A propos de la Monnaie Magique

Imaginez que le gouvernement puisse imprimer tout l’argent dont il a besoin pour garantir à chacun un revenu décent, fournir des services publics fantastiques, garantir la sécurité des personnes, offrir la santé pour tous, financer les dépenses militaires, produire un emploi sûr pour chacun – avec en plus suffisamment de « surplus » pour sauver la planète également.

Imaginez que l’on mette de l’infini, de la production de digits qui ne coûtent rien sur du fini tel que les ressources naturelles, l’énergie, le travail, le temps, la vie.

Vous souriez? Vous avez tort, car c’est ce que proposent sérieusement quasi dans le monde entier les « gauches » en phase de recyclage après leurs échecs des décennies précédentes.

Elles ont partout échoué en termes de gestion , elles ont buté sur le mur de l’argent et maintenant elles retrouvent une nouvelle vie en proclamant : l’argent est sans limite, il n’y a qu’à l’imprimer avec la printing press digitale.

Vous souriez encore? Vous avez encore tort car c’est précisement ce que font tous les gouvernements du monde, qu’ils soient de droite ou de gauche, face à la double crise sanitaire et financière actuelle et c’est ce qu’elles s’apprêtent à faire à une échelle que vous n’imaginez pas , face à la crise économique qui se profile à l’horizon.

La monnaie est le refuge de tous les fantasmes , et le refuge de toutes les illusions. Elle n’est rien d’autre qu’une ombre, qu’un fétiche mais elle réussit à faire croire qu’elle peut tout. La monnaie à notre époque est une incantation.

Le monde se présente toujours en deux parties: d’un coté l’actif, ce que l’on voit, ce que l’on touche, ce qui est produit , c’est l’actif.

De l’autre côté c’est ce que l’on doit, comment les richesses, les revenus , les droits se répartissent, qui a le droit de prélever, on appelle cela le passif.

La monnaie n’est pas un actif, elle n’est pas une richesse, c’est un signe, un signe , une contrevaleur qui se trouve au passif. Si on veut en langage courant la monnaie est une promesse, un droit.

Ce qui m’étonne c’est que dans les débats on entend jamais poser la question de « promesse de quoi », « de droit sur quoi »! Tout se passe comme si cela allait de soi, comme si la monnaie était un en-soi, désirable pour elle même.

C’est l’effet de sa fétichisation, qui est une opération de type névrotique. Avec la fétichisation on entre dans dans l’Imaginaire.

Le fétichiste sexuel se masturbe sur le « signe », les sous vêtements par exemple de sa bien-désirée qu’il n’ose pas convoiter dans la réalité.

A votre avis est ce que le fait d’augmenter les promesses et les droits va modifier la richesse et la production réelle?

Non et oui.

Non si on raisonne en instantané car le fait de découper un gateau en plus de parts ne fait pas grossir le gateau existant.

Oui si la promesse de nouveaux droits incite les gens à faire des efforts, à produire plus, à faire rouler la bicyclette ou tourner la roue qui remonte l’eau du puits..

On voit ainsi rapidement le lien qu’il y a entre la création de nouvelle monnaie et de nouveaux droits et la croissance.

Pour que la création de monnaie ne soit pas un simple transfert de la poche de uns vers la poche des autres, il faut qu’elle mette en branle la machine économique, il faut qu’elle produise une croissance accélérée.

On donne de la monnaie de crédit aux uns pour qu’ils accélèrent la cadence et produisent plus et ensuite ils rendent cette monnaie alors qu’en tant que catalyseur des efforts elle a permis de créer un surplus de richesses.

Mais nous sommes en régime capitaliste et pour que la distribution de monnaie produise ses effets sur la croissance, pour qu’elle joue son role de catalyseur, il faut, surtout ne n’oubliez pas, que produire plus soit rentable, il faut que le moteur du profit se mette en branle. Et c’est là que git le problème ; à ce stade du cycle économique, le taux de profit est très insuffisant pour déclencher la croissance, et la monnaie au lieu de jouer son rôle devient parasitaire, elle va se loger dans les casinos boursiers, ou plutot, ce qui est plus vrai elle subit une mutation alchimique qui fait qu’elle s’engrosse elle même.

La monnaie magique crée un desequilibre instantané qui ne se résorbe que si il y a accélération de la croissance réelle , or l’accélération de la croissance réelle c’est précisément ce que nous ne réussissons plus à obtenir depuis 2008.

Nous sommes en croissance durablement ralentie. Et les services gouvernementaux et internationaux prévoient pour l’avenir une croissance potentielle séculairement plus basse. Ils viennent encore de la réviser en baisse. La révision en baisse est dramatique en Europe.

La monnaie magique moderne c’est par construction une théorie qui repose sur une accélération de la croissance que l’on sait … impossible. Donc elle repose sur une tromperie.

Cette tromperie a été cyniquement énoncée, mais une fois seulement par le benêt Bruno Le Maire en Juin dernier, « il n’y aura pas de hausse des impots, c’est la croissance qui paiera »!

La promesse du nouveau paradigme économique connu sous le nom de Theorie Monétaire Magique repose sur un mensonge.

La Théorie Monétaire Magique semble offrir une alternative crédible à la pensée conventionnelle sur l’importance d’équilibrer les comptes des gouvernement.

La crise économique mondiale, l’explosion des dettes et de l’impression de monnaie pendant la pandémie ont ajouté à son attrait populaire.

Le public est gogo, il ne demande qu’à croire aux miracles et on entend sans cesse le fameux, « de l’argent il y en a, il suffit d’en imprimer ».

L’argent lui-même n’est peut-être pas une «ressource rare», mais on ne peut pas en dire autant des biens et services qu’il est censé acheter.

Il y a confusion entre le signe, le jeton monétaire et sa contrepartie, c’est à dire ce qu’il peut acheter ou échanger. Sinon, n’importe quel pays disposant de sa propre monnaie pourrait utiliser son «arbre magique» pour payer les soins de santé, l’éducation, les armes, ses importations etc.

Cette contrainte de la rareté implique que si le gouvernement dépense tellement que la demande totale de biens et de services dépasse la capacité de l’économie à les fournir, donc si on touche les fameuses limites dont personne ne parle, il en résultera une inflation plus élevée.

Vous reconnaissez dans cet énoncé la pratique de gestion des banques centrales, elles ne font rien d ‘autre que reconnaitre que l’on ne peut créer de la monnaie que tant que cette monnaie ne provoque pas d’inflation , tant que l’on ne touche pas les limites de la rareté.

Les banques centrales remplissent le bol de punch, desserrent les politiques monétaires a notre époque jusqu’à ce que l’inflation menace de s’emballer .

En fait en « calant » la gestion de la monnaie sur l’inflation du prix de biens et services , les banques centrales pratiquent la théorie monétaire magique. Mais elles ne vous disent pas tout bien sur.

La maitrise des prix vient du marché mondial et de la concurrence internationale , et les banques centrales s’en attribuent le mérite indument pour pouvoir créer plus de monnaie. Aux USA, la Fed s’est attribuée la Grande Moderation, à laquelle en réalité elle n’a nullement contribué.

Pour caricaturer, les Etats Unis créent de la monnaie sans limite tant que la Chine n’augmente pas ses prix. si les USA ne subissent pas d’inflation; c’est parce que la situation de l’appareil productif chinois (ou mexicain) et son biais mercantiliste permettent à la Fed de printer sans limite. On pourrait aussi parler du pétrole , mais la hausse de son prix n’est plus d’actualité.

Dans le monde de la théorie de la Monnaie Magique, face au dérapage puis à l’emballement des prix il faudra un jour, imposer des «taxes bien ciblées» pour contrôler l’inflation. Il faudra à un moment donné gérer la demande pour éviter le déclenchement de l’échelle de perroquet des prix et des salaires.

A un moment donné comme dans les pays socialistes d’antan , il faudra passer au contrôle des salaires et des prix et au rationnement. On connait les antécédents misérables de ces formes d’intervention de l’État.

La théorie Magique de la Monnaie peut être décomposée en trois propositions.

La première est qu’un pays souverain avec sa propre monnaie fiduciaire peut toujours imprimer plus d’argent pour payer ses factures et rembourser ses dettes. Il ne peut jamais tomber en faillite.

La seconde est qu’il il n’y a jamais eu – et ne peut jamais y avoir – de manque d’argent pour payer de meilleurs soins de santé, une meilleure éducation, une meilleure protection sociale ou un Green New Deal.

La troisième est que les déficits publics doivent jouer un rôle crucial dans l’équilibre de l’économie et qu’ils sont donc essentiels.

Le point clé ici est que les déficits et les excédents des grands secteurs dans un pays doivent s’équilibrer. Si le secteur privé a besoin de dégager un excédent pour rembourser des dettes qui sont devenues insoutenables, alors le gouvernement doit alors enregistrer un déficit.

Certains vont même plus loin et ils soutiennent que les déficits publics fournissent l’argent supplémentaire nécessaire pour soutenir la croissance économique privée.

De ces considérations il découle pour ainsi dire que les dépenses publiques n’ont plus besoin d’être financées par les impôts, il suffit de les payer par la création d’argent.

C’est ce que font les Etats Unis.

Je vous griffonne ces quelques lignes sur la dérive de la Monnaie Magique car comme je le répète régulièrement, ce sont les situations qui produisent les Idées et les Théories et non l’inverse.

Ici on a besoin de détruire les monnaies donc il faut produire des idées et des théories qui permettent d’inflater cette monnaie sans limites.

Dans les années 80 on a eu besoin de gonfler les prix des actifs financiers pour doper une croissance défaillante et un taux de profit qui allait s’érodant, on a produit les théories des marchés qui convenaient à cette fabrication de bulles d’actifs financiers.

La pensée idéologique est produite par les situations et non l’inverse.

Le système est intelligent, souple il est capable de nous offrir ses solutions et ses propres justifications.

Les contradictions du système suscitent des tentatives d’daptation qui sont ensuite rationalisées, théorisées comme si il s’agissait vérités.

.

5 réflexions sur “A propos de la Monnaie Magique

  1. bonjour MR Bertez

    La fission a toujours été facile; il s’agissait de détruire le passé mais la fusion nécessite de créer des ponts ou plus exactement des tunnels.

    Les lois ne se voient pas, ne se sentent pas, ne s »entendent pas ne se goutent pas. Elles sont hors des sens humains. Il s’agit de transmetteurs divins. Les communistes athées ont été plus proches de Dieu que ne le furent les anglicans libertaires. Cela est la non raison pour laquelle je conçoit une voie divine aux orthodoxe repentis des steppes sauvages plutôt qu’aux affranchis confuseen du dieu trompeur anglican.

    Pour un temps je crois au dieu local Spécialiste orthodoxe plutot qu’au dieu généraliste catholique. Mais cela ne durera que ce que durent les icones putiniennes soit un demi siècle.

    on sera mort vous et moi.

    Hélas j’aurai aimé voir cela.

    J'aime

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