La monnaie-dette présente le gros défaut de ne pas supporter la moindre déflation. Il est donc impossible d’assainir l’économie.

Par Pantalacci, que je remercie de sa contribution.

« Excellente analyse.

Pour ma part, je crois que s’il y a surproduction ou sous consommation, c’est parce que, comme vous le soulignez, les revenus distribués par l’économie sont insuffisants pour atteindre les objectifs annuels d’inflation des banques centrales.

Au stade actuel, la poursuite de ces objectifs n’est plus tenable tant que les revenus réels stagneront, sauf à faire exploser le système un jour ou l’autre.

Le problème, c’est encore le système des prix administrés, sachant que l’on ne veut plus, on ne peut pas tolérer la moindre déflation pour ne pas faire exploser les énormes bulles de dettes publiques et privées.

Depuis des décennies, les banques cherchent à entretenir ce système inflationniste, en surveillant l’inflation comme le lait sur le feu et en faussant complètement la loi de l’offre et de la demande qui est à la base du système capitaliste.

Dans un fonctionnement « normal » de l’économie de marché, le prix d’équilibre est celui qui satisfait le nombre maximal d’échanges, ou encore, qui satisfait un maximum de vendeurs et un maximum d’acheteurs.

Lorsque les marchandises s’échangent au prix d’équilibre, il y a très peu d’invendus, et il ne doit y avoir ni surproduction ni sous consommation.

Comment expliquer la présence d’un tel déséquilibre au niveau des prix ?

C’est dû à l’intervention des autorités monétaires qui entendent fixer une évolution des prix perpétuellement à la hausse, en jouant sur la quantité de monnaie en circulation au moyen des taux d’intérêt et des Q.E.

Alors que seuls les participants au marché devraient avoir le droit légitime de fixer leurs prix en confrontant l’offre et la demande, on assiste à l’intervention des banquiers qui s’invitent à la « table des négociations », en étirant leur « monnaie-dette-papier-caoutchouc », alors qu’ils ne sont ni demandeurs ni producteurs de biens ou services ! Il est évident qu’avec une monnaie-marchandise ( comme l’or par exemple), les banquiers ne pourraient pas s’adonner à ce jeu-là.

Leur monnaie-dette présente le gros défaut de ne pas supporter la moindre déflation.
Il est donc impossible d’assainir l’économie.

Il n’est donc guère étonnant que l’on soit arrivé où nous sommes actuellement, c’est à dire une économie peuplée de « zombies » sous perfusion, et dominée par la course exponentielle vers l’endettement et la faillite.

Une économie digne de ce nom devrait alterner des cycles de légère inflation et légère déflation, dans un endettement limité et contrôlé, sachant que les vrais moteurs de l’économie sont la production ( le travail) , la consommation, et l’épargne, et non l’impôt et la dette, qui ne font que charger l’économie.

La véritable grandeur qui caractérise la croissance ou la décroissance d’une économie, c’est le volume réel des marchandises échangées dans une unité de temps déterminée.

Ce n’est pas le prix de ces biens, a fortiori lorsque ces biens ne se sont pas échangés à leur prix d’équilibre, mais à un un prix faussé par les inondations de fausse monnaie.

L’avantage d’une monnaie marchandise, saine et non manipulable, qui soit autre chose que le néant, c’est qu’on peut calculer un PIB qui a une signification réelle.

A l’époque où le dollar représentait non pas une dette totalement virtuelle, mais un certain poids d’or physique, il était possible :

a ) d’atteindre des prix d’équilibre pour chaque marchandise échangée, ce qui optimisait les volumes réels échangés et donc, in fine, la croissance.

b) de calculer un PIB en milliers de tonnes d »or, même si seule une petite fraction de cet or avait réellement circulé, grâce aux compensations interbancaires.

Sur les factures, notes d’hôtel, restaurant, fiches de salaires, chèques, sur les chiffres de la dette, du PIB, etc… figuraient des dollars, mais c’était l’or la vraie monnaie, c’était l’or qui circulait en réalité.

On pouvait aisément par une simple multiplication, passer du virtuel au réel.

De nos jours les chiffres du PIB sont faux, puisque les prix sont faux et que les chiffres officiels de l’inflation sont notoirement « bidonnés ».

La monnaie doit être une marchandise et non une simple convention sociale.

Je ne prétends pas que le retour à l’étalon or soit la solution aux problèmes actuels, il faut être réaliste, il est beaucoup trop tard. Un retour à l’étalon or sans avoir purgé, apuré les montagnes de dettes actuelles serait probablement un suicide économique et monétaire. Cependant, je crois que cette illustration permet de comprendre certains aspects de l’économie actuelle.

L’hélicoptère monétaire, les taux négatifs, les Q.E. n’ont d’autre objectif, pour les banques centrales, que de continuer à fausser la loi de l’offre et de la demande, donc les prix, donc à entretenir les « invendus », c’est à dire la surproduction, laquelle entretient, à son tour, les pressions déflationnistes. Et la boucle est bouclée.

Plus on truquera la loi de l’offre et de la demande, et plus on s’avancera vers un désastre économique. Il y a une chose à laquelle il ne faut pas toucher dans une économie dite capitaliste, c’est le mécanisme de fixation des prix.

La consommation est insuffisante, les salaires stagnent depuis une vingtaine d’années et les banques ont épuisé presque toutes leurs cartouches pour entretenir de l’inflation.

Alors que si la croissance n’est pas au rendez vous, c’est justement parce que les prix sont trop élevés…à cause de la maladie monétaire.

Pour les salariés, les retraités, les épargnants un peu de déflation serait salutaire, ils pourraient enfin consommer !

Seulement voilà…. comme le disait Irving FISCHER à son épque, une autre maladie vient s’ajouter à celle des prix, c’est la maladie du SURENDETTEMENT.

L’une aggrave l’autre, et vice versa.

La déflation résoudrait la question du pouvoir d’achat,et la surproduction, mais ferait exploser la dette…

C’est kafkaïen.

Je termine par trois citations de Ludwig Von Mises, qui me paraissent ne pas avoir pris une ride:

« Ce qu’il faut pour une expansion saine de la production, ce sont des biens d’équipement supplémentaires, pas de l’argent ou des moyens fiduciaires. L’expansion du crédit est bâtie sur les sables des billets de banques et des dépôts. Elle doit nécessairement s’effondrer. »

extrait de « Human Action » (1949)

« Certes, les gouvernements peuvent réduire les taux d’intérêts à court terme, émettre de la monnaie papier supplémentaire, ouvrir la voie du crédit par les banques. Ils peuvent donc créer un boom artificiel et l’apparence de la prospérité.
Mais un tel boom est condamné à s’effondrer tôt ou tard, et à provoquer une dépression. »
Omnipotent Government (1944).

« Il n’y a aucun moyen d’éviter l’effondrement final d’un boom provoqué par une expansion du crédit. L’alternative est de savoir si la crise doit arriver plus tôt, par l’abandon volontaire d’une expansion supplémentaire du crédit, ou plus tardivement, comme une catastrophe finale et totale du système monétaire affecté. »

Human Action (1949) »

6 réflexions sur “La monnaie-dette présente le gros défaut de ne pas supporter la moindre déflation. Il est donc impossible d’assainir l’économie.

  1. Excellente contribution.
    Merci

    Et pour illustrer ce point de vue ci-après, un graphique publié par l’INSEE/

    « Pour ma part, je crois que s’il y a surproduction ou sous consommation, c’est parce que, comme vous le soulignez, les revenus distribués par l’économie sont insuffisants pour atteindre les objectifs annuels d’inflation des banques centrales.
    Au stade actuel, la poursuite de ces objectifs n’est plus tenable tant que les revenus réels stagneront, sauf à faire exploser le système un jour ou l’autre. »

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  2. Merci pour cette contribution.

    « les vrais moteurs de l’économie sont la production ( le travail) , la consommation, et l’épargne, et non l’impôt et la dette, qui ne font que charger l’économie. »

    Je rajouterais aussi un système ne favorisant pas la trop forte concentration des richesses parmi les acteurs de chaque classe (banques, entreprises, et travailleurs).

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