Editorial. Comprendre notre époque. Ou est le risque final, quel est le virus qui nous annéantira? Il est dans le risque, dans notre conception du risque!

La seule chose que nous pouvons dire sur les marchés est que leur comportement est devenu extrêmement  corrélé. Les prix baissent et montent tous en même temps et  plus rapidement que dans le passé. Comme disait Charles Rist, « tout ce que je sais c’est qu’ils varient ».
Les praticiens et théoriciens des marchés assimilent le risque à la volatilité et à ce titre donc ils prétendent le mesurer . Mesurer le non mesurable.
Aujourd’hui, les cadres d’investissement  basés sur la volatilité sont omniprésents.
Le risque de portefeuille est mesuré à l’aide de modèles de valeur à risque (VAR), qui sont des tentatives de capturer la volatilité d’un portefeuille et de quantifier  des pertes probables avec divers degrés de confiance statistique, sous réserve d’hypothèses sur les corrélations et les distributions de rendement.
Tout le monde utilise les mêmes outils intellectuels, les mêmes concepts, aissi bien les agents financiers et bancaires que ceux qui sont censés les contrôler et surveiller .
Il n’y a pas d’observateurs exterieurs, qui verraient les choses de  Sirius et ainsi appréhenderait la fausseté de la pensée dominante en matière de monnaie et de finance. Tout le monde est dans la bouteille comme les mouches, tout le monde habite l’asile, aussi bien les fous que  les psychiatres.
Le fait de mesurer et de mettre en modèles rassure et élimine en quelque sorte l’incertitude; elle devient maitrisée, on la choisit, on choisit son profil de risque. Comme si cela était possible!
Partout, les investisseurs sont encouragés à définir leur «profil de risque». Cela se traduit par la construction de portefeuilles qui tentent de cibler les différents niveaux de volatilité – les personnes âgées peu enclines à prendre des risques sont encouragées à investir dans des fonds moins volatils, les jeunes professionnels à risque sont encouragés à remonter le spectre de la volatilité. A monter comme on dit dans l’échelle du risque.
L’industrie de l’investissement professionnel dans le monde est obsédé par la volatilité. La volatilité et intégrée au marketing financier.
Les gestionnaires de risques fondent leurs processus de décision sur la volatilité, les investisseurs institutionnels veulent des cibles de volatilité, le secteur privé et le régulateur utilisent la volatilité comme objectif à travers lequel ils croient que tout est capturé.
Quand j’étais actif en Bourse,  seule une poignée d’investisseurs  parlaient de volatilité, l’indice Vix lui-même n’a été lancé qu’ en 1993. Malgré ce qui se passait dans les départements des grandes écoles de finances du monde, les praticiens appréhendaient  le risque très différemment des mathématiciens. Ils observaient encore le monde réel. 
On avait peur des cycles du profit, des cycles des taux, des évènements politiques, sociaux , etc.  La valeur des actifs s’établissait au travers des oscillations, des hauts et des bas et ainsi se dessinait une sorte de valeur moyenne plus ou moins proche de la valeur dite fondamentale.
Maintenant quelles que soient les catastrophes, on reste serein et si cela baisse on achète immédiatement sur la baisse, on « buy the dip ».
Les temps ont changé, le risque concret, réel a disparu des raisonnements, on passe outre, outre à tout! Il est remplacé par sa mesure laquelle est une prophétie qui se réalise d’être crue; si les marchés ne réagissent plus aux évenements négatifs, alors la volatilité est faible et donc on déclare que la volatilité étant faible le risque lui même est faible! CQFD!
Il n’y a plus de risque parce que les mesures du risques qui servent de guide à l’investissement nous disent qu’il n’y en a plus et il n’y en a plus par le miracle de la tautologie. Les signes du risque, la volatilité de type VIX ont remplacé les risques réels. Le monde des signes sert d’auto-référent, il évacue le réel! A force de tourner sur lui même le monde mathématique imaginaire a évacué ce qu’il était sensé mesurer.
Avant, presque tous les grands investisseurs  considéraient les fluctuations des prix du marché comme sources d’opportunité. Certains comme Ben Graham, ou Buffett en faisait le fondement de leur méthode d’investissement.
Maintenant il n’y a plus d’opportunités et la seule chose à faire c’est d’acheter les indices, de faire de l’investissement passif, moutonnier . Bref, cela revient à nier le risque.
Maintenant on imite, on réplique. C’est la négation à la fois de la sélectivité de l’analyste et du timing du stratège! C’est la négation de l’affectation, de l’allocation efficace du capital c’est l’amplification des aberrations, c’est le marché actuel qui va de records en records quelles que soient les nouvelles.
Dans le vieux temps les investisseurs idiots faisaient la performance des investisseurs intelligents, maintenant c’est l’inverse: l’investisseur intelligent celui qui étudie , celui qui critique, celui qui doute fait la fortune des imbéciles.
On ne corrige plus rien en marchant, il n’y a plus de phases , on  va allègrement jusqu’au bout! Quel bout? Le bout du chemin le bout final,  celui du précipice.  Il n’y a plus de risque intermédiaire, il n’y a plus que le gros l’énorme risque l’Armagedon, celui dont on se se relève pas. Le crash final quoi!
J’ai souvent expliqué que les crises s’analysaient comme des ruptures d’un invariant. Ainsi on 2008 on a « crashé » sur la rupture de l’invariant que constituait la croyance à la croissance éternelle et infinie des prix de l’immobiler. C’est quand un élément fixe du raisonnemnt s’effondre que surgit la crise.
J’ai longtemps cru que la prochaine vraie crise prendrait sa source dans le réel c’est dire dans  quelque chose de concret même si c’est une chose abstraite. J’ai longtemps considéré que le sous-jacent, l’invariant qui soutenait les bourses c’était la liquidité. Et donc que la crise s’originerait dans la question de la liquidité.
J’y crois toujours mais un peu moins.
Je m’explique: le risque de crash provoqué par la disparition des liquidités est réel mais il est connu des démiurges/illusionnistes   et on l’a vu en Mars 2020 ils réagissent tout de suite, sans modération, sans scrupules , ils enfoncent un clou avec un marteau pilon.
Je ne pense  plus que le danger puisse venir de ce coté. Toujours, les démiurges  seront là et toujours ils veilleront et toujours, leurs complices des marchés joueront le jeu, ils saliveront à la Pavlov.
Pour qu’une crise , une vraie se produise à notre époque  il faut qu’il y ait un élément de surprise d’étonnement or  nous  sommes  préparé à cette crise du reflux des liquidités et de la liquidité.
Mon hypothèse et mes réflexions s’orientent maintenant vers quelque chose de beaucoup plus abstrait , presque imaginaire, qui soutient les bulles des marchés et ce quelque chose c’est la théorie, la théorie de la volatilité, la théorie de la mesure du risque. Cette théorie produira une crise d’un type nouveau endogène à elle même par les stratégies mortifères qu’elle genère.
je sais c’est audacieux. Mais l’équivalence risque = volatilité est fausse et un jour elle ne résistera pas à l’épreuve du réel, le réel est toujours le plus fort, quoi que l’on fasse et dise, toujours on aura 2+2 =4 et non pas 2+2=5.
je précise mon hypothèse, la théorie de l’équivalence du risque et de la volatilité c’est cela  qui est l’invariant sous-jacent à tous les marchés d’actifs, c’est cela qui finalment … fait bulle. La bulle c’est la bulle intellectuelle du concept de volatilité.
Il y a une bulle de certitude, une bulle de fausse connaissance comme il y en avait une en 1929; et c’est à l’intérieur de cet univers de la Vol, du Vix, de la Value @risk,  que des engrenages, des enchainements fatals peuvent se produire.
C’est là qu’est le virus qui de proche en proche peut tout détruire.
Ce qui me renforce dans cette idée  est l’alerte, l’exemple  de ce qui s’est passé en février 2018 ou il n’y avait pas dévelopement extérieur pour justifier la chute des valeurs, mais ou ce qui a ete mis en cause ce sont des stratégies fondées sur le VIX, la Vol,  la Risk Parity.
Je soutiens souvent que l’on est toujours puni par ou l’on pêche, et ici cela veut dire que je soutiens que l’on pêche par trop peu d’assurance face a beucoup de trop de risque réel.
Les modèles qui utilisent la  notion de volatilité mettent des certitudes sur du radicalement incertain.
Comme je le dis souvent, c’est Prométhéen puisque cela consiste à voler le feu du « certain » de « l’avenir » aux Dieux. C’est un défi à notre condition de pauvres humains et donc un défi aux Dieux.
En prime
le $VIX, une bestiole abstraite  par ou la crise arrivera.
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2 réflexions sur “Editorial. Comprendre notre époque. Ou est le risque final, quel est le virus qui nous annéantira? Il est dans le risque, dans notre conception du risque!

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