Faire du dollar une arme, est ce une bonne idée?

Les « sanctions » commerciales et les sanctions financières ne suffisent pas, l’administration Trump intensifie son action  sur le dollar et les changes.

Elle cherche à institutionnaliser cette action monétaire  dans la politique de change des États-Unis.

Cette approche de l’Administration aura des conséquences à long terme.

Elle va affaiblir le système monétaire international.

Mettant de côté une politique de «dollar fort» cette Administration est maintenant engagée dans des  opérations non dissimulées  de baisse du dollar.

L’Administration parle et agit comme si la faiblesse d’une monnaie constituait une pratique monétaire préjudiciable.
On l’a vu lors de la critique par tweet de Trump sur Mario Draghi, lequel a donné  un signal en faveur d’un plus grand accommodement monétaire dans la zone euro en juin.

Les raisons de Draghi étaient claires: l’activité économique de la zone euro est faible et l’objectif d’inflation de la BCE est constamment sous-estimé. Davantage d’accommodement dans la pratique actuelle  est tout à fait conforme au mandat de la BCE, même s’il en résulte un euro plus faible.

Lors de la récente réunion ministérielle des finances du G20 à Fukuoka, le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, a observé que les marchés étaient habitués aux  interventions chinoises pour soutenir sa monnaie et il a suggéré que l’absence d’une telle intervention pourrait indiquer un désir intentionnel d’affaiblir le renminbi.

L’administration souhaite apparemment que la Chine empêche toute dépréciation sous les 7 Rmb par dollar, même si une   monnaie chinoise plus faible est logique: elle reflète les forces du marché.

La hausse des tarifs américains sur la Chine affaiblit la compétitivité de Pékin et frappe le renminbi. La Chine aurait peu de raisons maintenant de resserrer sa politique monétaire pour défendre sa monnaie compte tenu du ralentissement de son économie dû en partie à la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine.

L’Administration semble ignorer que, malgré les multiples problèmes économiques que connaissent les États-Unis, la fermeté du dollar peut étre justifiée.

Une meilleure croissance relative américaine favorise les investissements aux USA par rapport à une Europe et un Japon anémiques. La hausse des taux d’intérêt officiels, reflétant la surperformance des États-Unis,  associée à une politique budgétaire procyclique soutient la demande de dollars.

Contrairement aux engagements de change de longue date des États-Unis , l’Administration souhaite  une dépréciation compétitive du dollar ou une appréciation des autres monnaies.

Comme dans d’autres domaines Trump brise un tabou ou mieux, il abandonne l’hypocrisie.

Pour parvenir à ses fins , le Trésor a durci ses critères d’appréciation  de  possible «manipulation» de la monnaie dans son dernier «Rapport sur les opérations de change».

Le Trésor a  élargi le réseau des «principaux partenaires commerciaux» susceptibles d’être examinés . Le Trésor a également abaissé le seuil d’excédent du compte courant qui peut  déclencher un examen plus approfondi, de 3 à 2% du PIB.

Le dernier rapport du Trésor double également les soldes bilatéraux afin de mieux inclure  la Chine, même si son excédent courant est faible et en voie de disparition.

Un autre outil utilisé par l’administration consiste à associer de manière agressive des dispositions relatives aux devises à des accords commerciaux, ce   processus a éré entamé sous l’administration Obama.

L’accord commercial entre les États-Unis et le Mexique et le Canada (USMCA) inclut certaines dispositions relatives à la monnaie . C’est la première fois que des engagements en matière de politique de change sont juridiquement exécutoires dans le cadre d’un éventuel règlement d’un différend commercial.

Cela crée un précédent important pour le futur .

En outre, l’accord commercial entre les États-Unis et la Chine en discussion il y a quelques mois comportait un chapitre consacré à la monnaie.

Enfin, le Département du commerce vient de proposer – avec l’assentiment de l’Administration – un règlement qui ferait de la «sous-évaluation» de la monnaie l’équivalent d’une subvention pouvant donner lieu à une mesure compensatoire.

Ceci  signifie que l’on considère que  le pays en question fournit une aide financière « injuste » à son secteur des exportations.

L’Allemagne et l’Europe en général ont bien du souci à se faire sur ces nouvellles bases.

Nous sommes en fait dans l’arbitraire, le chantage et la loi du plus fort car il n’existe aucun moyen précis de mesurer la sous-évaluation.

La politique monétaire influe beaucoup sur les taux de change et elle devrait viser à promouvoir un maximum d’emploi et la stabilité des prix, et non une balance commerciale donnée, comme l’ont convenu le G-7 et le G-20.

Si les États-Unis veulent déterminer le taux de change d’équilibre dollar-renminbi, il leur faudra decider si   le solde bilatéral souhaité est de plusieurs centaines de milliards de dollars ou  de zéro.

La grande majorité des économistes rejettent la pertinence des équilibres bilatéraux. Si la sous-évaluation d’une devise correspond au symetrique de la force du dollar et à une surévaluation due à la politique  des États-Unis, la monnaie sous-évaluée doit-elle être sanctionnée? L’Administration est malavisée  à blâmer d’abord les pratiques monétaires des étrangers et à suppose simplement qu’ils sont les fautifs.

Tout cela va dans le sens non pas de la cooperation, mais dans le sens de l’escalade dans les confrontations.

D’apres un article de de l’ancien officiel du Trésor US  Mark Sobel maintenant président du think tank OMFI

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s