Editorial. La digue contre le chaos est de carton pate, pensez-y avant le 3 novembre

Les commentateurs continuent de s’écharper sur le sexe des anges et de s’interroger sur la question de savoir si les marchés forment bulles, si la Bourse est en bulle ou mieux, si nous vivons dans le « tout en bulles ».

C’est une vaine querelle, une querelle du passé, ringarde. Une querelle du passé, de l’absolu dans un monde de relativité genéralisée. Pire , dans un monde qui a oublié jusqu’à la notion de référent c’est à dire la notion de valeur sous jacente.

« Value is in the eye of the beholder« , la valeur c’est dans la tête des gens; c’est depassé, la réference à la notion même de valeur a disparu sans que l’on s’en rende compte parce que l’on confond valeur et prix.

Pour comprendre à quel point la notion de valeur c’est déplacé, -j’ai bien écrit, c’est déplacé-, il suffit de penser aux cryptos, au Bitcoin. Il n’y a pas de valeur sous jacente il n’y a qu’un prix. Ces entités, ont cessé d’être le reflet de quoi que ce soit de connu comme valeur.

Est ce que la quantité de monnaie qui navigue dans le monde fait bulle? Question stupide n’est ce pas? D’ailleurs personne ne se la pose. Eh bien c’est la même chose pour les fonds d’état, c’est la même chose s’agissant des actifs financiers. La notion de bulle est souvent confondue avec la notion de cherté. C’est une erreur, Ce qui fait bulle c’est une masse que multiplie un prix. Un volume émis si on veut. Ce qui fait bulle si on ose employer encore ce terme impropre ce sont les 64 trillions de dettes. On peut avoir une bulle colossale avec quelque chose qui a un prix inchangé il suffit d’en émettre trop.

Les actifs financiers, ils sont monétaires, ils sont formes ou si vous preferez avatars de la monnaie et ils ne font pas plus « bulle » que la masse de monnaie mondiale ou alors ils font autant « bulle » qu’elle.

Depuis quelles sont désancrées de l’or , les monnaies sont créées sans limite, librement comme l’est le crédit et cette monnaie libre peut etre émise en toute quantité tant qu’elle est acceptée.

C’est la même chose, depuis que la monnaie est desancrée, créée en tout quantité selon les besoins , les quasi monnaies, les actifs financiers peuvent être créés en toute quantité selon les besoins. Ils ne font pas plus bulle que la monnaie dont ils sont une forme par le bais du transit en fonds d’état.

Les monnaies sont liberées du poids de leur contrevaleur d’origine, du poids de leur actif d’origine, l’or et les quasi monnaies sont libérées du poids de leur actif d’oririgne, la richesse économique, le travail .

Tous ces signes « monnaies » et « quasi monnaies » sont en eux-mêmes, ce sont des en-soi, ils sont sans référents. Ils flottent. On le sait de la monnaie mais l’intelligence collective ne l’a pas encore compris s’agissant de leur forme quasi monétaire.

Le tout en bulle modifie tout en profondeur

Plus la durée d’une bulle est longue, plus elle dure depuis longtemps plus il devient difficile de la démasquer. En effet si un état de fait dure depuis longtemps l’esprit humain est ainsi fait qu’il considère que c’est l’ordre des choses, il ne s’étonne plus, il ne critique plus, il ne doute plus; il ne craint plus. C’est l’anchoring, on s’habitue au vertige des hauteurs. Pour juger on se réfère au passé et si le passé et tout ce qui entoure est ainsi alors on en tire la conclusion que c’est la norme. L’anchoring, l’ancrage finissent par donner l’illusion que ce que l’on voit , c’est normal.

Pendant ce temps, les effets de bulle deviennent plus structurels avec le temps. Ils s’enfouissent, ils gagnent tout en profondeur. Ils forment des structures, des invariants dont on finit par croire à « l’éternéité », comme ce fut le cas par exemple pour la hausse constante du prix de l’immobilier. L’invariant clef à notre époque c’est la liquidité, la croyance que l’abondance de liquidité sera éternelle.

Les marchés haussiers prolongés cristallisent les perceptions, enracinent les convictions, forment les bases des modèles mathématqiues qui les reproduisent et les justifient tautologiquement .

En même temps les marchés haussiers produsient leurs rationalisations, leurs théories et l’innovation financière garantit une myriade d’instruments et de stratégies qui contribuent à perpétuer les flux haussiers et la dynamique commerciale associée . On en finit par oublier comment cela a commencé, d’ou cela vient et finalement ce que cela veut dire.

On oublie que le monde réel est dominé par l’incertitude et donc le risque, le vrai.

L’opération magique a consisté à réduire le risque à des bestioles statistiques, mathématiques comme la volatilité.

Dans les marchés haussiers, Il est préférable de rester pleinement investi. quoi qu’il advienne car si on sort, on perd, on a un manque à gagner!

Gérer le risque, ce n’est plus ni se mettre cash ni ajuster la composition de son portefeuille, non c’est acheter des assurances . Le plus gros vendeur d’assurance c’est la Reserve Fédérale US par son PUT- Greenspan et par son PUT-Powell énoncé comme tel en septembre dernier. Ils ont fait du dumping sur le prix des assurances.

Et si les assurances sont bon marché puisque le marché est haussier alors on fait le pari implicite qu’il en sera toujours ainsi.

Dans un marché haussier depuis longtemps, on fait le pari qu’il en sera toujours ainsi; et que se passe t-il ? Les assurances contre la baisse-quasi-exclue-deviennent très très bon marché. Et comme elles ne montent jamais que se passe t- il? Il se passe que des petits malins considèrent qu’il en sera toujours ainsi et ils vendent à découvert les primes d’assurances et il les encaissent au point de s’en faire un revenu régulier.

Dans les marchés haussiers pendant très longtemps, le risque ne fait plus peur, certains s’assurent très bon marché et d ‘autres se font une rente en vendant ces assurances, des options et autres dérivés.

Finalement non seulement on ne craint plus le risque mais les assurances contre le risque ne sont plus à leur prix. Il y a a la fois illusion qu ‘il n’y a plus de risque mais aussi illusion répandue que l’on s’est assuré contre le risque bon marché.

Mise en place d’une boucle.

La non prise en compte des risques garantit des flux puissants et ininterrompus vers les marchés à risque. Cette non prise en compte crédibilise l’idée que les actifs financiers sont aussi bons que de la monnaie et qu’ils rapportent un peu plus, ils établissent l’équivalence entre l’univers des actifs financiers et l’univers monétaire.

Le marché haussier fonctionne ainsi dans un monde imaginaire, validant les perceptions illusoires de fondamentaux solides et de conditions de marché saines .

Les risques sont minimisés, la complaisance étant renforcée par des assurance et des stratégies de couverture des risques facilement disponibles.

Tout fonctionne miraculeusement jusqu’à ce que ce que cela cesse de fonctionner!

Ce que presque personne se sait, c’est qu’il est impossible pour le marché pris dans son ensemble de s’assurer et donc de se délester du risque.

Il est impossible pour le «marché» de se décharger du risque. Posez vous la question cruciale: qui a les moyens de «prendre l’autre côté d’une transaction de couverture risque». L ‘«assurance» de/du marché est une fausse assurance et c’est pour cela qu’elle semble si peu couteuse. Elle est bidon. Personne n’ena le capital ou les réserves pour y faire face.

Lorsque le risque se matérialise (blocage économique, incertitude aiguë, peur), ceux qui ont vendu une assurance de marché se précipitent pour vendre des instruments sous-jacents (contrats à terme, actions, ETF, etc.) pour couvrir dynamiquement / «delta» leurs expositions aux risques.

Il n’y pas de vraie assurance il n’y a que de la couverture en dynamique c’est à dire couverture obtenue en vendant des instruments qui reportent le risque sur le marché! Et compte tenu de la situation spéculative extrême des marchés, les ventes produites par la mise en jeu des assurances en dynamique déclenchent rapidement l’illiquidité, la dislocation et la panique. Et ceci explique que les autorités monétaires, assureurs de dernier ressort, par la planche à billets la fasse jouer tout de suite, de plus en plus vite, de plus en plus gros, pour éviter les boules de neige.

L’assureur de dernier recours, on ne vous le dit pas c’est … la planche à billets, la destruction de la monnaie.

La Fed et les autres banques centrales sont condamnées à élargir leurs achats de soutien pour inclure les obligations d’entreprises, des actions, les ETF et, sûrement à un moment donné les dérivés.

Il n’y a plus de limites à la hausse des prix des actifs, il n’y a plus de limites aux masses de papier qui naviguent sur l’océan des liquidités mais il n’y a plus de limite non plus aux interventions qu’il faudra mettre en oeuvre lors du prochain chaos .

L’élection du 3 novembre aux Etats Unis pourrait bien être l’occasion de ce chaos.

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