La dérégulation comme susbstitut à la productivité. Comprendre le capitalisme.

Vous savez pour me lire régulièrement que je place le profit et la profitabilité du capital au centre de mes analyses économiques. Et en particulier au centre des crises historiques rapprochées que nous connaissons depuis de nombeuses années.

Les économistes de l’establishment occultent le profit et surtout le taux de profit par rapport au capital engagé car il ne faut pas qu’il soit dit que nous vivons en régime capitaliste et que le critère qui domine cette économie c’est le profit..

Le profit c’est honteux et on ne doit pas en parler. C’est comme le mort au bridge , il determine le jeu mais chut.. silence. Tout ce qui le concerne doit rester caché, non su, c’est l’inconscient du système.

Les économistes de l’establishment placent la demande au centre de leurs théories car c’est socialement et politiquement plus acceptable.

On veut faire croire aux gens que le système produit pour satisfaire les besoins alors qu’en fait il produit pour le profit et que la satisfaction des besoins ne vient qu’au second plan: la preuve quand un besoin existe mais que sa satisfaction ne procure pas de profit, il n’est pas satisfait. On le voit avec la santé en ce moment.

Autre preuve: les gaspillages de produits et denrées parce que leur production ne rapporte rien.. Autre preuve les mises au chomage de machines et de personnes pourtant en état de produire , simplement parce que ce qu’elles produisent n’est pas rentable.

En régime capitaliste c’est à dire en régime d’accumulation de capital pour le profit, il y a des lois; ces lois sont endogènes ce qui signifie qu’elles sont inhérentes à la nature du système.

La Loi de Rentabilité en est une . Elle dit qu’il y a une tendance à la baisse du ratio de profiatbilité du capital; c’est à dire une tendance de fond à l’insuffisance du profit en regard de la masse de capital accumulé.

Il y a en quelque sorte trop de monde à table pour le gateau/profit. La loi de la rentabilité nous dit que la logique du système conduit à un excedent de capital a rentabiliser en regard de la masse de profit disponible.Donc le ratio du profit divisé par la masse de capital a tendance à s’éroder.

Ci dessous une estimation du ratio de profit dont je parle compilé pour l’ensemble des pays du G20.(Source: Penn World Tables et M; Roberts)

La loi de la Rentabilité est vérifiée dans l’histoire ..

La théorie du capital nous dit que les capitalistes se font concurrence pour augmenter/maximiser leurs profits et gagner des parts de marché, elle nous dit qu’ils essaient de battre leurs concurrents en réduisant les coûts, en particulier les coûts de main-d’œuvre.

Ils investissent , dans les outils, les machines et la technologie pour réduire la main-d’œuvre.

Les investissements constituent une fuite en avant obligatoire pour remplacer les travailleurs. La masse de capital qu’il faut mettre en oeuvre augmente sans fin. Mais comme il n’y a de création de valeur que par le travail, parce que les machines et la technologie ne sont que du travail cristallisé, la nouvelle valeur-travail ne cesse de chuter. C’est bien connu c’est une conséquence de la productivité.

La valeur d’une production dépendant de la force de travail incorporé , il y a une tendance à la baisse de la nouvelle valeur et en particulier baisse de la plus-value par rapport à l’augmentation des investissements en machines et installations. L’investissement en machines et installations s’appelle le capital constant.

Je sais c’est compliqué, mais si ce n’était pas compliqué tout le mondre comprendrait et le système étant demasqué il ne pourrait continuer de tromper les gens.

Avec le temps, il y a une augmentation inexorable du capital constant par rapport à la dépense en travail (capital variable) c’est-à-dire une augmentation de la composition organique du capital.

Telle est la loi de rentabilité., elle énonce une tendance.

Cette tendance pourrait être contrecarrée si les capitalistes trouvaient le moyen de hausser le taux d’exploitation de la main-d’œuvre employée: les payer moins et les faire produire plus.

C’est ce qu’à réussi le néo liberalisme. Il a trouvé un moyen, des moyens de s’opposer à la loi de la rentabilité , à la tendance à la baisse du taux de profitabilité.

Pour cela il a mis en place une strategie globale dont les éléments sont complementaire; financiarisation, dérégulation , mise au travail des femmes, robotisation, confiscation de la productivité, délocalisation, immigration, création d’une armée de reserve des salariés pour peser sur les salaires.

L’extrait de texte que je vous présente ci dessous tourne autour de cette problematique de la profitabilité du capital; il part du même constat que moi, mais il passe le projecteur sur l’un des problèmes ou l’un des mystères de notre époque: le recul tendanciel des gains de productivité.

Michel Husson commence par affirmer ou plutot rappeler que l’évolution du taux de profit du capital dépend de l’écart entre la croissance de la productivité du travail et celle du salaire, compte tenu de l’alourdissement du capital..

Lisez son texte passionnant.

La crise pourrait-elle être l’occasion de mettre fin au recul tendanciel des gains de productivité ? Cet épuisement des gains de productivité est en effet une caractéristique essentielle du capitalisme contemporain : durant les « Trente glorieuses », la productivité du travail augmentait d’environ 5 % par an. Aujourd’hui, on n’en est plus, au mieux, qu’à 1 % ou 2%. Le graphique ci-dessous montre que c’est vrai pour les principaux pays capitalistes [2].

Il s’agit là d’une transformation majeure dans la dynamique du capitalisme, dont l’importance est souvent sous-estimée, par exemple dans les livres récents de Thomas Piketty ou de Branko Milanovic [3].

Pourtant, l’arithmétique est simple : l’évolution du taux de profit dépend de l’écart entre la croissance de la productivité du travail et celle du salaire, compte tenu de l’alourdissement du capital.

En termes techniques, le taux de profit augmente si le salaire augmente moins vite que la « productivité totale des facteurs », qui est la moyenne de la productivité du travail et de l’efficacité du capital [4].

C’est à partir de cette arithmétique qu’on peut analyser le passage au capitalisme néolibéral qui a pris la forme d’un processus de dérégulation.

La dérégulation comme substitut à la productivité

La dérégulation est ici définie au sens large comme l’ensemble de dispositifs visant au rétablissement du profit, en dépit de l’épuisement des gains de productivité.

Nous comparons les évolutions du taux de profit et de la productivité à celle d’un « indicateur de dérégulation » synthétique, construit à partir d’une batterie d’indicateurs (part des salaires, déficits commerciaux, endettement des ménages, inégalités, financiarisation, mondialisation) [5].

Le graphique ci-dessous illustre cette comparaison qui porte sur l’ensemble formé par les principaux pays capitalistes (les variables sont normalisées).

On voit se dessiner les deux grandes phases de l’histoire du capitalisme contemporain.

La première se caractérise par une baisse parallèle des gains de productivité et du taux de profit. Mais, dans le même temps, l’index de dérégulation reste à peu près constant. Autrement dit, on voit s’épuiser progressivement le dynamisme d’un capitalisme qui reste relativement « régulé ».

La seconde débute au milieu des années 1980, c’est ainsi qur s’ouvre la période néolibérale dont la configuration est toute différente. Alors que les gains de productivité continuent à ralentir, le taux de profit repart à la hausse en même temps que l’indicateur se met à croître.

Dans la première phase, où le taux de profit et la productivité sont étroitement corrélés, la dynamique du capital est fondée sur les gains de productivité.

Dans la seconde phase, il est frappant de constater que profit et productivité évoluent strictement en sens inverse.

La corrélation est dorénavant entre le profit et la dérégulation, qui prend ainsi le relais des gains de productivité pour assurer la restauration du taux de profit [6].

2 réflexions sur “La dérégulation comme susbstitut à la productivité. Comprendre le capitalisme.

  1. « La volatilité, voilà l’ennemi ». Bruno BERTEZ le 20/09/2016
    Est-ce là la variable interne du grand chambardement probable ?

    Jean Louis CUSSAC, un des rares hommes de la bourse qui y saisit quelque chose a signalé une volatilité exceptionnelle le 3 mars 2020 comme un danger futur possible car ne répondant pas aux probabilités calculées par le modèle (volatilité implicite, c’est à dire en prospective). J’ai immédiatement fait le lien avec Monsieur Bertez.
    Il est bon de rappeler que JL CUSSAC a lancé le 25 novembre 2019 un «Barrez-vous du marché» qui devait être aussi du goût de Bridgewater lequel, à cette date, était vendeur d’option pour mars 2020 et pour un montant de 1 milliard.

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  2. Le capitalisme a sans doute un ensemble de variables qui doivent rester dans un domaine défini pour rester viable. Comme par exemple un avion a un domaine de vol, qui comprend d’ailleurs l’ensemble des variables internes (commandes de vols, position/rotations, vitesse,..) et externes (pression, altitude, vent..).

    Votre texte m’inspire que pour le profit on est sur la corde, ou pas loin. On reste dans le domaine de viabilité en mobilisant tout ce qu’on peut.

    – Côté travail : Salaires bas et immigration, délocalisations, robotisation des process (RPA, IA) et des productions (robots ‘physiques’), domestiquer/depolitiser les masses, grève de l’investissement.

    – Côté financement : taux bas, dérégulation avec leviers hauts, produits dérivés pour aller chercher tout le ‘capital vivant restant’ possible (épargne, petit et grand capital). Ici je pense qu’on atteindra une 2ème limite, nous sommes dans un système fermé, le capital vivant restant disponible il doit en rester mais pour combien de temps ?

    – Mais le financement ne peut pas beaucoup aller sous zéro %. Il faut donc rémunérer directement le capital avec l’argent du contribuable, via les banques centrales (QE et effet d’entonnoir vers les classes d’actifs risqués au début, et maintenant vers tous les actifs) ; ou l’argent privé (buybacks).

    On voit qu’on mobilise tout pour maintenir le prix des actifs, sans produire assez de richesses…

    Alors même que à l’équilibre les actifs doivent représenter le total de richesses (un système peut être transitoirement hors de son équilibre.. Mais il doit y repasser régulièrement, tantôt dessus ou dessous, et l’équilibre sur une fenêtre temporelle assez longue est toujours respecté.

    Par exemple la marche estbune succession de déséquilibres). Par conséquent il y aura re-equilibrage, ou changement de position (le marcheur se prend une gamelle…) .

    Mais quelle est la variable interne qui va buter sur une limite ? Sans doute une variable sociale liée à l’acceptation de la situation par les masses populaires.

    Grâce à vos textes j’ai l’impression de mieux comprendre le monde. Merci à vous.

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