Editorial. Une mutation historique passée inaperçue. A lire pour faire partie des happy fews!

Ceci est un texte un peu diffficile mais le lecteur qui fera l’effort de le suivre sera largement récompensé par une compréhension accrue et déterminante de la finance moderne. Il fera partie des happy fews!

La relation entre la masse de liquidités globales et l’indice du marché boursier phare mondial -le S&P 500- ne fait absolument aucun doute malgré les dénégations des banquiers centraux.

J’ai maintes fois expliqué ce phénomène: la dérégulation pratiquée depuis le début des années 70 a permis d’assimiler les actifs financiers à de la quasi monnaie, des money-like. Les différents M monétaire, M1, M2, M3 etc se sont intégrés dans un seul et même ensemble .

La dérégulation a décroché la finance de l’épargne et de l’économie réelle. Elle lui a donné une nature monétaire. Retenez bien ceci, c’est central.

Les actifs financiers se sont détachés de leur valeur fondamentale pour devenir des avatars de la monnaie.

Ce constat a été fait , sous une autre forme par Greenspan dès l’année 2000, lorsqu’il a dit comme il est rapporté ci dessous en cartouche que le mix entre la monnaie et la quasi-monnaie, le near-money était continuellement changeant et que l’on ne sait plus ce qu’est vraiment la monnaie maintenant .

Greenspan n’en a pas tiré de conclusion à l’époque et personne n’a cherché à comprendre ce qu’il voulait dire, mais c’était -en son temps- une découverte fondamentale. Decouverte hélas laissée inexplorée. Si on l’avait creusée, on aurait évité les erreurs post 2008 et post 2020.

La confusion entre la monnaie et les actifs quasi monétaires et near- moneytaire joue dans les deux sens ce qui signifie que l’on ne sait plus ce qu’est la monnaie mais aussi que l’on ne sait plus ce que sont les actifs financiers. On passe de l’un à l’autre en continu, sans rupture. Cela Greenspan ne l’a pas vu. Il n’ a pas vu que l’efficcaité des politiques monétaire butait sur la fuite vers le quasi monétaire.

Il y a confusion; il y a unification des deux ensembles/champs auparavant distincts, l’ensemble monétaire et l’ensemble quasi monétaire des actifs financiers.

Et comme le système ne tient maintenant depuis les années 2000 que par la confusion entre ces deux ensembles , alors on est obligé sans cesse de maintenir maintenir cette confusion, de la réaffirmer: il ne faut pas qu’elle se fissure, il ne faut pas que soit mise en doute l’équivalence entre la détention de monnaie et la détention de quasi monnaie.

Il ne faut pas que l’on puisse douter de la « moneyitude » des actifs financiers. Le barbarisme que je crée de « moneyitude » signifie, « du caractère monétaire de « . On ne doit pas douter de cette équivalence centrale dans le système moderne, et c’est pour cela que Greenspan a été obligé d’inventer le fameux « PUT », qui n’est rien d’autre que ceci; « toujours vous pourrez échanger vos actifs financiers contre la monnaie, je m’y engage. Jamais nous ne laisserons la valeur des actifs financiers se laisser plomber par la « gravité » de l’économie réelle. La gravitation des valeurs fondamentales , je vous le promets, ne s’appliquera pas, nous ne la laisserons pas jouer ».

Donc il faut toujours re-prouver le caractère monétaire des actifs financiers. donc il faut sans arrêt, quand les marchés baissent et demandent de la monnaie, leur en fournir et attester de l’équivalence.

D’ou l’importance maintenant centrale dans le système de la crédibilité et de la détermination des banquiers centraux: il faut qu’on les croient. Et tant que l’on les croira, le système tiendra, la masse des actifs financiers, malgré sa surévaluation historique réelle restera plus ou moins stabilisée, elle ne se déversera pas. Si on cesse de les croire, alors elle se déversera.

Greenspan qui était certainement le plus intelligent des banquiers centraux- il n’avait pas beaucoup de concurrence, il est vrai-, Greenspan avait mis le doigt sur ce que j’explique.

Lisez la cartouche ci dessus. mais il regardait par l’autre bout, il s’interrogeait sur l’inefficacité de la politique monétaire et il repondait qu’elle était inefficace parce que l’on ne savait plus ce qu’était la monnaie , on ne pouvait plus la distinguer de la quasi monnaie.

Moi je renverse la perspective et je m’interroge sur les quasi monnaie et pour quoi elles ne sont plus redevables d’analyses en termes fondamentaux, et je réponds; c’est parce qu’elles ont perdu leur ancrage dans le fondamental et sont devenues des bestioles monétaires.

Les value investors, les fondamentalistes comme Hussman n’ont pas compris cette mutation et ils restent prisonniers de l’essence ancienne des actifs financiers, essence qui les rattachait au Réel et aux Valeurs économiques et micro économiques .

Je formule autrement pour bien insister : les dérégulations et les pratiques des banques centrales ont permis d’unifier le champ des monnaies et le champ des quasi monnaies . On passe de l’un l’autre sans changer de nature, il sont interchangeables . Tout se passe comme si on avait des-ancré les actifs financiers de leur ancrage dans le monde réel, l’économie, le fondamental pour les transformer en pure commodities comme les monnaies elles même.

De la même facon que les monnaies sont des-ancrées depuis 1971 et 1973, les actifs financiers eux aux se sont trouvés des-ancrés, on a coupé le lien avec le fondamental pour créer un lien quasi-direct avec le monétaire. C’est un phénomène qui n’a pas été théorisé ou même perçu mais c’est la nouvelle réalité. C’est la seule hypothèse qui permet de comprendre le monde financier et monétaire depuis 40 ans. De comprendre à la fois ses crises et sa résilience.

Je résume et conclus, les actifs financiers ont comme la monnaie été libérés du poids du réel économique et ne sont plus que des actifs quasi monétaires et near-moneytaire.

Leur nouvelle nature , après cette mutation est monétaire. Cette mutation a rendu les actifs financiers frivoles, mais manipulables par les banques centrales, elles en ont pris le contrôle et c’est pour cela que d’une part elles peuvent s’opposer aux crises périodiques et d’autre part qu’elles sont maintenant otages, prisonnières du monstre qu’elles ont créé.

Leurs interventions répétées comme celles de Mars dernier par exemple sont obligatoires, elles ne peuvent y échapper car il faut à tout prix démontrer que les actifs financiers sont toujours aussi bons que la monnaie de base et que l’on peut passer de l’un à l’autre sans perdre trop. Il faut sans cesse maintenir le caractère monétaire des actifs financiers., leur moneyitude.

La moneytitude en image et en action. La liquidité globale a baissé de 1 trillion, les marchés le donnent à voir.

Image

La liquidité se resserre, on le voit sur les spreads qui font un plateau puis remontent .

Le dollar a cessé de baisser, il remonte, on le recherche il est à nouveau plus rare

Une réflexion sur “Editorial. Une mutation historique passée inaperçue. A lire pour faire partie des happy fews!

  1. Bonjour, merci pour cette explication, moi qui ne suis pas, mais pas du tout dans le milieu financier et qui n’est aucune action ou portefeuille je comprends la ‘démarche’ ou le ‘cheminement’ qui à été réalisé depuis … 1971 ? Bretton Woods ? … donc en temps que citoyen lambda, il me reste qu’à profiter du moment, car pour moi, le monde politique, financier, médias …ect… fond partie du même ‘cirque’ … donc profiter et éventuellement se préparer au désastre final, la guerre comme vous dîtes souvent … vous pouvez être comparé à Prométhée ou Lucifer … mais aujourd’hui dans le village Potemkine personnes veux qu’on lui transmette la flamme.

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