BOURSE : LA BAISSE EST INTERDITE

rédigé par Bruno Bertez
3 septembre 2019

Le profit est le but ultime du capitalisme… mais il a bien changé, ces dernières années. Désormais, les autorités sont prêtes à tout pour garantir la hausse.

« Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage. »

L’ouvrage en question consiste à dire que, dans le système capitaliste, le moteur de l’activité, c’est la production de profit et son accumulation sous forme de hausse de la contre-valeur papier du capital.

Il en découle que le paramètre central est non pas les marges bénéficiaires (le ratio du profit sur le chiffre d’affaires) mais la profitabilité – laquelle est le ratio du profit sur la masse (sans cesse croissante) de capital engagée.

Le critère de la gestion, de l’investissement, de l’embauche, de la distribution de revenus – ce critère, en dernière analyse, c’est ce qui reste : le résidu, le profit.

Le système du capital n’est pas le système de la production pour les besoins, de la production de biens et de services utiles. Non, c’est le système de la production du résidu final : le profit. Le bénéfice. Les capitaux vont là où se produit le bénéfice.

Finalement, c’est bien ainsi – à condition que le système ne devienne pas pervers comme il l’est maintenant…

C’est pour réaliser du profit – de préférence maximum – que le capital investit, embauche, distribue des revenus et ensuite… va se faire coter en Bourse.

Le nouveau capitalisme

Les capitalistes ne s’enrichissent plus en accumulant les profits, non : cela, c’était avant, dans les temps anciens. Désormais, les capitalistes font fortune en introduisant en Bourse, en vendant des espoirs de profits futurs aux gogos… et ils le font grâce aux politiques monétaires conçues pour cela, exactement pour cela.

Les politiques monétaires et financières visent à remplacer l’accumulation réelle du produit par la capitalisation des espoirs de profits.

Les autorités, aidées par les théoriciens qui sont à leur service, ont trouvé une martingale pour créer du capital fictif… pour gonfler le capital existant… pour, en pratique, suppléer au profit insuffisant produit par la vraie activité économique productive.

Les autorités ont branché, comme John Law, une loterie sur le profit réel. Et comme les joueurs exagèrent toujours leurs chances de gagner au jeu, eh bien, « on » réussit à vendre le profit réel, insuffisant, plus cher qu’il ne vaut.

La Bourse en tant que machine à surévaluer est devenue l’auxiliaire indispensable de la survie et de la reproduction du capitalisme.

Une machine à surévaluer

La Bourse a le pouvoir magique de compléter le profit réel par le profit Ponzi – c’est-à-dire de compléter le profit endogène à l’activité économique par un profit exogène, par une plus-value qui provient de la croissance continue des signes monétaires et du crédit.

Si la Bourse n’était pas une machine à surévaluer, on s’apercevrait que le profit est insuffisant et qu’il n’y en a pas assez pour maintenir en vie tout cette masse colossale de capital réel, productif, improductif ou fictif.

L’inflation des cours de Bourse est organiquement indispensable pour maintenir en vie le système.

La Bourse, par sa dynamique haussière, réalise l’équivalent de la bicyclette qui roule : elle maintient le système en équilibre.

Voilà pourquoi elle ne peut plus baisser.

La baisse est interdite, sachez-le.

Cela durera tant que ce ne sera pas su, pas connu, tant que cela restera caché, tant que les gens n’auront pas compris que la baisse est devenue impossible.

Les profits sont décevants

Un jour, je vous expliquerai la grande mutation de ce capitalisme. Je vous expliquerai en quoi il a franchi une étape lorsqu‘il ne s’est plus contenté de réaliser des profits, de les accumuler et de s’enrichir par ce biais.

Je vous expliquerai que l’on a franchi une étape en mettant en place ces Bourses modernes – lesquelles ont pour fonction objective de permettre, après l’accumulation, la mobilisation du capital et ensuite son inflation grâce au multiplicateur de profit.

Les vraies machines à accumuler, ce sont désormais les Bourses. Elles jouissent d’un pouvoir multiplicateur du profit et ainsi, elles gonflent le capital. Elles capitalisent non seulement des profits réalisés mais aussi des profits comptables, des profits virtuels, des espoirs de profits, des mirages de profit – et, en cette phase bullaire, surtout des pertes, comme les pertes des licornes à la Uber, par milliards.

La Bourse est le maillon essentiel de la production du capital ; elle a remplacé l’accumulation ancienne arithmétique par la capitalisation géométrique : le multiple cours-bénéfices.

Les profits réels aux Etats-Unis et en Chine représentent 60% des profits globaux. Les profits réels sont différents des profits aussi bien comptables que recalculés par les analystes, ou même des profits de la comptabilité nationale.

Nous avons publié en fin de semaine dernière un excellent travail sur ce point, vous devriez y aller voir. En réalité, les profits réels sont en recul depuis 2014 !

Même au niveau du marketing financier, on prend conscience du fait que les profits sont décevants.

La solution pour éviter l’effondrement de la pyramide, ce n’est pas le monétaire ; la seule solution, c’est le budgétaire.

Seul le budgétaire permet de regonfler les profits car il augmente les chiffres d’affaires sans augmenter les revenus que l’on doit distribuer : les revenus tombent du ciel des déficits.

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3 réflexions sur “BOURSE : LA BAISSE EST INTERDITE

  1. Je vous lis depuis un long moment : j’admire la finesse de vos analyses, la justesse de vos vues, et par dessus tout, le fait que vous n’êtes pas comme tous les vendeurs de malheur, à déclamer que « la fin est proche ».
    C’est chez vous (et chez vous seulement) que j’ai lu que les élites ne peuvent rien faire pour résoudre la crise mais qu’en revanche elles ont un pouvoir énorme pour ce qui est d’en retarder les effets…

    Cela fait le bonheur des apprentis spéculateurs qui inondent Internet et vendent (très cher !) des formations miracles pour s’enrichir en spéculant sur la bourse ou l’immobilier.

    La phrase « Bourse : la baisse est interdite » est, une fois de plus, en plein dans le mille.

    Les « autorités financières » s’arcboutent complètement sur le soutien de la Bourse, quel que soit le « réel ».

    J’ai fait, il y a longtemps, le choix de les combattre par des métaux précieux. J’ai commencé à acheter en 2013, un peu avant la baisse gigantesque orchestrée par Bernanke.
    Je ressens la haine profonde et même la peur, que ces autorités ressentent pour le métal jaune…
    Jusqu’à présent leurs outils pour combattre la hausse de l’or ont été très efficaces : ils peuvent créer des tonnes d’or et d’argent papier, en tapant sur quelques touches.

    Bien sûr que la fin viendra… Mais enfin, faut-il encore attendre 10 ans ?

    Seraient-ils enfin en train de perdre ? Je le souhaite très très fort, et au diable les conséquences, qui seront je n’en doute pas, tragiques.
    Mais je n’en plus de voir ces banksters centraux se congratuler d’avoir sauvé le monde et les petits investisseurs se congratuler de gagner des sommes d’argents indécentes en bourse.
    Je ne suis pas furieux parce qu’ils gagnent indûment de l’argent… Mais parce que j’ai raison et que mon raisonnement n’est toujours pas validé par les faits près de 5 ans après (j’estime pour ma part, que le marché aurait dû se retourner à partir de 2014…).

    Merci pour vos efforts de vulgarisation,

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  2. Ils ne vendent plus les actions à découvert, mais les taux désormais !!! L’imagination dans le virtuel de la finance est infini tant que vous le disiez si bien l’argent ne va pas chercher sa contre partie réelle.

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    1. La gestion de la crise de suraccumulation de capital improductif, fictif, de poids mort, consiste à mettre de l’infini, du sans-limite sur du fini.

      Et surtout à faire croire que l’on pourra toujours le faire. C’est le sens des rodomontades du type Draghi « coute que coute » ou des affirmations mensongères du type Lagarde: « nous avons les outils pour faire face. »

      L’action qui est au coeur de ces outils , cela consiste à créer du pouvoir d’achat sans limite alors que ce que l’on peut acheter, en biens et services est par definition fini, limité. Cela consiste a créer un surplus, un exces.

      Cette gestion de la crise est totalement dépendante de l’ordre politique, social, géopolitique global: pour que ce système dure, il faut que certains ensembles comme la Chine, l’Allemagne, le Japon, les Pétroliers acceptent d’accumuler les dettes US et qu’elles les portent dans leurs réserves de change sans créer trop de monnaie domestique en contrepartie , ou qu’elles les recyclent sous forme de créances sur les USA , bref il faut qu’elles les neutralisent en tant que monnaie vivante. Il faut qu’elles les zombifient.

      Tout ce processus est lié au système des changes: pour éviter que leur monnaie ne monte trop, les pays créanciers accumulent des dollars -réserves. Si les pays créditeurs revendaient les dollars accumulés cela signifie qu’elles laisseraient leur monnaie s »apprécier face au dollar. Cela réduirait leur croissance ou leur activité économique.

      Quand je dis que les zozos nous font pénetrer dans un monde imagnaire, je ne me trompe pas; ce monde imaginaire c’est celui de leur toute puissance, de leur infaillibilité, de leur magie face à un monde qui en réalité est dominé par la finitude, par le temps qui passe.

      Trump en bousculant ce monde imaginaire parfait peut à lui seul provoqiuer une crise , il casse des mécanismes et des dialectqiues que ni lui, ni ses conseillers ne comprennent.

      Je n’ai rien contre le fil conducteur qui se dégage des errements de Trump, j’approuve plutot son action que je résume comme une déglobalisation; mais je constate qu’il ne comprend pas ce qu’il fait et que par conséquent il produit des incohérences majeures.

      Le symbole de ses incohérences c’est son exigence que le dollar baisse alors que lui même en créant de l’instabilité et du risque fait tout pour .. qu’il monte puisque le dollar c’est le rfuge! Trump rarefie relativement le dollar mais il veut qu’il baisse!

      Les banquiers centraux n’ont qu’une puissance illusoire, temporaire, relative à un ordre qui se délite sous nos yeux. Leurs modèles ne modélisent que … le passé, la répétition du passé et les interrelations passées entre les variables.

      Les digits produits par les banques centrales ne sont pas de la vraie monnaie, ils ne sont qu’un mirage ou au mieux une monnaie potentielle, laquelle ne deviendrait réelle que si et seuelement si, elle entrait dans des transactions.

      La fonction économique , pas la fonction pour les individus, de la monnaie c’est de catalyser les échanges, mais le catalyseur seul sans les échanges est un fantome, une inexistence.

      La monnaie prend vie, se dote de vie dans et par les transactions. La monnaie ne produit pas les transactions, c’est une illusion! Ce qui est premier c’est le désir, la volonté de transacter et si la monnaie produit des transactions c’est dans le cas de l’hyper-inflation c’est à dire lorsque la monnaie brule les doigs et que l’on n’y croit plus.

      Les idiots inutiles qui nous gouvernent sont spiritualistes, pas matérialistes , ils marchent sur la tête et croient que l’esprit produit la réalité alors que c’est le réel qui produit l’esprit. Comme les enfants , ils ne sont tout-puissanst que de leur impuissance réelle.

      L’hyper inflation , c’est ce qui se produit dans l’imaginaire financier; les QE ont remplacé des actifs financiers qui rapportaient en fournissant de la monnaie qui ne rapporte rien au gérants de l’imaginaire financier que sont les banques et la communauté spéculative et cet argent qui ne rapporte rien leur brule les doigts, c’est la patate chaude ; nous sommes dans un phénomène d’hyper-inflation localisé dans l’imaginaire financier.

      Au mieux ces digits, ces zéros dans les livres de comptes, sont des assurances; ce sont des assurances en ce sens que si il y a, si il y avait un « run » sur les banques ou une chute des marchés, grace à ces digits en réserve, le système pourrait dans un premier temps faire face aux retraits en moblisant l’ argent oisif de leur compte à la banque centrale et en remboursant les premiers demandeurs de cash.

      Mais compte tenu des disproportions, seuls les premiers seront servis!

      C’est pour cela qu’il faut toujours etre les premiers à paniquer contrairement à ce que l’on vous dit.

      Pour l’avenir on ne peut échapper à la Nécessité:

      -soit l’imaginaire financier hyper-inflaté sera détruit

      -soit il sera solvabilisé par la transmission de l’hyper-inflation financièire au monde réel ce qui signifie que la croissance nominale va accélerer et que les cash flows fictifs gonflés par l’inflation vont rattrapper les valorisations des actifs côtés sur les Bourses.

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