Les dépêches Mercredi 12 Juin

Notre idée centrale est la suivante: il faut donner quelque chose aux Français en échange de l’effort qu’on leur demande et des souffrances qu’on leur impose. Hélas, Macron ne l’a pas compris; il prend aux uns, mais c’est aux autres qu’il donne. Il prend à ceux qui n’ont pas pour donner à ceux qui ont déjà.

Les mouvements sociaux se multiplient en France, certains, comme celui des professions de santé, réussissent à passer le cap de la censure médiatique, d’autres restent dans l’obscurité.

Les débats qui accompagnent les conflits sont intéressants et ils éclairent parfaitement la dégradation des conditions de travail des personnels, d’une part, et l’effondrement de la qualité des services offerts au public, d’autre part. Ce sont des débats nécessaires socialement, ils permettent au public d’acquérir une meilleure connaissance de la situation de certaines professions. Cela devrait contrer la stratégie gouvernementale, laquelle consiste à mépriser ceux qui revendiquent et à monter les Français les uns contre les autres. L’exposé des difficultés scandaleuses de certaines professions  et de leurs conditions de vie peut contribuer à recréer du lien social et de la solidarité.

Ceci dit, il ne faut pas oublier la cause de tout, la cause de tout,  c’est l’austerité imposée aux salariés tous azimuts dans le cadre de la logique budgétaire, financière et monétaire. Si on néglige la forêt et que l’on ne s’intéresse qu’aux arbres qui la composent, on passe à côté de l’essentiel qui est le débat politique. Nous ne sommes pas dans des questions techniques, même si elles existent, nous sommes face à des choix politiques que l’on refuse de clarifier et même d’aborder. Si on se laisse fasciner par chaque arbre qui représente un conflit, on passe à côté de la forêt, laquelle n’est rien d’autre que la politique de réformes qui est menée.

La logique de la situation est comptable, point à la ligne.

Il faut équilibrer, réduire les dépenses, trouver les moyens d’augmenter les recettes et de ponctionner les revenus. Il faut être capable de présenter des chiffres budgétaires moins déséquilibrés, réduire les besoins de recours à l’endettement, stabiliser les dettes, et finalement les faire regresser en regard des chiffres du GDP.

Présenter le débat honnêtement permettrait certainement un progrès important de la conscience politique des citoyens. A force de tout occulter, chacun finit par considérer que toutes les ressources tombent du ciel, qu’il y a des trésors cachés dans lesquels il suffit de puiser et que, finalement, la rigueur doit s’imposer certes, mais uniquement aux autres.

Macron explique son comportement scandaleux et insultant vis à vis des Français d’une façon bénigne, mais dont la motivation est en réalité de tromper les citoyens. Il dit « nous n’avons pas assez expliqué ».

La question n’est évidemment pas à ce niveau. Tout le monde est capable de comprendre que l’on sur-exploite les salariés, que l’on réduit la qualité des services et que l’on transfère l’argent de la poche des uns vers les portefeuilles des autres.

Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas d’explications des mesures du gouvernement, non, ce dont nous avons besoin, c’est de la mise à jour de ce qui est caché, c’est à dire des vraies raisons pour lesquelles ces politiques sont menées. Et les vraies raisons, Macron ne veut pas les exposer, car il sait qu’elles déboucheraient sur la mise en cause de la validité de ses choix, le bien-fondé des actions entreprises, les perdants et les gagnants. Bref, exposer les tenants et aboutissants des réformes, ce serait accepter de mettre sur la place publique:

  • l’ordre social actuel et l’équité ou l’inéquité qu’il comporte
  • la soumission aux ordres européens, c’est à dire aux GOPE (Grandes Orientations de Politiques Economiques)
  • l’alignement de l’Europe sur le modèle allemand, malgré des caractéristiques historiques, culturelles, économiques, monétaires, et surtout productives différentes
  • l’insertion dans le monde global dominé maintenant par le duopole du G2 constitué des Etats-Unis et de la Chine
  • la répartition des fortunes et des revenus telle qu’elle a été déséquilibrée par l’action des Banques Centrales depuis 2008 pour faire face à la crise de solvabilité
  • etc., etc., mais l’essentiel est dit.

Pourquoi faut-il replacer les conflits dans leur cadre politique global? On peut même dire dans leur cadre républicain global. Tout simplement, parce qu’il faut absolument que chacun soit persuadé de la cohérence des actions engagées, de l’adéquation au but poursuivi et de la juste répartition sociale des efforts et des gains.

J’ai toujours soutenu que Macron avait commis une erreur considérable dès sa prise de pouvoir en voulant réaliser un blitz krieg, une guerre éclair, contre la société française à la faveur de ce que l’on appelle l’état de grâce. Il a pensé qu’à la faveur de l’état de grâce, il pourrait tout imposer au moins pendant six mois, ce sont ses propos devant le patronat.

Hélas, le calendrier n’a pas résisté à l’épreuve du réel. On ne fait pas virer un paquebot comme la France comme on fait virer une entreprise que l’on restructure.

La logique pour réussir une telle opération aurait été d’utiliser les six premiers mois de l’état de grâce pour préparer le terrain sur lequel on allait inscrire les réformes. Utiliser ces six premiers mois de crédibilité et d’image positive pour travailler en profondeur et essayer de proposer aux Français une sorte de nouveau grand contrat social, une sorte de pacte. La question se pose depuis longtemps; Chirac l’avait abordée en son temps avec Raffarin (lutter contre la fracture sociale), puis il avait renoncé; Hollande a refusé d’affronter le problème et la société française est restée ce qu’elle était, à savoir profondément divisée.

Faute d’avoir tenté ce pacte, Macron s’est mis dans l’engrenage de gouverner avec le soutien de moins d’un tiers des Français et de rejeter le reste sur la voie de la régression. Sur cette voie, il n’y a nulle issue. Plus Macron se raidit, plus le camp d’en face le rejette, la lutte n’est plus seulement pour ou contre les réformes, elle devient une lutte à mort contre ceux qu’il a fini par considérer comme des ennemis. C’est le vocabulaire de la haine qui est maintenant utilisé, celui de la guerre civile.

 

 

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