Comme la police française: le pouvoir est fort avec les faibles et faible avec les forts.

Comme la police française: le pouvoir est fort avec les faibles et faible avec les forts.

Ce n’est absolument pas nier la réalité des problèmes que pose une société d’assistance et de répartition que de déplorer l’agressivité de Macron et de sa cohorte à l’égard des classes modestes. 

On sait depuis longtemps que l’assistance engendre des abus, des inégalités, des gaspillages et que c’est  un mal quasi envahissant. On apprend vite le principe du moindre effort, on apprend vite la débrouille. 

L’assistance dans nos sociétés remplace la charité, c’est la charité politisée pour que la société reste ce qu’elle est, pour qu’elle soit docile. Pour que le peuple la boucle. Un moyen d’acheter la paix sociale … avec l’argent des autres. 

A noter que l’assistance/charité ayant été nationalisée, elle  coûte moins cher aux riches, elle n’est plus payée par les seuls riches comme avant, non elle est payée par le prélèvement sur les  autres  pauvres ou moyens pauvres. Cela coûte moins cher aux ploutocrates.

Le chômage indemnisé réduit les frais des grandes entreprises  financialisées en portant la charge de l’entretien des chomeurs sur la collectivité et singulièrement sur  ceux qui ont encore du travail. Le capital remplace le travail vivant par le travail mort et fait supporter le coût de la mise au rebut par la collectivité. 

Le système de l’assistanat, c’est le prix que les pauvres doivent payer, subir, pour que les  riches puissent le rester, puissent  devenir encore plus riches. Le sens profond du chômage et de l’assistanat  c’est la recherche de l’efficacité mesurée par le taux de profit lequel sert à rentabiliser le capital. C’est un cout de reproduction du système mais ce coût est supporté par tous, même ceux qui ne bénéficient pas de ce système.

Mais même socialisée, la répartition finit par se retourner: elle finit, en imposant des charges de plus en plus lourde à la production, par pénaliser la compétitivité et vient un moment ou il faut repartir  en arrière, régresser. dégraisser, nous sommes à ce moment.

Nous avons certainement touché les limites du système du partage. La société se délite, elle encourage le non-travail, elle détruit les motivations et les incitations. Elle monte les uns contre les  autres. 

Tout cela mérite réflexion, débat et un travail d’actualisation .

Tout cela doit s’inscrire dans un nouveau Pacte Social, qui seul, je le repète peut rendre acceptables les efforts que l’on demande aux uns au profit des autres. 

Michel Onfray:  Doigt d’honneur

https://michelonfray.com/interventions-hebdomadaires/doigt-d-honneur

On sait que le doigt d’honneur constitue le sommet de la rhétorique présidentielle – on comprend qu’avec pareil bagage intellectuel, les portes de l’Ecole normale supérieure lui aient été fermées devant le nez à deux reprises.

Devant le public de l’Organisation internationale du travail (OIT), le président de la République en a envoyé un nouveau à destination des gilets-jaunes. Comme d’habitue, la classe médiatique y est allée fort avec le cirage et la boite à reluire: Macron aurait effectué publiquement un mea culpa! Et les éditorialistes d’enchaîner sur un prétendu Acte II car le travail des journalistes consiste désormais à reprendre en boucle les éléments de langage, les communiqués et les notes fournies par le service communication de l’Elysée. Précisons au passage que ce genre de travail est rémunéré dans les salles de presse avec l’argent du contribuable qui permet aux journaux de survivre.

En bon disciple des sophistes qu’il est, Macron sait s’adapter à son auditoire. Devant les représentants de l’OIT, il met en avant des préoccupations sociales. Il a même reconnu avoir commis une « erreur fondamentale » dans la gestion de la crise des gilets-jaunes. « Quand le peuple français dit avec force ce qu’il a dit, il faut savoir l’écouter, savoir constater ce qu’on a mal fait, ne pas arrêter de faire ce qu’on doit faire, savoir changer de méthode et entendre le message profond. » Et d’ajouter que « nous avons peut-être parfois construit des bonnes réponses trop loin de nos concitoyens en considérant qu’il y avait des sachants et des subissants. »

Qu’est-ce à dire? Qu’il s’est trompé, certes, mais sur la forme pas sur le fond. Il convient d’un problème de méthode mais ne revient pas du tout sur son projet politique qui reste le programme libéral maastrichtien. On ne pourra pas lui reprocher de manquer de constance. Il avait dit aux gilets-jaunes en substance: « J’entends bien que vous n’êtes pas contents, je vais faire un tour de France pour vous expliquer que vous avez tort, en même temps, je vais vous demander votre avis mais, n’espérez pas, ne rêvez pas, après ce tour de France dans lequel j’ai fait éhontément ma promotion pour les prochains élections européennes, je ne changerai pas de cap. »

Ces élections européennes ont, comme d’habitude, été l’occasion d’une propagande éhontée. On connaît désormais la technique: opposer le bien au mal, les progressistes aux populistes, les gens de progrès aux obscurantistes, les résistants aux fascistes, Jean Moulin et Adolf Hitler, le Mont Valérien et la Shoah, autrement dit: Emmanuel Macron à Marine Le Pen. On aura compris qu’Emmanuel Macron est à lui tout seul le bien, les progressistes, les gens de progrès, les résistants, Jean Moulin, le Mont Valérien et que Marine Le Pen est à elle toute seule le mal, les populistes, les obscurantistes, les fascistes, Adolf Hitler et la Shoah. Pareille propagande ayant déjà permis de beaux succès électoraux aux fourriers de l’Etat maastrichtien, pourquoi ne pas s’en priver?

Or, ce coup-ci, la ficelle était trop grosse. Macron a perdu. Il avait fait de son arrivée en tête un enjeu majeur, il est arrivé second. Qu’à cela ne tienne! L’élément de langage a été fourni aux rédactions qui l’ont tout de suite répercuté en boucle: un écart si faible avec le second n’est pas un échec, c’est même un franc succès! Et les éditorialistes consultant leurs portables sur les  plateaux de télévision y allaient de ce paralogisme: perdre avec si peu c’est très exactement gagner!

Le sceptique que je suis en matière de choses humaines, et plus encore en matière de politique, se pose tout de même une question: qui fait le total des votes entre les villages de campagne et les mégapoles, entre Chambois, mon village natal avec ses trois cents votants, et Paris avec ses millions d’électeurs? Qui, in fine, trace un trait, fait l’addition, calcule, et donne le résultat à la télévision de façon performative? Le président de la République Emmanuel Macron et son ministre de l’intérieur Christophe Castaner. Convenons que c’est une formidable garantie de vérité et de probité, d’honnêteté et de régularité, de véracité et d’authenticité. On a vu dans le traitement idéologique et hystérique, policier et militaire de la question des gilets-jaunes combien ces deux protagonistes étaient animés par le souci de la vérité et de la République…

Complotisme dira-t-on. J’ai l’habitude. On nomme aujourd’hui complotiste quiconque ne souscrit pas aux bobards présentés par les dominants comme des vérités mais qui sont en fait les mensonges utiles à leurs forfaits. Or, je n’ai pas confiance dans les dominants – ce serait aussi sot que, pour des moutons, d’avoir confiance dans la meute des loups ou pour les veaux à l’abattoir d’avoir confiance dans le boucher qui les attend avec un long couteau…

Emmanuel Macron a été élu pour un programme, c’est celui de l’ultra-libéralisme maastrichtien; les puissances de l’argent, du capital, de la banque, des marchés, du journalisme, des médias, de l’intelligentsia l’ont aidé dans cette conquête du pouvoir.

Tout a été fait pour que Marine Le Pen soit au second tour, bien qu’on nous dise ensuite qu’elle est une candidate anti-démocrate et dangereuse pour la République: pourquoi dès lors ne pas lui interdire d’exister politiquement après qu’on en eut apporté la démonstration? Depuis Mitterrand qui a instrumentalisé la famille Le Pen pour assurer la domination sans partage du camp libéral, ce petit jeu commande l’histoire de France.

Macron peut bien confesser des erreurs de méthode, c’est estimer en effet que la lame de la guillotine n’était pas très propre et qu’il présente volontiers ses excuses pour cette souillure – qui n’empêchera tout de même pas la décapitation.

Qu’est-ce que la décapitation ?

L’abolition de la retraite à  soixante ans qui est passée comme une lettre à la poste. Personne n’a repris ces sophistes macroniens qui distillaient les éléments de langage donnés par l’Elysée à savoir: l’âge du départ à la retraite n’a pas changé! Or, la réalité est que cet âge a changé puisque l’âge auquel on peut toucher sa retraite l’est; dès lors, on peut partir au même âge, bien sûr, mais sans toucher sa retraite aux taux plein; conséquemment, si l’on veut la toucher au taux plein il faut partir plus tard, donc: on a modifié l’âge de la retraite. Car on peut en effet partir à la retraite à quarante ans, rien ne l’interdit, mais on ne touchera rien. De même, on peut partir à la retraite à soixante ans, mais on touchera si peu qu’on sera obligé de rester jusqu’au moment où l’on pourra toucher le taux plein qui, lui, aura exigé qu’on sacrifie quatre ans de sa vie en plus au travail. Voilà.

Cet homme qui a perdu les élections européennes, et qui dit que les perdre à si peu c’est exactement les gagner, passe la vitesse supérieure et charge cette fois ci les chômeurs. Après les retraités, les chômeurs. Il continue dans le même esprit: fort avec les faibles, faible avec les forts. Pas de négociation avec les syndicats, les fameux corps intermédiaires dont il n’a cessé de faire l’éloge devant les maires pendant son tour de France égotiste, c’est fini.

Les ordonnances feront l’affaire. Pas besoin de s’embarrasser avec les syndicats, pas besoin de perdre du temps avec le parlement, pas besoin de ralentir le choses avec le Sénat, pas besoin d’en appel au débat – Ricoeur est mort et enterré, son prétendu vieux maître ne lui reprochera pas… –, c’est ce que Macron appelle une présidence jupitérienne. Tout ça n’a vraiment plus grand chose à voir avec la démocratie…

Pour amuser la galerie, il a envoyé sa femme se faire torturer à la radio chez Marc-Olivier Fogiel dont on connaît la férocité critique. Une heure trente de publicité pour le Président a été assurée par sa femme qui, ne riez pas, nous l’assure: son mari à « une âme de poète »… Si, si, elle l’a dit. Mieux vaut entendre ça que d’être sourd.

Michel Onfray

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