A lire absolument : le centenaire de la grippe espagnole

 

En 1918-1919, la grippe dite « grippe espagnole », due à une souche de grippe (H1N1) virulente et contagieuse vient de Chine, avant de muter aux Etats-Unis. Elle a pris le nom de « grippe espagnole » parce que l’Espagne, non impliquée dans la guerre de 1914-1918, fut le seul pays à publier librement les informations relatives à l’épidémie.

Le virus de la première grippe, qui n’était pas encore appelée  « grippe espagnole » n’était pas mortel dans ses débuts. Il provenait sans doute de la région de Canton en Chine, pays où sévit une forte interaction entre les populations humaines, aviaires et porcines.

Le virus aurait ensuite atteint les États-Unis par le biais d’un bataillon américain revenant de cette région chinoise vers une base de Boston, où il fit ses premiers morts recensés. Cette épidémie se répandit rapidement en Europe, par le biais des mouvements de troupes alliées. Si elle touche un grand nombre d’individus, elle est peu mortelle et quasiment éteinte en juillet 1918.

Mais à partir de la mi-septembre 1918, les premiers cas mortels de ce qui va devenir « la grippe espagnole » sont signalés autour de Boston. Cette vague virale se caractérise par une mortalité 30 fois plus élevée que les épidémies grippales habituelles, soit un taux de mortalité moyen de 3 % des grippés. Du fait de sa grande contagiosité, elle se répand en quinze jours sur l’ensemble du territoire américain et atteint l’Europe par le biais des renforts américains venus aider les armées alliées.

Une fois disséminée, le nombre de contaminés explosa, puisque 30 à 40% de la population étasunienne fut atteint, avec un taux de mortalité proche de 5%. Une infirmière sur quatre mourut. Bon nombre de villes américaines furent paralysées par le grand nombre de malades et le refus d’aller travailler.

Suivant la même évolution qu’aux États-Unis, la maladie part du Nord-Est de la France vers le 15 octobre, conquiert rapidement le territoire français, atteint la Grande-Bretagne par les mouvements de troupes britanniques, puis, avec une à deux semaines de décalage, l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne et l’ensemble des pays limitrophes. D’Europe, des bateaux, avec à leur bord des marins grippés, partent vers l’Afrique, l’Amérique du Sud, les Indes, la Chine et l’Océanie.

L’épidémie devint alors pandémie. Les populations européennes, affaiblies par quatre ans de guerre et de pénuries, subirent des pertes plus grandes encore que celles des États-Unis. Les villes furent paralysées, autant par la maladie que par sa crainte. Mais aux États-Unis, après deux mois d’activité, l’épidémie perdit de sa force. Il en fut de même en Europe qui supporta un mois de propagation suivi d’un mois de morts, perdant de sa force en  décembre 1918.

La censure de guerre limita l’information sur la pandémie, les journaux se contentant d’annoncer qu’une nouvelle épidémie touchait surtout l’Espagne, le seul pays neutre qui publiait librement les informations relatives à cette épidémie, alors que celle-ci faisait déjà des ravages en France.

À partir de début novembre 1918, le virus se répandit dans toute l’Afrique, l’Amérique Latine, les Indes, la Chine ainsi qu’en Océanie, le pourcentage de grippés oscillant entre 30 et 80 % de contaminés, parmi lesquels il y eut de 1 à 20 % de cas mortels, jusqu’à ce que les épidémies perdent de leurs forces en janvier 2019. L’Inde, à elle seule, aurait eu 6 millions de morts et la Chine autant. Puis,  durant l’année 1919, arriva une nouvelle vague de grippe espagnole dont les effets furent limités parce que l’ensemble des individus déjà atteints lors de la seconde vague de grippe étaient immunisés et ne pouvaient plus colporter le virus.

À la fin, on estime qu’un tiers des 1,83 milliards d’êtres humains de l’époque, avaient été contaminés par la grippe espagnole et qu’elle avait provoqué 20,5 millions à 21,5 millions de morts qui s’ajoutaient aux 30 millions de victimes emportées par la guerre de 1914-1918. Régionalement, on compta  549 000 morts aux Etats-Unis, 408 000 en France et 220 000 au Royaume-Uni. Pour l’ensemble de l’Europe, il y eut 2 à 3 millions de morts,  6 millions de morts en Inde et autant en Chine.

Ce virus de la grippe espagnole était de type H1N1. On a pu  en retrouver les caractéristiques génétiques, qui semblent être d’origine aviaire, grâce à la conservation de cadavres de malades inuits et norvégiens conservés dans le pergélisol. C’est en mutant aux États-Unis que sa virulence fut multipliée par trente.

Les malades propageaient le virus durant les deux premiers jours de leur infection sans présenter de symptômes, qui se manifestaient ensuite pendant 3 à 5 jours par de la fièvre et l’affaiblissement des défenses immunitaires ; enfin apparaissaient des complications mortelles dans 3 % des cas, dues à une surinfection bronchique bactérienne contre laquelle on ne disposait pas d’antibiotiques, mais aussi à une pneumonie provoquée par le virus.

 

Toutes les grippes actuelles proviennent du virus de 1918 à partir de combinaisons, mutations ou réassortiments, mais le COVID-19 fait partie d’une autre famille de virus souvent inoffensifs, comme l’était la grippe espagnole par rapport à la grippe ordinaire…

3 réflexions sur “A lire absolument : le centenaire de la grippe espagnole

  1. « Toutes les grippes actuelles proviennent du virus de 1918 »

    Absolument pas. Il y a 3 types de grippes : influenza A, B et C. Les virus B et C n’ont rien à voir avec le virus influenza de type A.

    Par ailleurs, chaque type se répartit en différents sous-types. Il y a 2 sous-types pour influenza B (Yamagata et Victoria), qui est moint mutant qu’influenza A.

    Il y a 198 combinaisons théoriques possibles pour influenza A. Les sous-types d’influenza A tirent leur nom de la répartition des spicules H et N à la surface du virus, H pour hémagglutinine et N pour neuraminidase (protéines de surface). Il y a 18 H et 11 N et chaque combinaison donne lieu à un sous-type de virus influenza A.

    H1N1 est une possibilité parmi d’autres et il existe de nombreux autres sous-types viraux A en circulation.

    Le vaccin saisonnier est actuellement quadrivalent : il cible 2 influenza A (H1N1 et H3N2) et 2 influenza B (Yamagata et Victoria).

    Dire que toutes les grippes saisonnières proviennent du virus de la grippe espagnole est tout simplement faux.

    Par ailleurs, la dangerosité d’un virus influenza n’a rien à voir avec sa proximité ou non avec le sous-type H1N1. Pour qu’un virus influenza soit dangereux pour l’homme, il faut qu’il y ait un saut, une cassure qui rende le virus à la fois très contagieux et très virulent. Si le nouveau virus issu de la mutation est très contagieux mais pas virulent, il n’y aura pas beaucoup de morts (comme dans la première vague printanière de 1918 de la grippe espagnole). Si le nouveau virus est très virulent mais pas contagieux, il n’y aura pas non plus beaucoup de morts, car le virus aura du mal à se propager (c’est le cas du virus H5N1 qui ne se transmet pas d’homme à homme – et il n’a par ailleurs pas de vaccin à l’heure actuelle).

    Toutes les personnes qui travaillent sur les virus savent que des pandémies vont advenir – c’est dans l’ordre des choses. Ce qu’ils ne savent pas, c’est quand et l’ampleur de ces pandémies : est-ce la prochaine aura lieu dans 10 ou 100 ans, est-ce qu’elle sera bénigne ou sera virulente comme la grippe espagnole ?

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s