Les maîtres du monde ont du mal à comprendre.

Rédigé par 
Bruno Bertez
7 octobre 2019

Quelques principes de base qui pourraient être utiles à la formation intellectuelle des banquiers centraux…

Plus de la moitié des rachats d‘actions est financée par de la dette !

Le capital est en grève : c’est la seule explication rationnelle à la forte proportion de cash retournée aux actionnaires.

Les entreprises rendent plus de cash aux actionnaires qu’elles ne génèrent de cash-flow libre, c’est-à-dire de cash-flow après investissements et remplois.

Le free cash-flow (FCF), littéralement « cash-flow libre », désigne le flux de trésorerie disponible. Il est calculé en soustrayant les dépenses en capital du cash-flow d’exploitation.

Le FCF représente l’argent comptant qu’une entreprise peut générer après avoir dépensé l’argent nécessaire à l’entretien ou au développement de son actif.

Autrement dit, il s’agit de l’argent disponible une fois que la société a payé les investissements nécessaires.

Les entreprises s’affaiblissent

Rendre aux actionnaires plus que le FCF, cela signifie que les entreprises s’affaiblissent, se fragilisent, augmentent leur risque d’insolvabilité et qu’elles usent leur capacité d’endettement afin de retourner de l’argent aux actionnaires.

Elles décapitalisent, en quelque sorte. C’est une sorte de capitalisme minier : on épuise un filon.

Cette pratique ne peut se comprendre que si on admet que la profitabilité des investissements nouveaux est soit insuffisante, soit trop problématique.

En réalité, contrairement à ce que pensent les économistes – qui ne pensent d’ailleurs pas – et les bureaux d’études des banques centrales, le coût du capital ne baisse pas avec les taux bas : c’est l’inverse, il augmente.

Le coût du capital, c’est tout ce qu’il faut offrir comme performance au capital pour qu’il accepte de laisser son argent chez vous.

Des capitalistes exigeants

Avec la splendide performance boursière, les capitalistes sont exigeants, très exigeants ; il faut leur donner beaucoup pour les séduire.

Le coût du capital augmente car les détenteurs de capitaux ont le choix entre acheter des titres anciens en Bourse et réaliser ainsi une performance exceptionnellement élevée – et acheter des biens d’équipement productifs.

Comme la Bourse est très rentable, elle fait concurrence aux dépenses d’équipement, elle place la barre de la rentabilité exigée plus haut… beaucoup plus haut… toujours plus haut !

En réalité, tout ceci est évident… mais chut, il ne faut pas que ce soit dit.

Un Prix Nobel a abordé cette question il y a quelques années ; on n’en a plus jamais entendu parler.

Le taux de rentabilité exigé par les détenteurs de capitaux pour investir dans des biens d‘équipement neuf est non pas abaissé par les taux bas, mais élevé par les taux bas, en raison de la concurrence de la performance du capital ancien.

Voilà ce que les zozos ne comprennent pas.

Les taux bas, cela marche si…

Une politique de taux bas ne stimulerait la formation de capital productif que si et seulement si l’argent était prisonnier, s’il n’y avait pas la possibilité que les capitaux fuient en Bourse.

Il faudrait que le circuit de l’économie réelle soit fermé, bouclé, pour que les taux bas stimulent les dépenses d’équipement. Avec un trou gigantesque, une fuite des capitaux annule les effets stimulants des taux bas.

Le capital suit toujours la pente menant au profit le plus facile : voilà ce que les maîtres du monde n’arrivent pas à comprendre.

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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