Vous aurez été prévenus. La reprise sera faible, ils nous imposeront des taux négatifs et détruiront la notion même de réserve de valeur.

Selon toute vraisemblance si les prévisions  économiques s’aggravent et restent médiocres la perspective de taux négatifs va se populariser. Les marchés vont s’y adapter et les jouer. Tout ce qui offrira un rendement sera de proche en proche recherché. 

Les autorités monétaires sont lancées dans une tentative folle, prométhéenne: il sagit de prolonger un cycle long du crédit qui dure déja depuis 75 ans. Elles le prolongent déjà depuis 2006, au prix d’une instabilité croissante. Là ou il eut fallu le laisser  mourir de sa belle mort.

Hélas, cette échéance a été refusée par erreur et par lâcheté. On a voulu forcer le destin financier parce que l’on réflêchit à l’aide des théories fausses, parce que le Crony Capitalisme Financiarisé est pouvoir et qu’il veut y rester. Parce que les hommes se surestiment. 

La prolongation est devenue encore plus problématique avec la double crise du virus Cofid-19 et des marchés financiers mondiaux.

Au lieu de réflêchir les apprentis sorciers ont une nouvelle fois voulu forcer le destin. Ils ont agi comme le dit dit Warren Buffett « trop fort et trop vite « ce qui a empêché toute réduction des déséquilibres et donc toute correction de la fragilité.

Les déséquilibres vont augmenter considérablement, le système va être encore plus vulnérable, surtout il va le devenir au fur et à mesure que l’on va se rendre compte qu’il n’y a  pas de reprise économique forte, pas de reprise de la croissance en « V ». 

Pour soutenir ce cycle du crédit mourant, il va falloir aller plus loin beaucoup plus loin. Il est d’ores et déja exclu que l’on puisse faire machine arrière et accepter le moindre assainissment, cela a été dit avec force: on ira jusqu’au bout. On sort des cadres institutionnels, on viole les Chartes, on abandonne toute retenue et toute prudence. Tout sens moral également. 

Le bout, qu’est-ce que c’est? C’est aller au bout de l’irrationalité faussement mathématique, créer encore plus de liquidités, acheter encore plus d’actifs financiers pour en soutenir les prix, offrir encore plus de crédit gratuit  et passer de l’autre coté de la barrière du bon sens ; passer aux taux négatifs. 

Pour passer au taux négatifs il faut barrer l’accés à toutes les alternatives qui permettrait  au public d’échapper à la prédation. Il faut l’empêcher d’avoir à sa disposition des réserves de valeur donc il va falloir s’aventurer à pénaliser le cash et prendre le risque de précipiter le système bancaire vers la catastrophe. 

Le mouvement historique qui est en cours est guidé par le besoin de destruction; ce qui ne peut être remboursé et honoré ne le sera pas. La tendance à la destruction est irréversible. Il y a trop de promesses que l’on ne peut pas tenir. Mais il faut également, pour faire tourner l’économie, produire encore et encore  de nouvelles promesses. 

La conclusion s’impose il faut que plus rien ne reste  ou ne devienne  « réserve de valeur ». 

On va leur déclarer la guerre aux réserves de valeur.

Pour le moment nous en sommes seulement à la préparation , on prépare le terrain on fabrique  l’ennemi. Préparez vous , les combats vont commencer, croyez moi, ils ne sont plus très loin.

Les éclaireurs sur la route de la prédation:

La Fed entretient depuis des années l’idée qu’elle est prête à soutenir les marchés en cas d’instabilité naissante.

Le «Put» de la Fed est devenu quasi institutionnel. Sa validité a été renouvelée lorsque Powell, qui pourtant n’y semblait pas favorable a cédé devant la chute des marchés début 2018.

La certitude que le « put »  existe est profondément ancrée dans la tête d’une grande majorité d’investisseurs/spéculateurs et par conséquent dans les prix  des actifs – notamment les actions, le crédit aux entreprises, les bons du Trésor, les financements structurés et les dérivés.

Mais cette structure financière devient fragile voire insupportable et périodiquement   les marchés remettent en question la capacité des banques centrales à maintenir des prix gonflés. L’évolution constitue un glissement important: on ne doute plus de la volonté de faire jouer le « Put » on s’interroge sur la capacité des banques centrales à le mettre en oeuvre.

On ne doute pas de la volonté on doute du pouvoir. 

Il est évident que la la Fed est  «piégée» ; elle a perdu ses facultés de choisir lorsque les marchés deviennent nerveux. Elle ne peut surtout pas prendre le risque d’une baisse cumulative, avec appels de marges et effets de boules de neigne, mise en risk-off sur le crédit et dilatation des spreads; elle est en pratique condamnée à ne supporter que des volatilités temporaires, brutales mais vite corrigées; c’est devenu un pattern. En passant, maintenant au lieu d’acheter les « dip » il faut acheter les nouveaux patterns.

En conséquence les bulles  se gonflent  jusqu »à des extrêmes sans précédent. Le cercle devient vicieux. Lorsque l’effondrement  commence sérieusement, des injections et des interventions de liquidité sans précédent sont nécessaires pour juguler  la panique. Mais cette liquidité devient disponible pour alimenter les marchés et relancer de plus belle les désordres spéculatifs à la hausse, ouvrant la voie à  de nouveaux excès porteurs de  plus d’instabilité encore à l’avenir.

Les responsables de la Fed sont  ravis:  leurs mesures s’avèrent déterminantes , elles parviennent à relancer la production de crédit, la bicyclette roule à nouveau. La catastrophe est une nouvelle fois évitée.

On assiste alors à des placements record de dettes de toutes sortes comme c’est le cas en ce moment, valeurs  du Trésor et dettes d’entreprises.

Mais les rendements du marché ont une nouvelle fois flêchi, le bilan de la Fed s’est une nouvelle fois gonflé, les ratios de dettes ont explosé, la pourriture s’est une nouvelle fois enracinée dans le stock de dettes, et surtout les comportements malsains, déviants ont été récompensés ce qui garantit leur prolifération.

Finalement tout se passe comme si on descendait les marches d’un escalier, une fois en bas, au rez de chaussée on bute sur la limite du zéro.

Est ce que cela a un sens de tenter de descendre à la cave, sous le zéro?

Les poissons pilotes de la Fed sont persuadés que oui.

Tom Keene de Bloomberg: «Narayana Kocherlakota, le président de la Fed de Minneapolis est maintenant à l’Université de Rochester. Il a été extrêmement agressif à l’égard de la Fed, considérant que l’on a  besoin d’une dynamique différente et meilleure… Vous avez dit que cette Fed devait être plus agressive. Quelle est selon vous la prochaine étape pour le président Powell? »

Kocherlakota: «Je pense que la Fed devrait vraiment envisager les taux d’intérêt négatifs. Je pense que cela enverrait un message puissant sur leur volonté de soutenir la stabilité des prix et de respecter leur mandat sur l’ emploi.

De toute évidence, il y a une quantité limitée d’espace  pour devenir négatif, car finalement les banques et autres preféreront  les  espèces. Mais je pense qu’il y a de la place pour devenir négatif – 25 ou -50 bps en dessous de zéro.  Cela rendrait  tous nos autres outils plus efficaces . Les guidances, les pilotages des anticipations,  les achats d’actifs et le contrôle de la courbe des taux, tout cela deviendrait plus efficace si vous pouviez aller plus loin en dessous de zéro. »

Scarlet Fu de Bloomberg: « Nous avons vu l’Europe, nous avons vu le Japon descendre plus loin sous le zéro et cela  n’a vraiment pas produit les résultats esperés. . Dans le cas du Japon, le pays a du  ensuite passer  au contrôle de la courbe des taux. Nous savons que la Réserve fédérale a évoqué le contrôle de la courbe des taux comme une  option, quel est le risque si la Fed décide de  cibler les taux dès maintenant sans passer par l’étape intermédiaire  des taux d’intérêt négatifs?  »

Kocherlakota: «Le risque, Scarlet, est de ne pas en faire  assez. Je pense que la déclaration de la Fed est tout à fait juste. La crise de santé publique en cours pèsera lourdement sur l’activité économique à court terme , elle  fait peser un risque considérable sur les perspectives à moyen terme… Face à cela vous voulez utiliser tous les outils dont vous disposez. Je ne dis pas que je suis opposé au contrôle de la courbe des taux – je ne le suis absolument pas. Mais je pense que passer aux taux  négatif  rendrait  cet outil encore plus puissant; plus efficace que de le déployer tout seul. »

Keene: «L’un des grands thèmes ici…c’est le montant des taux d’intérêt négatifs. Ken Rogoff à Harvard a  abordé la question dans son livre glorieux, « The Curse of Cash ». « La malédiction du cash ». OK, nous avons donc ajusté d’un quart de point.  Vraiment, devons-nous expérimenter avec plus d’audace  une audace telle qu’elle  oblige le système bancaire à de nouvelles actions? »

Kocherlakota: «L’un des rôles des économistes comme moi qui sont dans le monde universitaire,  est  d’essayer de  pousser vers de  meilleures directions. Je crois vraiment que dans cinquante ans, les gens vont se retourner  – les économistes vont regarder en arrière – et  l’existence du cash ressemblera  beaucoup à celle de l’étalon-or. Elle semblera aussi incongrue.

Nous considérons l’étalon-or comme un système   qui a  entravé la politique monétaire et créé d’énormes quantités de chômage à la suite de la Grande Dépression.

Les gens vont revenir sur l’existence du cash et de la borne inférieure de zéro . Ils vont faire sauter les obstacles  qui empêchent d’aller bien en dessous de zéro sur  les taux d’intérêt et franchir les obstacles qui entravent la capacité des banques centrales à fournir un soutien suffisant à l’économie – et créant ainsi le chômage excessif  « 

Fu: «… Vous étiez à l’avant-garde en suggérant que la Réserve fédérale  réduise les taux d’intérêt avant qu’elle ne le fasse réellement entre les réunions, je me demande simplement si sur cette idée de taux d’intérêt négatifs vous êtes en communication avec quelqu’un au FOMC? Y a-t-il une partie  des membres du FOMC ouverte à l’idée de taux d’intérêt négatifs dans une proportion significative? »

Kocherlakota: « Je ne suis certainement pas en communication avec le FOMC, mais  si tout va bien ils nous regardent en ce moment. Ce que j’ai appris pendant mon mandat de décideur à la Fed – j’étais un faucon pendant un certain temps, puis je suis devenu une colombe- , c’est qu’on n’est  jamais   être assez accommodant.

Il y a toujours en vous cette force, en tant qu’économiste, qui vous pousse à devenir un faucon , à vous soucier de l’inflation ou à vous soucier de trop accommoder. Ce que j’ai appris à l’époque de la Fed c’est qu’il ne faut  jamais s’en inquiéter.

En ce moment, je pense que la Fed craint de passer aux taux  négatifs. Ils estiment que cela va d’une manière ou d’une autre entraîner des risques pour le système bancaire ou être en quelque sorte excessif  en termes de politique monétaire.

Ma propre opinion est, et j’espère que je me trompe sur ce point, mon opinion est  qu’ils se rendront compte que la reprise économique va être  lente, et qu’ils devront faire plus.

Je pense que ce sera négatif… Nous sommes sur cette  route, je pense que ça va arriver parce que je pense qu’ils en auront besoin.  »

Retenez ce que dit le poisson pilote:

-La Fed doit être plus agressive

-Il faut passer aux  taux négatifs alors qu’il y a peu ou pas de preuves en  Europe ou au Japon qu’ils sont constructifs

-L’existence du cash  et de  la «borne inférieure zéro» sont des problèmes – similaires à l’étalon-or, il faut les faire sauter.

 

 

2 réflexions sur “Vous aurez été prévenus. La reprise sera faible, ils nous imposeront des taux négatifs et détruiront la notion même de réserve de valeur.

  1. Les taux négatifs,c’est la possibilité pour un gouvernement de trouver des ressources sans lever d’impots .En endettant massivement le pays a taux négatif,ils peuvent se permettre de verser un revenu universel.

    Dans un premier temps les gens seront contents:plus besoin de bosser ,on peut s’acheter ce que l’on veut.

    Dans un deuxième temps les pénuries alimentaires arriveront:a cause du revenu universel,beaucoup de paysans cesseront de produire,car de toutes façons leur métier n’est que peu rentable.Idem pour les autres métiers indispensables.

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