Editorial. Comme les dettes publiques, les paroles publiques sont et seront dévaluées.

« Les mots et les balles ça tue pareil » Leo Ferré

Je soutiens qu’il y a similitude de statut entre les dettes publiques et les paroles publiques, toutes deux sont des promesses qui se complétent, promesses qui ne sont/seront  pas tenues; monnaies de singe. Quand quelqu’un n’honore pas ses dettes, on dit qu’il n’a pas de parole.

Le poblème n’est pas dans les faits et les évènements il est dans la crédibilité de la parole publique.

Le peuple a compris que la parole publique ne valait rien et  que comme la monnaie elle était inflatée et que sa valeur baissait sans arrêt, il l’indique clairement dans les enquêtes et en particulier dans les mieux faites, comme celles du CEVIPOF.

La parole publique est isomorphique de la monnaie, elle est émise sans contrepartie dans le réel, sans ancrage et sans point d’articulation; elle est pure forme qui se survit non pas d’être  crue, mais simplement d’être acceptée comme un mal nécessaire.

On s’habitue à ce que le Pouvoir et ses relais/complices parlent pour ne rien dire au mieux et pour mentir au pire.

On s’attend à ce qu’ils ne prononcent que des élements de langage convenus, Pavloviens dans une combinatoire de mots imposés par les règles de la Com.

La Com est en effet un monde qui tourne sur lui même. C’est maintenant un pur univers de signes auto-référents. La Com se réfère à elle même.

Comme la publicité qui passe en ce moment sur les chaines ou le message de la sécurité routière renvoie à celui sur le virus et consiste  à faire glisser la peur du Covid sur la peur de l’accident de la route.

C’est un monde auto référentiel vous dis je.

La Com publique  vient boucher une attente non de vrai et d ‘authentique mais une attente ….de Com. Un détenteur du pouvoir doit parler pour dire ce que l’on attend de lui, On sait, quand on a l’habitude, ce qu’il va dire, on devine les astuces qu’il va utiliser, les tournures qui vont étre employées. Ainsi l’usage des pronoms impersonnels pour tout ce qui est negatif et l’emploi renforce des pronoms personnels pour tout ce qui est positif: « il » pleut; « mais moi je » fais le beau temps!

Un homme est assassiné, on dit : il vient de perdre la vie.

La dénégation, la fameuse Verneinung de Freud est la reine, on sait que la parole est destinée à corriger , à nier même et surtout l’évidence. Déja dans les temps anciens on avait compris que souvent l’homme parle pour déguiser sa pensée.

A la veille des dévaluations alors que les marchés ont déja entériné la baisse de valeur de la monnaie, la parole publique vient sur les  antennes affirmer: non! Il n’y aura pas dévaluation; et tout le monde s’en fiche.

Macron prend claque  sur claque en Europe, Merkel le roule dans la farine en proposant des plans bidons dont elle sait que les pays du Nord ne voudront pas alors qu’il faut l’unanimité,  peu importe notre Macron et sa Sibeth si bien choisie,  viennent se pavaner et faire la roue; « nous avons accompli un grand pas vers la solidarité »!

Si dans une enquête le public dit que quelque chose est mal, la Com publique affirmera le contraire et le repétera jusqu’à ce que le public change d’avis … dans les sondages. La Com intelligente c’est celle qui devine la future formulation des questions des sondages afin que se déclenche le réflexe conditionnel de Pavlov lors de la réponse.

Ainsi Macron n’hésite pas, sans battements de cils et sans se gratter les narines  à venir publiquement affirmer qu’il n’y a jamais eu de problèmes d’approvisionnement en masques! Même la Voix de son Maitre, Duhamel n’ose même pas adhérer, il est obligé face au culot présidentiel de prendre ses distances et de dire publiquement que ce dernier ment.

Mais qu’importe , dans un monde de menteurs et de mensonges un de  plus ou de moins ne change rien. Un clou chasse l’autre.

La parole publique est là pour oblitérer le vrai et l’évident; elle se situe non pas dans un symbolique reflet du monde mais dans sa négation. Il faut évacuer le monde , le remplacer par son ombre, le signe. Le monde, il est épais, lourd,  on ne peut le manipuler; le pouvoir consiste à remplacer le monde non manipulable par celui des  signes qui eux, le sont.

La force de la parole publique n’est pas dans les contenus mais dans la forme, dans l’escamotage , dans le  « remplacement », dans sa capacité à signifier, au sens fort,  quelque chose.  A imposer un sens.

Il s ‘agit comme je le dis souvent d’imposer un imaginaire circulaire, dont ne peut sortir comme celui de la monnaie, dont le statut n’est ni vrai ni faiux mais prenant, insistant, grace à la repêtition. La parole accomplit ss mission tant que l’on ne peut en sortir, tant qu’il n’y a pas de brêche et c’est exactement isomorphe de ce qui se passe en matière de fiat monnaie. Le débat télévisé est clos, et en plus, c’est le Puissant qui toujours, par règle a le dernier mot; il cloture l’univers qui a été ainsi tracé.

Ainsi Le Ministre Le Maire alors que tout le monde sait que la crise économique est plus forte que celle de 2008, alors que tout le monde sait qu’il faut s’attendre à une croissance séculaire encore ralentie, ce Le Maire ose dire, face à la béance des trous budgétaires, que « nous n’augmenterons pas les impôts, c’est la croissance qui paiera »! Il n’écoute même pas le Gouverneur de la Banque de France qui lui vient de dire le contraire!

La croissance n’a pas payé les largesses de 2008 et elle paierait celle de 2020/21 alors que la situation bilantielle est encore plus détériorée et que les amortisseurs économiques sont brisés, fracassés et que les marges de manoeuvre rien que pour soutenir et limiter les dégats sont quasi nulles?

Qu’importe, il faut mentir .

Et je pourrais chaque jour remplir une page de mensonges et les commenter, cela ne changerait rien au niveau collectif; au moins ai je la certitude que cela sert à certains au niveau individuel.

La parole publique n’a plus qu’une valeur d’anbiance. Sa force vient de la répétition, de la simplicté, de la séduction implicite, des formulations qui prennent les citoyens pour des idiots. La parole publique est suspendue dans les airs , elle flotte et elle est bio-dégradable, elle se dissous d’elle même dans le néant de la connerie .

Mais ce n’est pas cette seule question de la fausseté de la parole publique qu’il faut analyser , c’est celle symétrique de la crédulité du public.

Toute communication implique à la fois et en même temps un locuteur et un récepteur. Et si on critique souvent les locuteurs, on passe à coté  de l’examen de ce qui se passe du côté des récepteurs.  Or c’est l’éléphant rose dans la pièce. La question du récepteur est tellement envahissante que personne ne l’aborde.

Qu’est-ce que la parole publique fausse nous dit des récepteurs qui l’entendent sinon l’écoutent?

Qu’est ce que cela nous dit  du fonctionnement d’une société ou les guides ne guident plus, mais ou les peuples dociles obéissent quand même ?

Cela nous dit que les peuples aiment servir, obéir, qu’ils préfèrent l’illusion ou la promesse de la sécurité infantile à l’effort de la dignité et de la liberté. Les peuples aiment vivre à genoux, ils en jouissent.  Ils aiment vivre dans l’in-authentique, c’est Dostoievski qui a raison avec son Grand Inquisiteur.

Il n’y a plus de Camus pour forcer à relever la tête et exhorter à la dignité , il n’y a que des larbins chefs ou sous-chefs. Camus sert pour briller en faisant des citations comme le Che pour décorer les tee shirts.(1)

La parole publique est pure parole de pouvoir, le pouvoir de nommer, d’énoncer, de tracer des fausses équivalences, des fausses relations de causes à  effets. La parole publique est pure destruction de la fonction symbolique du langage, ce merveilleux outil que nous avons forgé et qui en retour nous a fait être ce que nous sommes.

La destruction de la parole publique non seulement fausse les apparences, les perceptions, les jugements  mais surtout elle détruit en profondeur l’humanité qui est en nous, elle détruit notre être car là ou je suis c’est parce que ça pense  et si ça pense  faux, je suis faux. Je suis aliéné, étranger à moi même.

La parole publique, parole de fausse monnaie , est  une autre forme d’exploitation  qui enrichit le locuteur de l’écart entre le vrai et le faux, de l’écart entre l’ imaginaire et le symbolique. Entre l’imaginaire et le symbolique il y a un écart et cet écart , cette plus-value c’est le maître, le locuteur qui l’empoche.

La  parole publique  vous vend le mensonge, l’eau des égouts, le  vil plomb et cherche à faire croire que c’est de l’or, de l’eau claire, du vrai  .

En ce sens on retrouve la trilogie économique de la domination : valeur d’usage, valeur d’échange et valeur désir, cette trilogie  qui permet à celui qui détient le pouvoir social , le Capital, de réaliser des écarts, des profits  importants sur ceux qui naifs, sont resté prisonniers des pratiques des temps anciens marquées par  l’usage et l’échange équilibrés.

Image

(1)

Camus, son discours à Stockholm en 1957.

 Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas.

Mais sa tâche est peut-être plus grande.

Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. Héritière d’une histoire corrompue où se mêlent les révolutions déchues, les techniques devenues folles, les dieux morts et les idéologies exténuées, où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd’hui tout détruire mais ne savent plus convaincre, où l’intelligence s’est abaissée jusqu’à se faire la servante de la haine et de l’oppression, cette génération a dû, en elle-même et autour d’elle, restaurer, à partir de ses seules négations, un peu de ce qui fait la dignité de vivre et de mourir.

Devant un monde menacé de désintégration, où nos grands inquisiteurs risquent d’établir pour toujours les royaumes de la mort, elle sait qu’elle devrait, dans une sorte de course folle contre la montre, restaurer entre les nations une paix qui ne soit pas celle de la servitude, réconcilier à nouveau travail et culture, et refaire avec tous les hommes une arche d’alliance. Il n’est pas sûr qu’elle puisse jamais accomplir cette tâche immense… » 

 

6 réflexions sur “Editorial. Comme les dettes publiques, les paroles publiques sont et seront dévaluées.

  1. Bonjour Monsieur Bertez.
    Une petite anecdote personnelle si vous le permettez:
    quand Macron et Merkel ont annoncé avoir proposé à l’UE le plan de relance de 500 milliards €, la chaîne française d’info en continu destinée à l’international a indiqué dans ses titres que « c’était un premier pas vers les corona fonds. » J’ai immédiatement coupé mon téléviseur.

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  2. « Et si on critique souvent les locuteurs, on passe à coté de l’examen de ce qui se passe du côté des récepteurs. Or c’est l’éléphant rose dans la pièce. La question du récepteur est tellement envahissante que personne ne l’aborde. »

    Exactement.

    C’est une forme de complicité dans le mensonge, stimulée par la lâcheté morale. Un peu comme quelqu’un qui se satisfait de baigner dans ses excréments tant que c’est les siens. Se laver n’apporte rien, c’est juste désagréable.

    Lors des allocutions télévisées du président ou d’un ministre, il est captivant de voir mes parents dans une certaine forme de sacralité et d’envoutement. Ils savent que, d’une certaine façon, c’est juste de la com’, mais ils continue tout de même à avoir une vision salvatrice ou solennelle de ces énarques en veste et cravate.

    Un peut comme si un enfant sait que le père noël n’existe pas, mais le jour de noël, s’efforce d’y croire parce que c’est plus plaisant de s’accrocher à cette croyance que de se dire qu’il peut y avoir une fin aux cadeaux.

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  3. Je prendrai le problème dans l’autre sens, sur un plan anthropologique: l’être humain est-il à la recherche de la vérité? Je ne parle pas de quelques philosophes, je parle de l’espèce humaine en général. À 61 ans, j’en arrive à répondre par la négative. L’être humain ne vit pas, n’a jamais vécu dans la vérité, tout simplement parce que cette dernière ne l’intéresse pas. L’être humain veut de l’espoir, du rêve. Il ne veut surtout pas la vérité, qu’il passe toute sa vie à fuir.

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  4. A mon sens, la guerre qui a été lancée contre le Pr Raoult et sont traitement à base d’HCQ par les forces politico-oligarco-pharmatico-scientifico-médiatiques illustrent de façon presque caricaturale votre propos.

    Dans son interview à LCI/Pujadas comme à de nombreuses autres reprises, le Pr Raoult tente de faire comprendre à ces journalistes et/ou à ses détracteurs que lui vit dans le réel au quotidien avec les patients, qu’il teste, qu’il observe, qu’il soigne… quand les autres ont des opinions, font des commentaires et en sont maintenant réduits à produire une prétendue « étude » basée sur des modélisations informatiques sorties de l’IA , sans que les médecins-auteurs aient jamais vu et traité le moindre patient infecté- sur près de 100 000 – par le Covid19.

    L’on peut voir, jour après jour, où mène cette escalade invraisemblable dans le mensonge. Depuis des mois que lui-même et ses travaux sont traînés dans la boue, alors que les faits montrent dans le monde entier l’efficacité de son traitement notamment au début de l’infection, ses détracteurs s’enfoncent de plus en plus dans leurs mensonges et leurs forfaitures.

    Comme le dit remarquablement Jean-Dominique Michel dans son récent billet, pour nos gouvernants c’est « struggle for life ». Officialiser que l’HCQ est un traitement efficace, même « seulement » dans la 1ère phase de l’infection, condamnerait toutes les autorités, qui ont oeuvré contre l’évidence et contre la santé des citoyens, aux Assises.

    Le Pr Raoult représente le réel quand Olivier Véran – et bien d’autres – s’enfonce dans la spirale de la com et de la rhétorique mensongère.

    Un sondage sur la confiance accordée par les citoyens au Pr Raoult vs celle accordée à O. Véran serait très opportun.

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