Il y a quelque chose de pourri au royaume du capitalisme

Rédigé par
Bruno Bertez
26 mai 2020

Le capitalisme permet normalement la liberté économique, plus concrète que d’autres utopies. Mais il règne aujourd’hui sous une forme dévoyée, malsaine, et qui n’a plus rien à voir avec l’original…

Il est difficile d’être plus capitaliste que moi. Pourquoi ?

Parce je suis capitaliste de raison, non par intérêt ou par ignorance.

Je suis capitaliste parce que je considère que ce système est un moment de l’Histoire, un moment de notre parcours, et que nous n’en avons pas épuisé tous les avantages – malgré ses inconvénients.

Parce que les systèmes qui ont été essayés par ailleurs ont été d’effroyables catastrophes non seulement économiques mais humaines et civilisationnelles.

Le problème du pouvoir

Tant que l’on n’aura pas résolu le problème du pouvoir dans nos sociétés, je considère que le pouvoir individuel du capital sera préférable et moins tyrannique que le pouvoir collectif d’une nomenklatura auto-désignée et auto-reproduite.

Personne n’a à ce jour dépassé ce problème du pouvoir : qui commande, qui oriente, qui contrôle, qui punit ?

A tout prendre, je préfère, pour le moment, croire que la liberté économique du capitalisme, lorsqu’il n’est pas trop pourri, est supérieure aux libertés abstraites, lointaines et illusoires que les autres idéologies nous promettent.

Mais pour que ce capitalisme soit acceptable, encore faut-il qu’il ne dérape pas trop. Qu’il conserve une légitimité, qu’il accomplisse sa fonction historique, qu’il ne prenne pas le contrôle des institutions, des gouvernements, des banques centrales, des tribunaux, des médias et des esprits.

Il faut que ce capitalisme ne soit pas un syndrome envahissant, qui prend le contrôle de la société civile et phagocyte toutes les autres sphères pour se reproduire et continuer sa marche en avant. Il faut qu’il reste à sa place, qu’il soit contenu, cantonné, et que ses contre-pouvoirs soient maintenus et même vivifiés.

Or selon moi (et mon opinion est fondée par le travail quotidien), ce n’est plus le cas. Le capitalisme – victime de ses contradictions internes et en particulier de sa loi tendancielle à l’érosion de la profitabilité du capital –, au lieu de se régénérer, de se renouveler, de muer, de muter dans la bonne direction, de se purger, ce capitalisme s’enfonce dans la perversité et la pourriture. Il triche. Il ment. Il vole.

Les limites du capitalisme

« Vous devez être extrêmement optimiste pour croire que les bénéfices des entreprises en pourcentage du PIB peuvent, pendant une période prolongée, se maintenir bien au-dessus de 6%.

Ce qui maintiendra le pourcentage bas sera la compétition, qui est bien vivante.

De plus, il y a un point de politique publique dont il faut tenir compte : si les détenteurs du capital des entreprises dans leur ensemble s’octroient une part toujours croissante du gâteau économique américain, cela signifie qu’un autre groupe devra se contenter d’une portion plus petite.

Cela soulèverait à juste titre des problèmes politiques – et, à mon avis, un redécoupage majeur du gâteau ne se produira pas. » 

Ceci a été expliqué par Warren Buffett en novembre 1999.

Analysons cette déclaration. Elle trace les limites du capitalisme : le profit.

Cette affirmation est centrale. Le capitalisme ne peut, sauf à devenir illégitime, prétendre accroître sans cesse ses profits. Le capital s’accumule à un point tel que son exigence de profit devient asphyxiante.

Et la profitabilité, dans tout ça ?

Il en veut plus, toujours plus, pour maintenir sa rentabilité sur une masse qui augmente sans fin. L’accumulation du capital à l’infini bute sur une impossibilité : l’impossibilité de maintenir la profitabilité envers et contre tout.

En effet, le système américain – comme tous les systèmes capitalistes du monde – est soumis à la loi tendancielle de l’érosion de la profitabilité : toujours plus de travail mort (capital) en proportion du travail vivant (celui des salariés), ce qui produit ce que l’on appelle la suraccumulation. Il y a trop de monde à table pour s’attribuer, se partager le gâteau du profit.

La masse de capital qui est dans le système progresse sans cesse – et sans cesse, elle progresse plus que la masse de profits que le système peut produire ou soutirer, comme vous voulez.

Pour maintenir la profitabilité du capital ou freiner son érosion, il faudrait détruire, euthanasier du capital soit par les crises soit par l’inflation. Ce que le système, ultra-conservateur et basé sur le copinage au profit des riches, refuse à notre époque. On ne tolère plus ni les crises cycliques ni l’inflation.

Résultat : le capital, qui tient le haut du pavé et a colonisé les allées des pouvoirs politiques, essaie d’augmenter ses profits en intensifiant le travail, en pesant sur les salaires, en reprenant les acquis sociaux antérieurs, en baissant ses contributions fiscales, en pillant les fonds publics et, bien sûr, la monnaie.

Le capital désigne cela comme une exigence de compétitivité ; c’est en réalité un voile pour masquer qu’il s’agit de son exigence de profit.

Le capital fait pression, il fait monter les taux de profits par rapports aux chiffres d’affaires, il augmente ses marges. Le capital fait pression constante pour s’octroyer une part croissante de la valeur ajoutée – c’est-à-dire de la production de richesses.

Il s’accumule et, comme Ugolin, il veut et il réussit, avec l’aide des politiciens, à dévorer ses enfants.

Nous verrons la suite demain.

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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