En guise d’éditorial. Il ne faut pas pisser contre le vent, cela mouille les chaussures.

Voici le meilleur adage boursier , à lui seul il permet de tout comprendre

Il ne faut pas pisser contre le vent, cela mouille les chaussures.

La crise boursière est inévitable, elle est nécessaire , elle est en germe dans la situation concrète, réelle des marchés. Tout autant que l’est le futur champ de blé lorsqu’on a planté les grains.

Jour apres jour, je vous égrene ma conception éclairée des marchés financiers. je prends très grand soin de vous faire comprendre trois choses:

-la catastrophe est inevitable

-le seul pouvoir des autorités est de repousser les échéances

-la raison nous conduit toujours à sous estimer ce pouvoir des autorités de retarder l’heure des comptes.

Je vous offre le texte ci dessous, c’est une friandise, un dessert pour le repas du week end.

Chaque phrase est riche, en elle même mais également pour tout ce qui en découle et pas seulement pour la chose financière . La finance a à voir avec le tout.

Beaucoup de reflexion sont profondes et politiques ainsi celle ci:

Or, une idée qui n’a pour elle que sa seule vérité intrinsèque ne
peut rien contre la puissance des intérêts et des affects qui sont investis dans l’euphorie financière. Pour que la catastrophe soit effectivement évitée, il faut que cet évitement mobilise des forces et des intérêts autrement plus puissants que le seul énoncé d’une proposition par nature contestable comme le sont tous les énoncés rationnels. Autrement dit, si la catastrophe n’est pas évitée, c’est parce qu’il est dans l’intérêt de tous les acteurs qu’il en soit ainsi. La lutte est trop inégale entre un intérêt futur, c’est-à-dire hypothétique et virtuel, et l’intérêt présent, qui, lui, se fait connaître à l’individu sur le mode impératif.

« L’aveuglement au désastre. Le cas des crises financières »
André Orléan – 060208
Entretien paru dans Esprit, mars-avril 2008

Extrait.

L’affaire des « subprimes » intervient après une série de crises financières des années 1990 et du tournant 2000 — crise immobilière au Japon, bulle internet, crise asiatique… — qui ontmontré la place désormais centrale de la finance dans l’économie mondiale.

Le paradoxe d’une telle crise est qu’elle surgit de manière inattendue, comme une surprise, alors qu’il semble rétrospectivement facile de la situer dans la continuité de phénomènes précédents et dans une lecture d’ensemble de l’évolution du capitalisme.

En outre, les mécanismes de la crise relèvent d’une description qui n’a rien d’inédit. Comment une crise peut-elle être inattendue tout en obéissant à des mécanismes qui se répètent ?


Ce qui fait le cœur de ce paradoxe, c’est l’incapacité énigmatique des marchés financiers à tirer les leçons d’une histoire pourtant saturée en emballements spéculatifs aux conséquences désastreuses.

Lorsque domine l’euphorie financière, l’idée que la croissance des
prix ne saurait être infinie et qu’un retournement à la baisse ne peut manquer d’advenir semble une hypothèse lointaine, de probabilité négligeable, et, pour ces raisons, impuissante à provoquer les réactions de prudence qui s’imposeraient.

Aussi, à chaque fois, est-ce avec la même surprise que le surgissement de la crise est accueilli.


Pour qualifier cette pathologie, certains analystes mettent en avant une mémoire financière insuffisante ; d’autres parlent plus crûment d’un « aveuglement au désastre ».

Dans tous les cas, on observe ce paradoxe d’une crise qui apparaît ex post comme prévisible et pouvant être évitée alors même que jamais ex ante on ne réussit ni à la prévoir, ni à la prévenir !

Certes, une fois que la crise est là, on ne manque pas de déclarations sur le thème du « on ne nous y reprendra plus » mais, quelques années plus tard, tout recommence à l’identique démontrant l’inefficacité de ces bonnes résolutions.

Comment cela est-il possible ?

Pourquoi cette mémoire défaillante et cet aveuglement ? Comment ce qui devrait pouvoir être prévenu ne l’est jamais ? Et ceci dans un monde, celui de la finance, où règnent les calculs mathématiques les plus complexes qui passent, aux yeux de nombreux observateurs, pour l’expression de la plus haute rationalité.


Pour comprendre cette impuissance de la raison à faire valoir modération et prudence lorsque cela est le plus nécessaire, il faut prendre la mesure des forces qui s’y opposent.


D’abord, à l’évidence, les profits rapides que permettent les périodes d’euphorie rencontrent puissamment l’intérêt personnel des investisseurs. D’autant, comme l’ont encore illustré les déclarations récentes du trader Jérôme Kerviel, que le gain signifie bien plus qu’une somme de monnaie. Ce qui est en jeu, c’est toute l’existence du spéculateur. Il s’agit de montrer au
monde sa valeur, la justesse de ses jugements comme de ses engagements.

On comprend alors que l’hypothèse d’un retour à la normale ne soit pas particulièrement appréciée. Mais, l’essentiel n’est pas là. Il est dans la pression de l’opinion financière qui vient fortement soutenir la propension des uns et des autres aux dérives spéculatives.

En effet, n’oublions jamais qu’un marché financier est une puissance morale qui propage dans tous les esprits la foi dans la légitimité de ses évaluations.

Dès lors comment oser critiquer la hausse des cours ?


Le marché a toujours raison et il convient de s’incliner devant ses verdicts.
Pour prendre toute la mesure de cette pression morale, il n’est que de constater ce qu’il arrive aux voix discordantes. Les voilà vilipendées et ostracisées.

Comme l’a écrit Keynes à propos des marchés boursiers : « La sagesse universelle enseigne qu’il vaut mieux pour sa réputation échouer avec les conventions que réussir contre elles » .

À la bourse comme ailleurs, les prophètes de malheur ne sont pas les bienvenus. On ne veut pas les entendre. De quel droit vouloir tuer la poule aux œufs d’or ? Quelle perversité cachée peut les conduire à de telles déviances ?

On retrouve ce même argumentaire à l’occasion de toutes les bulles
financières comme l’a montré John K. Galbraith dans sa Brève histoire de l’euphorie financière. D’ailleurs n’y a-t-il pas quelque chose de scandaleux à mettre sur le même plan le jugement d’un seul et celui de l’ensemble des intervenants ? Comme pourrait-il être possible qu’une multitude d’investisseurs intelligents et informés puisse se tromper tous ensemble ?


C’est un trait spécifique des époques dominées par la finance qu’on y célèbre le conformisme et « la sagesse des foules » pour reprendre le titre d’un livre récent dédié à cette célébration.


Soulignons que la théorie financière elle-même apporte son écot à cette construction en professant que le marché ne se trompe jamais, ce qu’on appelle la théorie de l’efficience financière.

Certains théoriciens contestent même qu’il y ait eu des bulles.


Devant de telles forces coalisées, l’argument de prudence est de peu de poids, pour ne pas dire totalement impuissant. Dès lors qu’autour de vous, tout vous pousse à agir conformément à ce que votre intérêt immédiat vous dicte, on voit mal comment les acteurs pourraient résister.

Imaginons un gérant de Sicav qui, en pleine bulle Internet, aurait conseillé
d’éviter le secteur des nouvelles technologies. Il aurait immédiatement perdu tous ses clients.Et puis, ajoutons que, pour convaincre les esprits sceptiques, le conformisme de place a un autre argument de poids lié à un trait spécifique du monde économique, à savoir son incertitude radicale.

Peut-on être absolument sûr que ce retournement des cours maintes fois
constaté se produira cette fois-ci ? En quoi le passé est-il un guide fiable pour l’action d’aujourd’hui ?

La bulle Internet a beaucoup utilisé cet argument en défendant l’idée que
l’économie était entrée dans « une nouvelle ère » de telle sorte que les règles et régularités anciennes seraient devenues caduques. Ainsi a-t-on prophétisé la fin des cycles, de l’inflation et la possibilité de cours structurellement élevés du fait d’un amoindrissement permanent du
risque et de l’aversion au risque.

On retrouve un argument similaire quelques jours avant le krach de l’automne 1929 sous la plume du grand économiste Irving Fisher : « les cours des actions ont atteint ce qui semble devoir être un haut niveau permanent ». Or, il est toujours délicat d’aller contre l’esprit du temps. On est vite taxé d’esprit rétrograde, imperméable aux transformations contemporaines et mis sur la touche.


À l’issue de cette analyse, le paradoxe d’une crise ex post toujours prévue et ex ante jamais évitée se trouve partiellement élucidé. Ces réflexions nous font comprendre que c’est par le jeu d’une complète illusion rétrospective qu’on a pu être amené à croire que la crise aurait pu être évitée. Cette illusion plonge ses racines dans une conception inadéquate de la
puissance des idées selon laquelle une idée vraie, en l’occurrence celle qui nous dit que le retournement des cours est inéluctable, ou encore que « les arbres ne montent pas au ciel » pour reprendre un dicton boursier, devrait nécessairement finir par l’emporter et conduire les investisseurs à la prudence.

Or, une idée qui n’a pour elle que sa seule vérité intrinsèque ne
peut rien contre la puissance des intérêts et des affects qui sont investis dans l’euphorie financière. Pour que la catastrophe soit effectivement évitée, il faut que cet évitement mobilise des forces et des intérêts autrement plus puissants que le seul énoncé d’une proposition par nature contestable comme le sont tous les énoncés rationnels.

Autrement dit, si la catastrophe n’est pas évitée, c’est parce qu’il est dans l’intérêt de tous les acteurs qu’il en soit ainsi. La lutte est trop inégale entre un intérêt futur, c’est-à-dire hypothétique et virtuel, et l’intérêt présent, qui, lui, se fait connaître à l’individu sur le mode impératif.

Comme le dit Jean-Pierre Dupuy, c’est seulement lorsque la crise apparaît à tous comme absolument présente que peuvent entrer en action les forces capables d’y faire obstacle. Cela est vrai en finance comme ailleurs.


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