Editorial: venez découvrir la nouvelle rationalité. L’éxubérance est rationnelle.

Cet article n’est pas un article boursier, il est éminemment politique; radicalement politique.

Nous venons de connaitre la plus grande « frénésie de 100 jours » de l’histoire de l’indice S&P 500.

L’indice s’est envolé de 50,8% au cours des 100 séances de cotations depuis son plus bas du 23 mars.

Ceux qui rêvaient d’un nouveau test des plus bas se sont trompés, il n’était pas possible de prendre le risque d’un nouveau test, il a fallu rapidement s’eloigner des zones dangereuses, il a fallu comme on dit « embarquer les marchés. Une fois embarqués , avec le vent spéculatif , tout s’est envolé, mais il fallait d’abord embarquer.

2020 est l’année de nombreux records, certains bons et d’autres mauvais. Mauvais au plan économique et bons au plan financier.

Nous avons maintenant le meilleur rallye boursier de 100 jours de tous les temps. Seule la montée en flèche de 45,9% de 100 jours du S&P se terminant en juillet 2009 s’en approche. La grande majorité des rallyes précédents n’ont pas réussi à franchir les 30%.

Le rallye de 2009 a débuté lui aussi en Mars -tiens tiens!- lorsque les autorités affolées ont accepté de modifier les règles comptables FASB 157 afin de permettre aux établissements financiers de ne plus inventorier leurs actifs au prix du marché mais au prix qui leur convenait pour rester en vie. Ce que l’on a appelé Mark to Fantasy.

Depuis cette décision qui fut imposée par le Congrès américain et concrétisée quelques jours plus tard en Avril, nous sommes entrés dans un monde imaginaire, le monde d’Enron, ou la notion de juste prix a disparu et est remplacée par la notion de prix de convenance, c’est à dire au sens fort de prix qui convient.

On a décidé de rajouter des zéros dasn les livres de comptes. Certains ont même cru que cela allait changer quelque chose dans le monde!

Comme la grande décision de 1971 de des-ancrage du dollar ce ne fut pas une décision choisie, elle s’est imposée pour éviter la catastrophe. Elle a été imposée comme celle de 1971 par la détérioration de la situation fondementale du système; on n’a plus été capable de respecter les règles du jeu, on a du les changer, on a du abandonner les principes de saine gestion.

Toute l’histoire depuis la fin des années 60 et le début des années 70 est celle d’une dégringolade, on dévale la pente de la facilité, de la tromperie sur la substance des choses et singulièrement sur la substance des choses monétaires et financières.

J’insiste car c’est une décision et une date importantes , d’une importance qui va bien au dela du trucage comptable; le changement implique que si la Valeur , n’est plus le juste prix du marché alors quelqu’un d’autre que le marché doit garantir cette Valeur. Personne n’y a pensé, sauf moi et peut être le commentateur Paul Jorion qui avait saisi l’importance de la règle et de la décison de la modifier. Nous sommes selon moi entrés doublement dans le monde de la fantaisie, dans le monde de l’imaginaire, dans le monde des faussaires.

En fait ce fut une sorte de révolution économique; le marginalisme avait inauguré l’économie moderne en proclamant que la Valeur en fait c’est le prix qu’un marché acceptait de payer. La Valeur dans son niveau absolu est indéterminée, personne ne la connait mais ses variations sont causées par les fluctuations de l’offre et de la demande. C’etait le fondement de l’économie de marché.

Nous sommes sortis de l’économie de marché. L’ironie est que nous convergeons vers le système chinois auquel nous rerpochons de ne pas être une économie de marché!

La Valeur ce n’est plus qui résulte du libre jeu de l’offre et de la demande, c’est ce qui est jugé convenable d’abord par celui qui la détient et ensuite par les autorités monétaires centrales. Cette conception de la Valeur est contagieuse, j’entends par là que jour après jour elle contamine toute l’économie avec la prolifération des zombies, des fausses valeurs et des valeurs cronys.

Nous sommes sortis de l’économie classique de marché, nous sommes entrés dans un nouveau système que personnne ne qualifie mais que j’epingle comme « système capitaliste monopolistique d’état , de copains et coquins et de banques centrales réunis »:

1-les actifs au bilan sont inventoriés selon les valeurs de convenance au sens de valeurs qui conviennent au maintien en vie du système

2-ipso facto cette décision implique que la Fed est seule à pouvoir les garantir puisque le marché ne les garantit pas. Et c’est ce que nous constatons à chaque accés de faiblesse et de relachement de l’appétit pour le jeu.

3-les taux d’intéret ne peuvent plus jamais remonter car si ils en avaient la velleité, les marchés achèteraient les actifs nouveaux qui rapportent plus et devaloriseraient les actifs anciens qui rapportent moins.

4-tous les prix de proche en proche du système deviennent faux, inadéquats car l’allocation des ressources est totalement faussée et on ne peut plus découvrir les vrais prix et donc les vraies utilités.

5-les entreprises ne peuvent plus investir de façon productive car les signaux sont faussés et elles le savent, la spéculation est plus rentable et moins risquée que l’équipement productif. Les gains de productivité ralentissent.

On nous dit que l’exubérance boursière est irrationnelle, c’est une grave erreur, elle est très rationnelle car elle a compris que les autorités ont brulé les navires, qu’elles ne peuvent retourner en arrière et que la rationalité actuelle est parfaitement adaptée à la situation. La rationalité a cessé d’être économique, elle est purement monétaire. Ou plus exactement systémique au sens ou cette rationalité ne se comprend que comme volonté de faire durer le système coûte que coûte.

La rationalité ancienne était en fonction du réel, la rationalité nouvelle a fait ce qu’il fallait qu’elle fasse, elle est passé à l’intérieur de la boutielle, elle a integré l’Imginaire.

Nous sommes bien entrés dans la bouteille, dans l’imaginaire post 2008; celui qui fait que plus jamais nous ne pourrons réintégrer le monde réel, le monde normal.

Plus le cycle long du crédit dure, et il dure depuis 1945, plus il est étiré, plus il est artificiel, plus il est pourri et plus les valeurs qui sont dans les bilans sont fausses, intenables en terme de marché, il faut que les béquilles de la Fed continuent de le soutenir.

Ma conclusion terrible est la suivante , nous avons eu un exemple de système ou tout était faux, inadapté, des-ajusté, rationné, ce système c’était l’Union Sovietique. Nous sommes entrés dans cette logique.

La valeur n’est jamais fixée par les hommes fussent ils des démiurges, elle n’est fixée que par un processus de naissance, de confrontation, de magie d’alchimie sociale, la valeure est sociale, nul n’en est détenteur, c’est presque la seule vérité du Savoir économqiue.

La réalité est que l’économie est en très, très mauvais état. L’idée que nous allons rebondir avec toute cette demande refoulée, stockée est absurde. Nous sommes en phase de récupération, c’est vrai , mais si vous tombez dans un trou de 5 mètres et que vous remontez de 3 , vous êtes toujours à 2 mètres de la surface.

Nous n’allons pas revoir les niveaux de production de 2019 avant 2023 au plus tôt. Nous n’allons pas voir les taux de chômage de 2019 avant probablement 2025. Nous n’y reviendrons pas avant trois, quatre ou peut-être cinq ans. La reprise sera lente , très lente .

Grace à cette lenteur de la reprise, la Bourse a encore de beaux jours devant elle.

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