Bourses: une semaine de dislocation haussière, on se rapproche de la Falaise de Sénèque

La BCE a «dépassé les attentes» jeudi en doublant  la taille de son dernier programme de Quantitative Easing, Q E, à 1,5 TN $.

En combinaison avec le récent plan de relance proposé par l’UE de 825 milliards de dollars, les décideurs politiques européens ont bouleversé la dynamique des risques en Europe .

Les principaux indices boursiers ont affiché des gains (en pourcentage) à deux chiffres cette semaine en Allemagne, en France, en Espagne, en Italie et en Belgique.

En deux semaines, les gains boursiers ont été tout simplement étonnants.

Le DAX allemand et le CAC40 français ont bondi de 16,0% et 17,0%.

Les principaux indices boursiers ont bondi de 17,5% en Espagne, 16,6% en Italie, 16,8% en Autriche, 12,2% en Grèce et 12,2% en Pologne.

Les actions des banques européennes (STOXX 600) ont bondi de 24,4% en 10 séances.

Il convient de noter qu’en 10 séances,du 25 mai au 5 juin, l’euro a gagné près de 4% par rapport au dollar américain (1,09 contre 1,13). Cela a largement contribué à la chute de l’indice DXY du dollar de 100 à 97.

Pour la postérité, voici quelques chiffres:

Au cours des trois dernières semaines (14 séances), le S & P500 a gagné 11,5%. L’indice KBW Bank a bondi de 36,1%, les NYSE Financials sont en hausse de 23,9%.

Le Dow Transports a augmenté de 27,2% en 14 séances, l’indice Bloomberg Americas Airlines en hausse de 75,8%.

Au cours de cette période, le marché large a  surperformé le S & P500.

Le small cap Russell 2000 a bondi de 19,9% et le S & P400 Midcaps de 21,1%.

L’indice des services pétroliers de Philadelphie a bondi de 50,0%. Les constructeurs d’habitations (XHB) ont bondi de 26,2% et l’indice Bloomberg REIT a augmenté de 22,5%.

Le titre moyen (Value Line Arithmetic Index) a bondi de 25,3% en trois semaines.

En trois semaines, United Airlines a augmenté de 113%, American Airlines 106%, Norwegian Cruise Line 105%, Royal Caribbean Cruises 85%, CIT Group 86%, Delta Air Lines 78%, Simon Property Group 73%, L Brands 72%, Boeing 71%, Carnival Corp 68%, Macy’s 68%, Alaska Air Group 67%, Kimco Realty 66%, Gap 62% et Southwest Airlines 60%.

Les marchés ne fonctionnent plus de nos jours comme des mécanismes d’anticipation, c’est l’inverse qui s’est installé, ce sont les économies qui anticipent/précèdent  les marchés; quand elles chutent elles annoncent la hausse euphorique et spectaculaire  des bourses. Ce qui est rationnel puisque c’est le signal de nouvelles opérations monétaires qui vont gonfler les prix des quasi monnaie et des actifs financiers en général.

Une équivalence pavlovienne s’est gravée:

problème économique=dopage monétaire = hausse des marchés financiers

La dynamique spéculative pavlovienne  dicte les comportements des marchés comme jamais auparavant. La peur de passer à côté de la hausse oblige à jouer vite et fort. Et il faut savoir non pas analyser l’activité et les profits futurs mais les données techniques, sélectionner les titres qui constituent les meilleurs paris , les meilleurs chevaux à enfourcher;

Quels titres, secteurs, indices et marchés sont vulnérables aux déséquilibres des vendeurs shorts? Où sont les secteurs matraqués, délaissés? Où sont les sur et sous-pondérations? Quels titres et secteurs sont vulnerables ou sensibles aux positions  sur les options d’achat? De vente, Comment sont  positionnés les grands acteurs sur les dérivés?

La liquidité de la Fed alimente la spéculation à effet de levier, elle garantit que  la dynamique de réduction des risques  et de désendettement ne se mettra pas en branle. Elle assure les sur-réactions et les amplifications.

De nos jours, les politiques monétaires favorisent  une dislocation des marchés … à la hausse. Car c’est bien d ‘une dislocation qu’il s’agit en ce moment. On a l’habitude d’employer le terme pour caracteriser les baisses mais ici tout est inversé; la dislocation se produit à la hausse.

L’afflux considérable « d’énergie », -au sens de la thermodynamique-  dans le système boursier provoque un désordre colossal , le système boursier ne traduit aucun ordre économique ou même financier, non il traduit la situation interne du système lui même. Ce qui bien entendu  laisse  la place à de futurs mouvements de remise en ordre, d’un certain ordre dont nous ignorons la logique pour le moment,  mais qui sera quand même redevable de cette qualification de remise en ordre.

Le désordre actuel implique à mon sens deux choses:

-il y aura une phase de remise en ordre interne du marché et de sa hierarchie interne , un réamenagement si vous voulez pour re-introduire un peu de pseudo rationalité

-il  y a un besoin potentiel considérable nouveau , ajouté, de destruction  qui s’est formé; il s’accumule avec les précedents déja accumulés. Autrement dit on se rapproche de la fameuse Falaise de Sénèque.

la mise en fusion d’aujourd’hui crée pour demain un grand risque de survenue d’un  événement majeur d’illiquidité mondiale et de blocage de la tuyauterie.

On s’est précipté sur des actifs longs, très longs avec de l’argent et des motivations courtes. Les mismatchs objectifs et subjectifs sont considérables.

Les planchers d’arrêt formés par ce que l’on appelle « les fondamentales » sont bas, beaucoup plus bas. Cela garantit pour la prochaine fois des montants monétaires à mobiliser énormes, vous n’ imaginez pas les ordres de grandeur des futurs sauvetages.

Les rendements des bons du Trésor à dix ans ont bondi de 24 pb cette semaine à 0,90%, le plus haut remontant au 19 mars.

La Fed a réduit ses achats, tandis que les vagues d’émissions approchent et vont durer  à perte de vue. Il existe également des préoccupations exceptionnelles sur le marché pour la stabilité sociale et politique des États-Unis. Peut-être que les Chinois souhaitent réduire leur stock de valeurs  du Trésor.

De toutes façons le dollar était mur pour un repli, la rareté a été traitée par les Swaps et le déferlement des liquidités US sur le ROW, le Reste du Monde;

Le contexte domestique et géopolitique qui se déroule peut ne pas être aussi propice au «roi» du dollar que la communauté des spéculateurs l’avait  supposé.
2 Juin – Financial Times  «Les stratèges de banques comme Goldman Sachs et JPMorgan sont devenus baissiers sur le dollar américain, après qu’une vague d’optimisme sur la reprise mondiale post-coronavirus a poussé le billet vert à la baisse par rapport à ses pairs.

Mardi, le dollar pondéré en fonction des échanges a glissé à son niveau le plus faible depuis la mi-mars, poursuivant sa série de pertes de cinq jours … Goldman, JPMorgan, Deutsche Bank et Citigroup ont fait valoir ces derniers jours que le long rallye de la monnaie américaine pourrait  être terminé.

Plus de deux ans de gains presque ininterrompus se sont terminés en mars, mais le dollar est resté obstinément fort, même si la Réserve fédérale a abaissé les taux d’intérêt à près de zéro et a inondé les marchés de dollars par le biais de lignes de swap internationales. »

Pour la semaine écoulée , l’indice du dollar américain DXY a chuté de 1,4% à 96,937 (en hausse de 0,5% en glissement annuel).

Pour la semaine à la hausse, le real brésilien a augmenté de 7,6%, le dollar néo-zélandais 4,9%, le dollar australien 4,5%, la couronne norvégienne 4,4%, le rand sud-africain 4,0%, le peso mexicain 2,8%, le dollar canadien 2,7 %, la livre sterling 2,6%, le sud-coréen a gagné 2,6%, la couronne suédoise 1,9%, l’euro 1,7% et le dollar singapourien 1,4%.

Pour la semaine à la baisse, le yen japonais a perdu 1,6% et le franc suisse 0,1%. Le renminbi chinois a gagné 0,76% par rapport au dollar cette semaine (en baisse de 1,70% en glissement annuel).

2 juin – CNBC : «Ramener l’économie américaine à une forte croissance pourrait nécessiter des taux d’intérêt négatifs, selon un économiste de la Réserve fédérale de St. Louis.

Alors que de nombreux économistes doutent que l’effondrement record actuel puisse être suivi d’une reprise tout aussi agressive, l’économiste de la banque centrale Yi Wen a déclaré dans un article publié sur le site Web de la Fed de Saint-Louis que la réalisation de ce type de rebond est nécessaire et possible.

La clé, a-t-il dit, consiste à utiliser des mesures de relance agressives allant au-delà de ce que les autorités ont déployé pendant la crise financière, et cela pourrait inclure de ramener les taux d’intérêt en dessous de zéro. »

3 juin – Bloomberg : «L’action de la Réserve fédérale pour maintenir la fluidité du crédit récompense les comportements à risque et le remède pourrait être une réglementation plus stricte à l’avenir, a déclaré l’ancien président de la Banque de réserve fédérale de New York, William Dudley.

« Les gens qui ont une dette à haut rendement l’ont choisie « , a-t-il déclaré à Bloomberg … « Donc, pour la Réserve fédérale intervenir et soutenir les prix de ces actifs, ccrée essentiellement un aléa moral qui encourage les gens à s’endetter davantage. »

 

Une réflexion sur “Bourses: une semaine de dislocation haussière, on se rapproche de la Falaise de Sénèque

  1. La BCE est en train de pousser les feux au maximum. De fait, ses interventions sont de plus en plus couteuses et inopérantes au delà de quelques jours ou semaines. On prépare les esprits à entendre « on a fait le maximum en terme de politique monétaire ». Il ne restera que l’option de la spoliation généralisée, qui sera acceptée tant elle paraitra inéluctable.

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