Face à la fatalité de la stagnation on cherche … l’inflation.

Rédigé par 

Bruno Bertez 

10 septembre 2020

La politique de la Fed sur l’inflation est un échec, et les perspectives de croissance sont uniformément en baisse. Pourtant, les marchés grimpent…

Comme l’a dit Powell dans son discours de Jackson Hole :

« Les évaluations du taux de croissance potentiel à plus long terme de l’économie ont diminué. Par exemple, depuis janvier 2012, l’estimation médiane de la croissance potentielle des participants au FOMC est passée de 2,5% à 1,8%. ».

Quelles sont les causes de cette érosion de la croissance réelle et potentielle, malgré une politique incessante de stimulation fiscale et monétaire ?

A cette question, personne ne répond vraiment.

On se contente d’évoquer la démographie avec le vieillissement des populations et le ralentissement des gains de productivité. Certains ajoutent une tarte à la crème tautologique : « le ralentissement du dynamisme des affaires » ! Voilà pourquoi votre fille est muette : c’est parce qu’elle ne parle pas !

Des entreprises paresseuses

Présenté autrement, les entreprises n’innovent pas ; elles sont devenues paresseuses et ne font que prendre l’argent.

Pourquoi ? En raison du déclin de la « libre concurrence » et de la montée des monopoles.

La concentration du marché a augmenté et les marges bénéficiaires moyennes ont grimpé. L’écart de productivité entre les entreprises « frontières » et les entreprises à la traîne s’est creusé. Le tissu économique est truffé de zombies.

La réalité est pourtant simple : la politique monétaire a laissé tomber la partie productive de l’économie.

Elle est conservatrice, elle ne veut que préserver les fortunes existantes et anciennes, elle ne favorise et ne s’adresse qu’au capital ancien, à ce capital ancien qu’elle cherche à maintenir en vie… malgré un taux de profit insuffisant, malgré des dettes colossales et malgré des gouvernances scandaleusement malthusiennes comme le rachat de son propre capital.

Les investissements productifs stagnent, les prix des actifs financiers et de l’immobilier ont en revanche explosé.

Le réel ne marche pas, le système productif se délite, mais les ombres, les contrevaleurs, l’imaginaire, eux, se portent bien.

Les ombres dévorent les corps qui sont censés leur donner naissance.

Le vrai mal de nos systèmes économiques

Ceci est la vraie cause de la révision en baisse du potentiel de croissance de nos systèmes économiques et non pas je ne sais quelle malédiction ou la pression atmosphérique.

Les Bourses prospèrent, le capital ancien s’auto-inflate et fait concurrence aux investissements réels, voilà le mal.

La monnaie et le crédit offerts sont utilisés pour l’auto-inflation du capital ; il se fait grossir lui-même via une pyramide de Ponzi et se passe de la production réelle.

Le capital court-circuite le circuit long et complexe de la production. Il va droit au but, le pognon, et ne prend plus le temps, la peine et le risque de faire un détour.

En résumé, la vitesse de circulation de la monnaie ne cesse de baisser car cette monnaie ne va pas là où elle devrait aller. Elle ne féconde pas les économies réelles, elle ne fait qu’aller au parking de la Bourse.

Finance dérisoire

Alors qu’est-ce que Powell a décidé de faire pour justifier son poste ?

A mon avis, rien que de la finance. Le poste qu’il justifie n’est pas son poste présent, mais son poste futur – c’est celui de tous ceux qui l’ont précédé et qui, après leur passage à la Fed, sont allés pantoufler à prix d’or dans… la finance.

Il dit :

« Notre nouvel objectif visera à atteindre une inflation moyenne de 2% au fil du temps. Par conséquent, après des périodes où l’inflation a été inférieure à 2%, une politique monétaire appropriée visera probablement à atteindre une inflation légèrement supérieure à 2% pendant un certain temps. »

C’est dérisoire et personne ne le dit.

Bref, nous marchons sur la tête depuis plus d’une décennie et il ne nous vient pas à l’idée de marcher à nouveau sur les pieds. Nous acceptons la fatalité de l’érosion de la croissance – mieux, nous l’entretenons en saturant encore la dette. Nous sommes asphyxiés par la dette… et nous allons en remettre en veux-tu, en voilà !

L’objectif de 2% par an a été abandonné au profit d’un vague « taux moyen dans le temps ». En d’autres termes, la Fed restera les bras croisés et ne fera rien.

Le marché boursier adore cela parce que le public riche des « investisseurs » (fonds spéculatifs, banques, compagnies d’assurance et fonds de pension) peut désormais s’attendre à ce que le coût de l’emprunt soit proche de zéro dans un avenir prévisible.

Les intervenants n’ont rien à craindre pour faire jouer l’effet de levier sur leurs spéculations. Ils peuvent s’endetter pour bonifier les taux très bas et ainsi ne pas subir la politique de la Fed – mais au contraire en profiter.

La machine à fabriquer de l’inflation des prix des actifs financiers va continuer à tourner.

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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2 réflexions sur “Face à la fatalité de la stagnation on cherche … l’inflation.

  1. Bonsoir M. Bertez
    A lire ce taux d’inflation visé: 2%, je me demande s’il s’agit d’un taux lui aussi décollé du réel comme l’économie financière mondiale qui a échappé à la gravitation terrestre depuis longtemps . Car si l’on considère l’inflation microscopique, celle du quotidien de milliers de gens, pour ce qu’il en va de la nourriture, le taux de 20% est bien là, souvent déguisé par la diminution de la quantité de produit dans l’emballage, mais ouvertement pratiqué dans le détail du vrac sur les marchés forains depuis les pénuries et surcharges induites par la pandémie naine qui nous affecte!

    Cordiales salutations.

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