le HSCF avait annoncé un premier ‘coussin’ de 0,25% des actifs pondérés par les risques que les banques devront avoir constitué dans leur bilan d’ici au 1er juillet 2019. Le coussin sera rehaussé à 0,5% à compter d’avril 2020 (la décision sera publiée le 2 avril prochain, après approbation de la BCE) ».

L’idée est de prévenir un éventuel retournement sur le marché de la dette privée française.

Voilà pour les bonnes nouvelles.

 Bilans des banques européennes : distinguer la paille et la poutre

Le nouveau round de TLTRO a été annoncé par Mario Draghi le 7 mars, lequel atteste qu’il y a comme un léger souci de « liquidité » (pour être gentil) au sein du secteur bancaire européen. Un problème à grosso modo 700 Mds € à rembourser d’ici 2021… sans quoi ce serait tout simplement le défaut de paiement ou même la faillite.

C’est la troisième fois depuis 2014 que la BCE intervient pour aider les banques européennes. Faute de mieux, Mario Draghi sauve donc une nouvelle fois le secteur bancaire européen en lui permettant de continuer à rouler sa dette, poursuivant plus avant la cavalerie financière.

[NDLR : Notre collègue Jim Rickards pense que les instances de régulation et les autorités financières et politiques sont en train de mener le système à la faillite. Ici, il vous explique sa thèse mais surtout comment en profiter pour faire des plus-values sur les marchés.]

Voici une représentation graphique de l’estimation de Reuters des montants empruntés par les banques commerciales des différents pays de la Zone euro en 2016, dans le cadre du TLTRO-II (chiffres en Mds€).

graphique estimation des nationalités des bénéficiaires du TLTRO

Pour le prochain TLTRO, la BCE a indiqué le 7 mars qu’elle reviendra bientôt avec plus de précisions.

On peut donc effectivement voir les choses sous deux angles : soit en considérant que les banques commerciales de la Zone euro ont quasiment doublé leur ratio de fonds propres entre 2008 et 2018 et que c’est une très bonne nouvelle ; soit en considérant que nous avons affaire au « schéma de Ponzi le plus réussi de tous les temps », ce qui est tout sauf une bonne nouvelle.

Zerohedge les banques européennes sont le schéma de Ponzi le plus réussi de tous les temps

D’autant plus que se pose également la question des prêts non performants, comme nous le verrons.

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4 réflexions sur “Dans le monde des illusionnistes les banques euros sont solides, n’est ce pas!

  1. Juste un aparté (pour illustrer le Monde des Illusionnistes) et qui concerne les Banques Centrales Nationales de l’Eurozone.
    Voici un graphique qui actualise, en % de leur bilan, leurs titres détenus à des fins de politique monétaire ainsi que leurs avoirs et créances en Or.

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  2. Même du côté des fonds propres, JP Chevallier à montré qu’en retraitant les bilans truqués des banksters franco-énanistes selon les normes internationales, on obtenait des leviers réels banqueroutesques de 30 (pour 10 requis)… Cela ne veut pas tout dire mais ça ne dit pas rien.

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  3. « La plupart des grandes économies européennes, au premier rang desquelles la France, ont un secteur bancaire gigantesque en comparaison de leur PIB » : Ce qui est surprenant c’est la comparaison avec les autres pays développés , USA, pays asiatiques : Comment expliquer cela ? Recours ultra massif à la dette sous toutes ses formes afin de palier le manque de profitabilité, contrairement au reste du globe ?

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    1. Non c’est plus compliqué que cela.

      L’Allemagne par exemple a un secteur bancaire démesuré avec la Deutsche Bank alors que le pays n’est pas très endetté.

      L’ hypertrophie bancaire a pour origine le système monétaire mondial avec le recyclage des déficits américains, la constitution d’une dette américaine colossale, la volonté des banques d’en profiter et de l’intermédier . Le système bancaire mondial joue le role du joueur de billes de Rueff qui reprête les billes de celui qui les perd.

      Tout cela a à voir avec la dérégulation et le développement de la monnaie mondiale: l’eurodollar:

      Le système de l’eurodollar est en régression tout comme le shadow banking, ce qui explique les tendances déflationnistes structurelles mondiales et les banques dont le business model était fondé sur le développement de l’eurodollar , ces banques sont en position très délicate, comme la DB, la SG et Unicredit.

      Voir les graphiques ci dessous sur ces questions, sur le déclin de l’eurodollar et celui des dérivés du shadow banking:

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