Wapo: laisser filer l’inflation, un jeu dangereux.

Nous avons passé une bonne partie de la fin des années 60 jusqu’au début des années 80 à lutter contre le fléau de la montée de l’inflation.

Les prix à la consommation sont passés de moins de 2 pour cent en 1960 à 13 pour cent en 1980.

Il y avait une crainte répandue que cela augmente. Divers présidents ont essayé différentes approches, y compris des contrôles obligatoires des salaires et des prix sans succès.

Nous devons veiller à ne pas tomber accidentellement dans le même piège.

L’inflation à deux chiffres du début des années 80 a été écrasée par une profonde récession provoquée par le président de la Réserve fédérale de l’époque, Paul A. Volcker, avec le soutien crucial du président nouvellement élu Ronald Reagan.

Le taux de chômage mensuel maximal a atteint près de 11%.

Aujourd’hui, l’inflation est une réflexion qui ne semble plus d’actualité . Le besoin évident est maintenant de réduire le bassin énorme de 1,5 millions de travailleurs sans emploi recevant des allocations de chômage. Soit un taux de chômage d’environ 10 pour cent.

Nous pensons avoir gagné la bataille contre l’ inflation élevée. Ce serait un problème économique qui ne vaut pas la peine de s’inquiéter. Le nombre effarant de chômeurs empêchera les salaires d’exploser. Le président de la Réserve fédérale, Jerome H. Powell, et d’autres ont fait valoir que la courbe de Phillips, qui décrit la relation entre les salaires et l’inflation, s’est aplatie . Les hausses de salaires ont un impact beaucoup plus faible que dans le passé.

Les attentes en matière d’inflation annuelle au cours de la prochaine décennie sont en moyenne d’à peine 1,34% selon la Fed de Cleveland.

Tout cela est vrai mais extrêmement trompeur.

La semaine dernière la Fed a établi une nouvelle politique. L’ancienne portait un objectif d’inflation de 2%; si l’inflation depassait ce niveau, la Fed se mettait en position de monter les taux et de resserrer sa politique afin de s’opposer aux hausses des prix et des salaires. Au risque de declencher une recession.

Superficiellement, cela semble une réponse pragmatique pour équilibrer les risques d’inflation et de chômage. Mais l’histoire – comme la précédente montée de l’inflation – sonne une alarme

Personne dans le passé n’a favorisé l’accélération de l’inflation; personne n’en voulait. Les augmentations se sont produites en rafales courtes et puissantes qui se nourrissaient les unes des autres. Ce que les gens voulaient, c’était le plein emploi, défini au début des années 60 comme un taux de chômage d’environ 4%. Les gens étaient prêts à subir une inflation légèrement plus élevée pour maintenir des salaires élevés et un taux de chômage bas.

Ce qui semble remarquable maintenant, c’est que de nombreux économistes, peut-être la plupart, ont béni cet arrangement. Leur argument était que un peu plus d’inflation était un petit prix à payer pour maintenir le «plein emploi».

Le problème était que ce «juste un peu plus d’inflation» a été répété d’innombrables fois jusqu’à ce qu’il y ait eu beaucoup plus d’inflation – et, qu’en pratique, elle était devenue hors de contrôle. Seule la dure récession Volcker-Reagan a convaincu les entreprises et les travailleurs qu’une inflation élevée ne serait plus tolérée.

La nouvelle politique d’inflation de la Fed présente une ressemblance frappante avec l’approche imparfaite du passé.

La Fed tolérerait de franchir la barrière d’inflation de 2 % parce que l’inflation réelle a été inférieure à l’objectif de 2% pendant une période donnée.

De nombreuses questions se posent: mais la Fed augmenterait-elle alors automatiquement les taux d’intérêt pour réprimer l’inflation? Comment calculeraient elle les périodes d’inflation trop faible? La Fed ne risque-t-elle pas d’attendre trop longtemps avant de relever les taux et, partant, d’aggraver l’inflation?

Même avant la pandémie, Powell était désireux de promouvoir un marché du travail plutot serré qui fournirait des emplois aux nombreux travailleurs peu qualifiés et mal payés, qui ont toujours eu du mal à trouver un emploi . Cet objectif était louable, mais pour le moment, il est irréaliste.

Nous devons nous rappeler que la forte inflation, lorsqu’elle faisait rage dans les années 70 et 80, était extrêmement impopulaire. Les gens ne savaient pas si les salaires et traitements suivraient ou ralentiraient la hausse des prix.

Une inflation élevée a rendu la planification de la retraite plus difficile pour la même raison.

En général, l’avenir semble plus imprévisible et précaire.

Malheureusement, la Fed a commis de nombreuses erreurs dans ses prévisions d’inflation et de taux d’intérêt.

Nous ne voulons pas connaitre à nouveau cet échec, qui était politique et social, mais aussi économique.

Rien de tout cela ne porte atteinte au rôle constructif de la Fed dans la stabilisation de l’économie après la crise financière mondiale de 2008-2009 et la pandémie.

Depuis la mi-mars, la Fed a injecté plusde 3 trillions dans l’économie.

Elle a évité sans doute des insolvabilités paralysantes.

Mais la Fed n’est pas toute puissante. L’ensemble de l’exercice consistant à atteindre un taux d’inflation de 2% suppose que la Fed peut contrôler l’inflation et la création d’emplois avec une exactitude qui n’existe pas.

Le mieux que la Fed puisse faire c’est de viser une fourchette d’inflation – disons de 0 à 2% et, lorsque les prix évoluent de manière indésirable dans un sens ou dans l’autre, de réagir vigoureusement pour inverser la tendance.

C’est peu héroïque mais faisable.

Washington Post.

Traduction BB

Robert Samuelson’s archive.

Robert J. Samuelson: Inflation is back. Will it kill the economy?

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