Editorial: le virus qui va tuer les marchés est interne, il est auto-reproductible, il est mathématique.

La volatilité est une bestiole de marché. Elle fait partie de leur univers magique et elle est active, je veux dire par là qu’elle est capable en elle-même de provoquer des décisions, des mouvements et, un jour, des paniques.

La volatilité, c’est le virus secret qui va miner les marchés, un jour, dans un mois, dans un an… C’est un virus man-made.

Pourquoi, parce que tous les modèles de valorisation des actifs, les modèles de mesure du risque, et tous les modèles de capacité bilantielle des institutions sont soumis, reposent sur la volatilité.

Une abstraction fausse comme le VIX peut provoquer une crise! Une crise auto-entretenue.

Les marchés d’actifs reposent sur un mensonge fondateur: la quasi monnaie est liquide, la near monnaie est aussi bonne que de la monnaie, on passe de l’un à l’autre presque sans perte, presque sans frottement.

C’est le mensonge de base de toute la financiarisation, laquelle a unifié le champ des actifs monétaires et quasi monétaires sous la houlette des autorités, c’est à dire des banques centrales. Elles émettent de la monnaie, laquelle va dans les marchés financiers, fait un tour, enrichit les gens, entretient l’esprit de jeu, c’est à dire le risk-on et donc le crédit.

Pour que cela marche, il faut que dure la croyance selon laquelle le champ des actifs financiers et quasi-financiers est un champ unifié à l’intérieur duquel on passe d’un actif à l’autre moyennant simplement un peu plus ou un peu moins de rendement et un peu plus ou un peu moins de risque.

Si vous avez compris cela, vous avez compris tous les secrets des apprentis sorciers qui vous gouvernent.

L’escroquerie de la financiarisation repose sur une fausse équivalence:

monnaie = crédit= actif financier= quasi monnaie= near money;

l’équivalence étant réversible, elle se lit de gauche à droite ainsi que de droite à gauche.

C’est la base du système et c’est à partir de cette base, par exemple, que l’on considère qu’un actif financier est défini par son rendement, par sa « duration » et le risque, la volatilité qui y est attachée.

C’est à partir de cela   que l’on peut « titriser », mettre le crédit sur les marchés, construire des dérivés, de fausses assurances, etc. C’est à partir de là que l’on peut calculer la valeur pondérée des actifs qui sont aux bilans des banques et donc leur capacité à augmenter ce bilan et donc leur capacité à prendre des risques et donc leur capacité à créer de la monnaie.

Vous l’avez en effet compris maintenant, il y a toute une filiation qui relie les marchés et les actifs qui y sont traités à la capacité bancaire à créer de la monnaie, ce que personne n’explique jamais. C’est un des secrets de l’alchimie.

Vous comprenez aussi pourquoi dans le système de la financiarisation on ne peut échapper au « Put » des banques cnetreales, si il n’y avait pas un tel Put, explicite la liquidité finale ne pourrait être présumée et donc le système s’effondrerait. Mais retenez bien ceci: cette liquidité finale, ce Put est un bluff et cela peu de gens le savent: une banque centrale est une banque comme une autre, mais chut il ne faut pas que cela se sache!

Tout ceci se résume par un concept dont on ne parle jamais qui est le concept de capacité bilantielle du système bancaire. Etant entendu, vous commencez à le comprendre, que c’est le talon d’Achille du système financier mondial.

Comment en est-on arrivé là? Tout simplement, à partir des années 80, quand, constatant le ralentissement structurel des économies et l’érosion tendantielle des taux de profits, on a voulu lutter contre et s’y opposer par des artifices, lesquels consistent tous à prendre des risques supplémentaires pour pouvoir émettre plus. Bien sûr!

Le grand secret de la financiarisation et de la dérégulation est un secret très simple qui consiste à tracer une équivalence entre l’argent, la monnaie qui est à maturité immédiate et sans risque, et les actifs financiers en général qui sont à maturité différée et à risque d’autant plus élevé qu’ils sont lointains et donc volatiles.

Le mythe de la financiarisation, c’est l’affirmation qu’on peut vendre et transformer la quasi monnaie, c’est à dire tous les actifs financiers en monnaie immédiatement sans perdre grand chose, sans catastrophe. Le mythe de la financiarisation, c’est que la valeur des actifs financiers est solide parce qu’ils sont aussi bons que de la monnaie.

Vous comprenez dans ces conditions qu’un choc de volatilité, c’est à dire une baisse de 7% de la bourse, comme ce fut le cas hier est une authentique catastrophe dans la mesure où elle montre que tous les présupposés de la financiarisation sont faux, dans la mesure où elle prouve de façon indéniable que le mythe est bidon.

Le marché américain nous a dit hier: non, la quasi-monnaie, non, la-near monnaie, non, les monnaies-like, ne sont pas de la monnaie et, si vous les avez, attendez-vous à ce qu’un jour, elles soient non-convertibles.

Une baisse de 7% en un jour détruit le travail de communication mensongère accompli par les élites pendant des mois.

Les  bestioles mathématiques comme les corrélations, comme les volatilités, ont remplacé le jugement sur le réel, elles le transfigurent. Ces bestioles, créations humaines ont dépassé leur créateurs et surtout leurs compétences.

Je n’hésite pas à prédire que la vraie grande crise, la vraie, celle qui mettra en évidence l’impuissance réelle des apprentis sorciers, cette vraie crise aura une origine interne aux marchés, ce sera une crise des bestioles: une crise de la volatilité et des corrélations. 

 

 

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