Essai: dans un an, dans dix ans… l’invention de la pompe à inversion.

La connaissance consiste bien souvent à ramener l’inconnu au connu.

Hélas, quelquefois il y a du nouveau, et celui qui cherche à comprendre passe à côté.

Ici je vois les observateurs me parler de cycle, de fin de cycle. Et j’ai l’impression qu’ils ne vivent pas dans le même monde que moi : en effet ce que j’observe c’est la volonté forcenée des responsables auto-proclamés de la conduite des affaires de s’opposer au retour des cycles, de s’arquebouter contre la tendance naturelle aux cycles.

Ce que j’observe, objectivement, scientifiquement c’est un combat, un affrontement entre d ‘un coté une tendance au cycle et de l’autre un refus du cycle.

Je laisse de coté les raisons qui poussent à refuser le retour des cycles pour le moment, mais vous vous doutez bien que si on refuse le cycle c’est parce qu’on le craint, on a peur qu’il soit dévastateur.

Rien ne se passe comme dans le passé: ni le déroulement du soi disant cycle ni les indicateurs qui le préfigurent.

Rien ne se comporte comme on a pu le connaître. Au fil du temps on jette à la poubelle les repères, les certitudes qui guidaient l’action, la courbe de Phillips, la courbe des taux et son inversion, les prétentions de Friedman sur l’inflation qui serait un phénomène monétaire, , …

En cette supposée fin de cycle, les taux d’intérêt sont trés bas, l’inflation est dérisoire, le plein emploi américain ne provoque aucune inflation salariale, la prosperité est exceptionnelle, mais elle n’est pas diffusée etc.

Il faut renoncer à l’explication classique   par l’éternel retour, par la répétition, par les réconciliations,  et admettre comme une possibilité la venue d’une situation d’un type sinon nouveau mais peu fréquent et peu connu.

Nous abandonnons  l’hypothèse du cycle classique pour proposer celle d’un nouvelle cycle que nous appelons « le cycle de la régulation de la croissance par les bulles d’actifs ». Ce qui était dans le passé subi, est maintenant fabriqué, géré, domestiqué.

Nous avons souvent titillé cette hypothèse et encore ces derniers jours quand nous avons expliqué que dans le monde de John Law rien ne se passait comme avant. Mais nous n’avions pas franchi le pas de reconnaitre que la modernité était l’institutionnalisation de ce nouveau système, institutionnalisation inspirée par la volonté faustienne de dépasser, de faire mieux que Law. On a repris le travail là ou il l’avait laissé.

La thèse de la régulation classique ne permet plus de comprendre et donc de prévoir l’évolution de la réalité économqiue. Elle était articulée autour du cycle du crédit, mais celui ci a disparu, il a  été relegué aux oubliettes de David Copperfield, escamoté.

Le système ne fonctionne plus par la gestion des flux, il fonctionne par l’action directe sur les stocks. J’entends par là que l’on a trouvé le moyen de supprimer la tendance au cycle et aux déséquilibres des flux en agissant sur les stocks.

Les revenus, le pouvoir d’achat,  les cash flows, tout cela ce sont des flux et cela produit une dynamique économique qui se traduit par des stocks monétaires. En prenant le contrôle de la monnaie, les apprentis sorciers se sont donné les moyens d’agir directement sans passer par le détour des processus économiques connus en tant que spontanés; ils augmentent l’épargne apparente, ils augmentent la valeur des patrimoines, ils repoussent les limites de la solvabilité , ils fixent la valeur du capital…Tout ce qui était résultante de processus spontanés, complexes, d’interactions multiples indépendantes, tout cela est imposé du haut. Ils en sont à produire l’humeur économique, les sentiments, les émotions, les opinions.  

La prise de contrôle de la monnaie et ensuite en chaine la prise de contrôle des autres paremètres comme les taux, les préférences pour le présent ou le futur, les appétits pour le risque, les commentaires de la presse,. .  Tout cela crée un monde nouveau ou, ce qui, avant, n’était qu’une résultante devient une donnée, un input.

Maintenant on fixe à la main ce qui dans le passé n’était que constaté.

Exemple en produisant à la main les indices boursiers et la valeur des patrimoines, on fabrique la percpetion de la situation économique, on fixe le niveau de la richesse en espérant que la production va s’y adapter. La richesse, résultat de la production, devient son moteur; on a inversé, la production doit résulter de la richesse perçue.

Je pense  que vous avez compris cette hypothèse balbutiante.

Le monde moderne est celui des démiurges qui croient que constatant une chaine de causalités qui fonctionne dans un sens, ils vont pouvoir en prendre le contrôle, l’inverser et la faire fonctionner en  sens inverse.

La production produit les richesses,; eh bien  on inverse et on dit, on décrète, que  maintenant la richesse va produire la production.

Bien sur on s’étonne du faible rendement de la pompe à inversion, on s’étonne  d’échouer et on dit :  la transmission ne fonctionne pas!  Maudit peuple, maudits individus, maudits ringards  qui ne transmettent pas nos impulsions.

C’est toute une philospohie du monde qui est à l’oeuvre!

En passant je souligne que c’est exactement la philosophie d’un Macron mais il faudrait le démontrer et en particulier il faudrait faire ressortir en quoi la négation de l’épaisseur du monde, de ses référentiels, la négation de la dialectique par « le fameux en même temps est un produit de cette philosopghie de l’inversion magique. On verra cela un jour. Un autre jour.

Refléchissez, c’est très riche. C’est un excellent schéma explicatif de la modernité qu’il faut creuser: la prise de contrôle des variables naturelles, et la tentative d’inversion des processus. C’est le pari forcené que les causailtés- que l’on nie par ailleurs après Kant- sont reversibles. On a trouvé le moyen de remonter la pente de l’entropie.

Dans ces conditions bien sur tout est à revoir. Les indicateurs utiles ne sont plus les indicateurs économiques classiques, non puisque l’on marche sur le tête.

Les indicateurs de la croissance future sont … les cours de la bourse… les titres des journaux, .. . et si on réussit à relancer les cours de bourse alors on espère que cela relancera la croissance et que l’on évitera la récession.

Le coût de ces pratiques, les conséquences non voulues, tout cela est différé. Repoussé.

Voire, pour/par certains il est radicalement nié: on a découvert la quadrature du cercle, on a trouvé le secret du free-lunch et de la multiplication des pains.

C’est ce qu’à écrit Krugman ces derniers jours; la dette ne compte pas, nous ne faisons que nous prêter à nous même! A l’echelle de la planète il n’y a aucun déficit tout se compense , il suffit qu ‘un empire prenne le contrôle de  la planète n’est ce pas .

Le temps dans ce système n’est plus le temps de l’économie de papa ou de grand papa, non car c’est l’Aventure. Tout est à decouvrir et à apprendre: les comportements, les apprentissages ne sont encore fixés, codifiés, enracinés, pavlovisés; mais cela viendra .. plus tard.

Dans un an, dans 10 ans..

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8 réflexions sur “Essai: dans un an, dans dix ans… l’invention de la pompe à inversion.

  1. « j’ai l’impression qu’ils ne vivent pas dans le même monde que moi  »

    Ce n’est pas une impression ! Il y a de nombreuses fractures sociétales, économiques, culturelles, et donc politiques. Cela pouvait choquer et indigner avant les années 2008, maintenant, c’est une réalité partagée, pire ! acceptée !!! La guerre des monnaies, c’est très simple, très primaire, résumée par la loi du plus fort sur tous les fronts.

    Le développement d’une société humaine plus élaborée, équilibrée, pacifiée n’est plus le centre d’intérêt universel. C’est regrettable, mais nous devons en prendre acte sous peine de continuer à rater les marches. Les fossés se sont creusés et nous sommes devenus impuissants face aux enjeux de l’évolution actuelle.

    Tous replis deviennent démissions, suicides, soumissions. Il ne s’agit plus, d’alerter, de dire non, de dire stop ou même de manifester en grand nombre. Tous cela est désormais inutile.

    Bientôt, ILS nous donneront du pognon pour payer nos assiettes vides et pour sauver leurs bourses pleines. Ça fera du PIB, comme ils disent. Les réformes, c’est pour tirer vers le bas, jamais vers le haut, Et ILS en sont fiers, les bougres ! … alors qu’ILS n’ont déjà plus de pouvoirs.

    Les règles du jeu sont faussées, le monétaire ne remplis plus ses fonctions, l’injustice devient la norme. Les hommes de bon sens se cachent, les artistes se taisent, seul les enfoirés se pavanent comme des singes devant une glace.

    Alors ça va mal tourner. Ce n’est pas une prémonition, c’est une certitude qui s’affiche un peu plus chaque jour aux yeux et à la barbe de ce monde. La violence est déjà là, l’hyper-violence tant redoutée prend forme. Ce n’est pas faute d’avoir eu des lanceurs d’alertes… Nos structures ne sont plus adaptées.

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  2. « la prise de contrôle des variables naturelles, et la tentative d’inversion des processus. C’est le pari forcené que les causailtés- que l’on nie par ailleurs après Kant- sont reversibles. On a trouvé le moyen de remonter la pente de l’entropie. »

    Incroyablement lumineux et pertinent!

    On vit un moment d’Histoire fascinant, un pur roman méphistophélique dont nous faisons hélas partie prenante. Le monde de l’inversion c’est ontologiquement celui du totalitarisme intégral qui transforme les perceptions en modifiant le Langage des mots, des symboles, des articulations sémantiques et des représentations mentales.

    Les alchimistes étaient animés par le désir de transformer le plomb en or, avec la monnaie travestie on veut nous faire croire que c’est de l’or. La perfidie absolue c’est penser faux en croyant que c’est vrai, c’est séduire pour diriger… La modernité, c’est tabula rasa de la mémoire collective c’est le chant du cygne noir de l’hybris. Désirer remonter la pente de l’entropie c’est refuser la loi naturelle de l’existence saisonnale.

    L’alchimie comme méthodologie pratique est transmutatrice des corps et transfiguratrice des ombres, elle ne peut être autre que le produit de l’ingénierie (sociale et financière) car l’ingénierie est le nom moderne, technicisé, de l’alchimie antique qui s’est elle meme transformée sous l’influence des connaissances acquises…

    Le seul invariant, c’est la volonté de puissance et l’hybris qui l’accompagne.

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  3. Peut-être s’agit il de figer la distribution des pouvoirs et des richesses, avant la prochaine mue du système. De toutes façons les causalités qui créeront la bascule sont inconnues alors il faut sauver les meubles importants.

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  4. Bonjour Bruno,
    Votre texte me fait penser, peut-être à tort, à une diode qui est un banal composant électronique.
    La courbe économique était jusqu’à présent directe : les taux d’intérêts (= la tension U) devaient atteindre un certain seuil pour générer de la croissance (= le courant I).
    Or la monnaie perdant de sa valeur (= la tension devient insuffisante à cause des résistances formées par l’injection monétaire sans contreparties et la valorisation de faux actifs), la diode ne conduit plus et la croissance ne décolle pas.
    Au lieu de supprimer ces résistances (= krachs financiers) pour permettre à l’économie de repartir, les décideurs ont fait le choix d’utiliser la diode en mode Zener et donc d’inverser la polarité afin de la rendre de nouveau conductrice, ce qui n’a jamais été fait auparavant, en tout cas, pas à cette échelle.
    Concrètement, cela se traduit par :
    – des taux d’intérêts qui doivent passer en négatifs pour atteindre la tension Zener
    – l’inversion du sens d’alimentation, c’est-à-dire que ce ne sont plus les banques centrales qui alimentent le système par des émissions monétaires régulées mais ce sont les épargnants qui deviennent la source d’énergie du dispositif
    Si cela fonctionne, la courbe va alors soudainement apparaître comme une montée vertigineuse pour la haute finance (manne providentielle) et une descente aux enfers pour tous les autres (leurs richesses auront été aspirées).
    On pourrait penser qu’on se trouve en territoire inconnu mais le système économique n’ayant pas été conçu pour fonctionner en Zener (une diode est bête comme ses pattes), la suite est courue d’avance : la tension inverse va augmenter et c’est cette sorte de monde à l’envers que nous avons (limitations des retraits d’argent, prise en otage des comptes de dépôts, taxes illégitimes tous azimuts, destruction des services publics et des emplois, manifestations et répressions disproportionnées avec l’aval du gouvernement qui oeuvre pour la finance et non pour le peuple…) et la diode va finir par griller.
    Auquel cas, bénéfice net = perte, aussi bien pour les riches (qui ont le plus à perdre) que les pauvres puisque ce sera un effondrement généralisé.
    Pour information, cette tension inverse qui, à moins qu’elle ne soit Zener, détruit la diode s’appelle tension de claquage ou tension d’avalanche.

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