Editorial: Le système a mis près de 50 ans à se construire…

Beaucoup de lecteurs sont découragés. Il  faut dire que la disparition des contrepouvoirs démocratiques comme les partis, les syndicats, les médias, puis le spectacle de l’échec des Gilets Jaunes spontex, et enfin  la comédie  simulacre des pseudo luttes sociales n’incitent pas à l’optimisme.

Je ne suis pas pessimiste et je conseille de lutter, de s’opposer car c’est du renoncement à lutter contre lui que le mal progresse.

Le système a mis près de 50 ans à se construire tel qu’il est , inique, inefficace, dysfonctionnant et maintenant menteur, violent, violeur et voleur. Vous ne peserez pas sur lui en un jour.

Le système s’est construit avec ses boucles de régulation, ses capacités d’adapatation et bien sûr ses immenses facultés de récupération de ses oppositions internes. Le système suscite/produit  ses rebellocrates façon Zemmour, Marine, Mélenchon, Onfray, et il les paie , il les fait vivre, il récupère leur indignation et leur négativité et il les retourne,  il  en fait une camelote publicitaire ou un cul de sac.

C’est un système bien plus élaboré, bien plus vaste que ne l’était le bon vieux capitalisme productif. Il a déplacé l’exploitation, il l’a enracinée dans la vie même des gens . Il a créé une société civile bien plus pourrie que la société de consommation à la Baudrillard,  il a créé une société qui a cessé d’être contrepoids à la société politique. Il a phagocité cette société civile à la Edmund Burke et en a fait un maillon de la chaine de reproduction.

Les gens   sont dépossédés de leur vie et surtout du sens de cette vie. Ils vivent non pas leur vie avec leurs déterminations, non ils vivent la vie générée par leur place dans le système.  L’exploitation, l’aliénation, la des-authentification sont en nous.

Etre libre ce n’est pas faire n’importe quoi comme le pensent les branleurs du libéralisme sociétal ou les minables de la transgression, non être  libre c’est s’autoriser de soi même étant entendu que ce soi même n’est pas une donnée ,mais une conquête,  soi même reste toujours à construire , à défendre, à dépasser, à récupérer.

Le système n’évolue pas en fonction de l’action ou des déclamations d’un individu il évolue en fonction de ses lois internes, organiques, en fonction de ses combinatoires souvent langagières,  et de la masse, du nombre qui le reproduisent chaque jour

Or le nombre a maintenant été formaté pour reproduire ce système pourri;  il a évacué « l’être » et l’a remplacé par « l’avoir ». L’être par le paraitre. Les corps par les ombres. Le réel par ses signes détournés de leur fonction symbolique. Les gens n’ont qu’une peur: manquer! Et pour cela ils acceptent sans même se poser la question, de manquer leur vie.

Le système  a cassé les déterminations individuelles/identitaires  et il veut vous faire croire avec le concours de philosophes à la petite semaine que l’on a évolué vers l’individualisme! C’est faux c’est un pseudo individualisme , c’est l’individualisme de la mêmitude.  Les gens sont des NPC, des non-playing-character. Et ce n’est pas par un volontarisme à la petite semaine , même médiatisé que l’on changera quoi que ce soit.

La parole, les discours peuvent servir à mobiliser et à construire des troupes, mais is ne remplacent pas l’action sur le réel, sur le matériel, sur les conditions de vie.

Les pseudo chefs mis en scène par les médias sont des grands prêtres d’un monde magique, ils exercent une fonction tribunitienne, déclamatoire qui est une impasse car elle vise le pouvoir à l’intérieur du système qu’ils prétendent critiquer. L’action de ces gens n’est qu’un colossal: « ôte toi de là que je m’y mette ».

Or il ne faut pas viser le pouvoir car viser le pouvoir c’est accepter des règles du jeu iniques et imbéciles. Viser le pouvoir c’est reproduire à l’infini la situation de Marine qui rassemble pourtant un tiers des français, mais se prend la claque à la télé.

Viser le pouvoir, c’est reconstruire l’UMPSCFDTMEDEF! Non il faut viser à batir des troupes, des groupes, des « armées » , il faut reconstruire un peuple en lui proposant une parole qui le fait exister en tant que peuple et non pas en tant que troupeau de moutons.

La première des choses c’est de donner du sens, donner un sens qui crée un peuple; il faut cesser de déclamer l’union, l’unité, la solidarité car ce sont des mots creux qui tout en étant attrape-tout ne saisissent plus rien. Ils ont vides.

Il ne faut pas jouer au général Boulanger, il faut avoir une pensée de type Leniniste, organisationnelle. Ce que plus personne ne fait en politique car la fascination de la télé et des réseaux sociaux donne l’illusion que c’est là que l’action se passe; or il ne s’y passe rien , rien que des simluacres sans consistance et des simulacres gesticulatoires dans un univers marécageux.

Et seulement plus tard il faut penser à la tactique puis à la stratégie. Elles seront imposées, elles découleront des circonstances et des opportunités, elles seront issues d’une analyse évidente des rapports de forces produits par la crise à un moment donné.

Car il faut savoir que le changement n’aura aucune chance de s’imposer ou de se manifester tant que la crise interne du système n’aura pas connnu son développement et n’aura pas buté sur le mur de l’impossible, par exemple le mur de la dette et/ou de la destruction de la monnaie.

La première des choses à faire c’est de rallier derrière soi avec des motifs clairs, simples, unifiants, propres, éthiques . La fin ne justifie pas les moyens;  l’exemple macronien est une impasse, on n’affirme pas les valeurs en les pietinant. Les valeurs, il faut d’abord les incarner!

Avoir raison ne suffit pas!

C’est un piège que celui de se contenter d’avoir raison ou témoigner comme par exemple le fait Chevenement, : le vrai, le souhaitable, le désirable ne s’incarnent que dans des groupes humains qui en sont porteurs, la magie n’existe pas .

Il faut:

-dévoiler, mettre à jour, comprendre, analyser, faire ressortir les causalités qui sont à l’oeuvre dans la situation présente;

-se persuader, persuader son entourage, ses enfants de changer ici et maintenant, cela signifie se construire soi même en tant citoyen socialement/politiquement engagé; se construire en tant que citoyen c’est un sacré travail!

-redonner un sens à leur vie autre que la consommation et « l’avoir »

-ensuite il faut favoriser l’émergence de solidarités, de groupes ayant des objectifs communs mais pas trop ambitieux, des luttes locales, catégorielles par exemple. Vive le catégoriel, ils en ont peur!

-construire des moyens de communication et de diffusion hors système. Si vous attendez comme Melenchon ou Marine que les dominants vous donnent leurs armes et leurs plateaux télés pour que vous les battiez, vous vous mettez le doigt dans l’oeil, ils vous les prêtent pour vous neutraliser. Ce sont des champs de bataille construits, balisés par eux et pour eux.

-il faut des fers de lance et des hiérarchies c’est à dire se familiariser avec la mise en place de niveaux: niveaux d’élaboration, niveaux logistiques, niveaux de diffusion, niveaux de vitrine etc

Pour caricaturer il faut abandonner les sorties imbéciles du type « Generation Identitaire » dont les thêmes rejoignent les préoccupations de dizaines de millions de personnes, mais qui réunissent 500 personnes à une manifestation.

Bref il faut cesser de rêver et retomber sur terre. Lourdement. Il faut retrouver, éprouver la pesanteur là ou on ne brasse en général que le vide.

Il faut cesser de croire que les médias de vos adversaires vous donneront la parole pour les déboulonner!  Mais cela ne sera possible que lorsque vous les aurez démasqués et que vous aurez exposé qu’ils ne servent pas l’intérêt général, mais les intérêts particuliers.

Alors, vous expliquerez que la démocratie actuelle est un voile, un leurre, une forme de spectacle qui masque une dictature soft, certes, mais sans pitié, une féroce dictature de classe .

Image

.

2 réflexions sur “Editorial: Le système a mis près de 50 ans à se construire…

  1. Je suis plus pessimiste que vous. On ne peut rien résoudre franco français, tout est mondialisé…La merde a comme contre partie la merde ailleurs.
    L’énergie, nous ne savons plus construire de centrales nucléaires, nos militaires se tuent tout seul au Mali pour protéger entre autre des mines d’uranium dont on nous dit que l’énergie verte va prendre le relai. Nous vendons nos barrages au lieu d’en construire.
    L’UE, la belle affaire que cela a été, nous avons ouvert notre pays tout en grand avec de grands panneaux venez vous servir.
    Je suis plus pessimiste que vous, la copropriété mondiale est ingérable….Combien ont fait l’effort de comprendre ce qui est arrivé en 2007 et même avant ? Combien en parlent encore ?
    Tout n’est plus qu’islamisme et réchauffisme….
    Eux, les maîtres comme vous les appelez, ils ont réussi à sortir gagnants d’un jeu qui aurait du les ruiner… Et qu’importe si ça ne peut pas durer, au final ce sont les populations qui paieront seul la note… Le comte de fée comme vous le dites si bien ils nous le laissent…
    14 millions de retraité en France qui ne se bougeront pas à comprendre
    26 millions d’actifs dont la majorité n’a ni le temps ou ni les capacités pour comprendre.
    le reste avec une éducation au rabais…et des mots à contre sens…
    Voilà l’état de notre armée …..

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s