Editorial: monnaie, bourse, le processus de destruction de la confiance de « la multitude  » est engagé.

Janet Yellen, est la nouvelle secrétaire au Trésor des Etats-Unis. Cela va me fournir un prétexte à une complexe analyse monétaire.

La nomination de Yellen est bien accueillie par les marchés. Elle a fait ses preuves, elle connait bien la Reserve Fédérale et puis c’est une colombe consommée.

Yellen ne vient ne vient pas de Wall Street, sa formation ou sa spécialisté c’est le Travail, c’est une « labor economist ».

De la même façon que Bernanke a été choisi pour ses idées sur la façon de « traiter » les crises et ses prétentions à avoir compris la crise de 1929 et la crise japonaise, Yelllen a été choisie parce que c’est une super colombe, parce que c’est une spécialiste du marché du travail et parce que son expérience devrait permettre de bonnes relations entre la Fed et le Trésor.

Vous noterez au passage ma formulation: Yellen a été choisie!

Je maintiens le mythe que le choix vient du ciel , « elle a été choisie », je ne dis pas: Biden l’a choisie, alors que c’est la formulation que je devrais employer. Il faut faire croire que cela vient d’en haut, c’est comme le « il pleut »! Cela permet deja d’escamoter l’arbitraire, d’escamoter le bon vouloir de celui qui choisit et donc de mettre entre parenthèses/en question ses intentions, son désir . On est dans l’impersonnel. Presque dans l’objectif!

Continuons.

L’indépendance des banques centrales est un mythe qui a été vendu aux peuples afin de couper le lien ancien qui unissait les gouvernements plus ou moins démocratiques aux instituts d’émission.

L’indépendance avait pour objectif et pour fonction de priver les démocraties de l’outil monétaire; et ceci a pu se faire parce que les démocraties, stupides, ont abusé de l’outil monétaire au point de financer leurs démagogies.

Le pouvoir politique a abusé historiquement de ses prérogatives monétaires. En effet, il est incité, avant les élections, à accroître l’offre de monnaie au détriment de la stabilité des prix de façon à stimuler l’économie pour augmenter ses chances de réélection.

Cela c’est la doctrine mais en pratique les abus vont plus loin, les gouvernements ont tendance asservir la monnaie au profit des classes sociales qu’ils représentent. Tout gouvernement qui a un déficit de legitimité abuse de la monnaie, de la dette et de l’inflation pour masquer sa politique et faire prendre les celèbres vessies pour les non moins fameuses lanternes.

Pour échapper à ce résultat « si dommageable » pour tout le monde, la théorie de l’idéologie contemporaine a proposé de rendre les banques centrales indépendantes .

Les peuples ont marché et ils sont tombés dans le piège de se laisser confisquer l’outil monétaire car on leur a promis de
s’engager de manière crédible à lutter contre l’inflation.

En isolant l’institut d’émission des pressions gouvernementales, l’indépendance lui permet dit-on d’échapper aux tentations du pouvoir politique et de s’en tenir à son objectif de stabilité des prix. Cet argumentaire bien connu a conduit au consensus international actuel qui, d’une part accorde l’indépendance aux banques centrales et d ‘autre part leur confie, leur donne mission dans leur charte de veiller à la stabilité des prix.

Bien entendu, pour les peuples ce fut un marché de dupes car d’une part les banques centrales à l’intérieur de l’objectif apparent de stabilité des prix ont toute latitude pour mener des politques qui ne sont pas d’intérêt général et favoriser les interêts particulers et surtout, d’autre part l’autonomie, l’indépendance ne signifient pas la liberté car … les gouverneurs des banques centrales sont choisis par le pouvoir politique! Ils ont un fil à la patte, le pouvoir choisit ceux dont il est sûr , ceux qui vont mener la politique pour laquelle ils ont été nommés. Comme on dit en matière de presse, « je tolérerais une presse libre quand les journalistes ne le seront plus ».

La question de l’indépendance concrète des banques centrales est peu étudiée, mieux, elle est opacifiée par la sacralisation qui leur a été accordée; en parler c’est deja blasphémer.

Je me souviens d’un offciel de haut niveau de banque centrale dans un pays que je ne nommerai pas, qui interrogé sur l’une de mes analyses l’a balayé d’un revers de main, non seulement il a refusé de s’expliquer, de répondre, ou de rentrer dans le moindre débat mais il a tonitrué un sonore:

Bertez, c’ est un polemiste.

Point à la ligne , plus rien à dire.

La monnaie c’est sacré, le domaine a été protégé de toute critiqiue, il fait l’objet d’une exploitation monopolistique, quand on en parle on est dans le lèse-majesté .

Mais je maintiens , la confiscation du pouvoir monétaire des démocraties a été une opération scélérate qui a remis ce pouvoir à une classe sociale et a ses alliés académiques, fonctionnaires et médiatiques derrière lesquels se dissimule la ploutocratie.

La monnaie dans son essence est un bien public, il est faux et contraire à l’histoire de dire qu’elle tire sa fonction et sa valeur des gouvernements, c’est une escroquerie intellectuelle des MMTistes: la monnaie vient d’en bas, elle procède d’une alchimie sociale qui tourne autour de la croyance, de la confiance, elle vient comme le dit Spinoza : de la « multitude » .

« C’est parce que la banque centrale peut s’appuyer sur un mouvement d’opinion populaire extrêmement puissant , durable , ancré que la monnaie peut accomplir sa fonction. »

La monnaie c’est une sorte de capital social, enterré, un trésor dont dispose la société et qui donne consistance aux activités marchandes, aux comportements d’épargne et d ‘investissement. Et même à la plus grande partie des comportements humains .

La monnaie n’est pas utilitaire comme on veut nous le faire croire, elle est un en-soi capable de motiver les hommes parce qu’elle a un certain pouvoir qui la dépasse et dépasse ses utilisations, elle est structurante à la fois des marchés, de la société et de notre pysché.

La monnaie est, c’est ce qui est important, la monnaie c’est du lien ; de la communauté entre les hommes d’un même territoire. C’est quelque chose qui traverse les individus pour en faire des sujets qui échangent , qui s’organisent, qui se se hierarchisent . La monnaie n’est pas un opérateur pure quantité, elle a à voir avec les valeurs communes, partagées et j’irais même au dela sans le démontrer pour l’instant: la monnaie a à voir avec la Valeur qui est dans la tête des gens, la notion de valeur c’est relié a la facination/séduction de la monnaie. A notre époque de primat du mystère du désir, la Valeur n’est presque plus relié à l’utilité. Mais c’est une autre digression.

La monnaie n’est pas désirable parce que c’est le gouvernement qui l’impose et la manipule non, elle l’est malgré cela justement. Elle l’est parce que les peuples croient en quelque chsoe de supérieur qui dépasse précisement les gouvernements et cela dure, tant que le gouvernemnt n’a pas épuisé/pillé le capital confiance qui est enraciné en elle.

Contrairement à ce que pensent les MMTistes, les gouvernemnts ne sont pas les promteurs de la monnaie, ils confondent la technique avec l’essence! Ils confondent le concept avec la ragougnasse comptable! Toutes les études historiques le prouvent , au lieu d’être les promoteurs de la monnaie, les gouvernements en sont le fossoyeurs, les pillards , les pillards de quelque chose qui les dépasse et qui a quelque chose à voir avec les archétypes qui gisent dans l’âme humaine comme dirait Carl jung.

Meme Marx avec son analyse de la monnaie en tant qu’équivalent général des marchandises et son glissemnt vers l’équivalent genéral qu’est l’or est passé à coté de la nature sociale, sociologique, anthropologique de la monnaie. Spinoza en est bien plus proche, lui qui a pressenti l’homologie et l’isomorphisme de la politique, de l’état, du langage et de la monnaie. Dans la monnaie comme dans la politique, comme dans le langage il y a du collectif et ce collectif c’est la puissance du nombre, de la culture et de l’histoire, pas celle du médiocre gouvernement en place.

L’autorité des banques centrales n’existe et on le verra plus tard avec l’ineluctable destruction des monnaies telles que nous les connaissons comme instrument de progres et de liberté, cette autorité n’existe que par la confiance collective , que par ses relations aux croyances monétaires de tout un peuple. Si vous en doutez analysez le rapport des Allemands à leur Deusche Mark.

S’agissant de la guerre militaire Marc Bloch nous parle « de confiance collective » . S’agissant des combats terribles qui sont en cours, l’avilissement accéléré des monnaies dont témoigne la fuite vers les instruments spéculatifs -qui nient la monnaie comme l’indexation nie les monnaies-, cet avilissement n’en pas douter pointe la disparition de cette confiance collective.

C’est une nouvelle idée que j’essaie ici de vous faire passer; la hausse des bourses, la bulle des actifs financiers est dans son essence une sorte de fuite objective, non consciente, devant la monnaie, devant le Mistigri.

Pour bien comprendre il faut déja assimiler cette idée pas evidente que l’indexation des prix est une négation de la monnaie: on ne lui fait plus confiance pour, à la fois fixer les prix des transactions et pour conserver les valeurs. Eh bien la, fuite vers les actifs financiers qui montent, qui montent est isomorphique de l’indexation, on indexe sa monnaie sur le marché, là ou se manifeste, là ou se trouve l’inflation, conséquence des politiques monétaires de printing. C’est à dire sur le marche qui soi disant protège de la hausse future des prix .

Considérer la hausse des bourses comme une fuite devant la monnaie- Mistigri, c’est anticiper le moment ou nous connaitrons le même sort que le Zimbabwé ou l’Argentine etc. C’est considérer que les bourses font fonction de mécanismes d’anticpation des hausses de prix à venir sur les biens et les servcies. C’est considérer que le marché financier protège mieux que la détention pure et simple d’espèces. La hausse des bourses, c’est deja la préfiguration de la destruction des monnaies.


En tant que personne dis-je , il est difficile de ne pas admirer Yellen aimable et compatissante, ce qui contraste avec la prétention suffisante de Bernanke . Mais nous ne sommes pas là pour parler des personnes, nous sommes là pour apprecier leur contributuion à l’action monétaire.

Yellen, c’est l’échec!

Son bilan en tant que présidente de la Fed c’est un colossal échec. .

La présidente Yellen a pris les rênes de Ben Bernanke en janvier 2014. Elle a a cautionné les mesures extraordinaires en réponse à 2008.

Yellen était vice-président de la Fed lorsque la Fed a officialisé en 2011 sa «stratégie de sortie» de la relance monétaire extrême. La fameuse Exit qui n’ a pas eu lieu.

Plutôt que de normaliser, la Fed a de nouveau doublé la taille de ses avoirs à 4,5 Trillions en octobre 2014.

Les actifs bilantiels de la Fed ont encore augmenté de 500 milliards de dollars au cours de la première année de Yellen à la tête de la Réserve fédérale.

C’est a ce moment qu’elle a raté le coche, elle aurait du normaliser au contraire elle en rajouté. Il y avait à ce moment une fenêtre, pour tenter de le faire, il y avait de très solides arguments pour que la Fed réduise son bilan.

Yellen au lieu de songer au long terme, à la stabilité financière, à la préservation du système , a donné la priorité à l’immédiat: le marché boursier, l’illusion de l’effet de richesse.

Le S & P500 a procuré un rendement de 32,4% en 2013 et de 13,7% en 2014.

Le Russell 2000 des petites capitalisations a rapporté 38,8% en 2013 et a ajouté 4,9% l’année suivante.

Le Nasdaq 100 a rapporté 36,9% en 2013 et 19,4% en 2014.

C’est là qu’il fallait agir.

Au lieu de le faire, Yelllen a poursuivi l’emballement. Elle a fait exploser M2, relancé le crédit à la consommation et surtout les dettes des entrerpsies . Certes le chomagea fini l’année a 5,6%;, mais quel prix.

Yellen est responsable de ce qui est arrivé par la suite non pas par son action mais par son abstention à agir. Elle a voulu faire l’ange pour le marché du travail et elle a fait la bête.

A partir de là tout était joué, le vin était tiré, il fallait le boire, et nous le boirons jusqu’à la lie!

La Fed n’a effectué finalement un ajustement de 25 points de base par rapport à la «borne zéro» qu’en Décembre 2015.

Yellen a ensuite tergiversé une année complète avant de passer à l’étape suivante. Les taux n’étaient qu’à 1,25% lorsque Yellen a quitté la Réserve fédérale en février 2018.

Le S & P500 a boomé de 67,3% pendant le mandat de Yellen à la présidence de la Fed, le Nasdaq100 a doublé en quatre ans grace à des conditions financières exceptionnellement souples.

Yellen a été une très mauvaise chairwoman, elle s’est laissé pieger par «La doctrine Bernanke» et sa pièce maîtresse de l’utlisation des marchés de valeurs mobilières comme principal mécanisme de reflation du système.

Jerome Powell est arrivé à la Fed avec l’intention d’aller enfin de l’avant avec la normalisation des taux. Mais c’était trop tard. Je me souviens de m’être pris le bec avec de nombreux observateurs qui y ont cru alors que je soutenais que c’était impossible, il était selon moi trop tard. Et j’avais raison. La Fed avait largement manqué la fenetre de tir. La Fed de Powell a augmenté ses taux à 2,25% en décembre 2018 – et le système s’est disloqué, comme on dit il a renversé la carriole de pommes. .

Le marché boursier s’est effondré de 15% en décembre 2018, avec des pertes encore plus importantes pour le Nasdaq100 et les small cap du Russell 2000. Mais surtout, plus important encore, l’instabilité a éclaté dans le crédit aux entreprises. le crédit s’est révulsé.

Powell est allé à Canossa, il s’est agenouillé, il a inversé immédiatement sa position – en annonçant son fameux et infame «pivot».

Powell a reaffirmé publiquement et clairement le « Put ».

Le «Put» de la Fed est apparu plus assuré et plus puissant que jamais.

L’épisode a confirmé ce que les marchés avaient déjà supposé: l’excès de bulles et la fragilité financière qui y était associée avaient conduit au point de non-retour. La Fed était paralysée par une bulle épique et par la fragilité systémique associée. Le pouvoir s’était déplacé de manière décisive vers les marchés financiers, « le rôle subordonné de la Réserve Fédérale étant relégué à la protection et à la pacification du système de plus en plus en plus autonome ».

La Fed abaissait à nouveau les taux en juillet 2019 et le bilan de la Fed gonflait à nouveau dès septembre. Malgré des cours boursiers à des niveaux records et un chômage au plus bas depuis plusieurs décennies, la Fed a été contrainte d’adopter des mesures de relance monétaire «d’assurance» pour contrer la vulnérabilité de fin de cycle sur les marchés de «repo» et autres marchés de financement à court terme de la spéculation à effet de levier.

Le stimulus de la Fed en 2019 a exacerbé les excès spéculatifs, incitant les marchés déchainés à oublier tous les risques, y compris ceux une pandémie en progression. Les excès du marché, et l’incapacité d’auto-ajustement ont contribué au quasi-effondrement du marché en mars. Ce qui a obligé a injecter en panique 3 trillions dont l’effet immédiat a été de relancer… la speculation Boursière!

Reuters juillet 2017: « États-Unis La présidente de la Réserve fédérale, Janet Yellen, a déclaré … qu’elle ne pense pas qu’il y aura une autre crise financière au moins aussi longtemps qu’elle vivra, grâce en grande partie aux réformes du système bancaire depuis le krach de 2007-09 .

24 novembre – Financial Times : «Peu de temps après que Joe Biden a choisi Kamala Harris à la vice-présidence en août, Janet Yellen, ancienne présidente de la Réserve fédérale américaine, les a informé de ce qu’ils pourraient faire à ce sujet. Selon une personne…, Mme Yellen a déclaré au ticket démocrate que les taux d’intérêt étaient bas et susceptibles d’y rester longtemps, créant un espace budgétaire considérable pour de nouveaux stimulants et investissements. L’intervention a été bien accueillie par M. Biden et Mme Harris, dont le plan économique prévoit des milliards de dollars de dépenses publiques. Maintenant, Mme Yellen, 74 ans, devrait être nommée par M. Biden pour être le prochain secrétaire au Trésor américain »

Wall Street est tout à fait convaincu que Yellen est précisément la bonne personne pour travailler en étroite collaboration avec la Fed Powell pour orchestrer les réponses à la crise nécessaire pour soutenir la plus grande bulle de l’histoire de l’humanité.

Le scénario d’une Réserve fédérale plongée jusqu’aux genoux dans la boue politique partisane est le plus probable.

Le processus de destruction de la confiance de la « multitude est engagé, personne ne le sait, personne ne le dit parce que personne n’a compris que faire buller les bourses, inflater les prix des actifs, c’etait deja fuir la monnaie.

2 réflexions sur “Editorial: monnaie, bourse, le processus de destruction de la confiance de « la multitude  » est engagé.

  1. Encore un texte fort dense, à assimiler, à dompter lentement… Ce qui nous change de la plupart des blogs dont les contributions peuvent se survoler d’un regard distrait…

    Merci M. Bertez.

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  2. Tout à fait d’accord avec vous Bruno, or je remarque depuis quelques temps, autour de moi, une petite musique de plus en plus fréquente sur l’argent qui ne va plus rien valoir à l’avenir, dans des milieux peu avertis des questions financières…
    C’est la question centrale de la confiance et de la parole des soi disant responsables qui va se poser. On découvrira alors, notamment par l’explosion des monnaies que le roi est nu!
    Ils pourront bien distribuer toutes les subventions qu’ils veulent, si leur monnaie ne vaut plus rien, ils auront perdu tout pouvoir.

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