Le contraire de l’apocalypse

Rédigé par 

Bruno Bertez 

4 décembre 2020

Nous prenons quelques risques, et faisons une prédiction audacieuse pour l’économie et les marchés. En résumé : vive la crise !

Je soutiens que la crise sanitaire a été une aubaine pour les élites.

C’est audacieux, c’est cynique mais c’est objectif. Peu importe les perceptions et les interprétations, la réalité est là : la crise pandémique, crise exogène tombée du ciel, a permis aux élites de prendre des mesures monétaires et financières exceptionnelles. Elle leur a ainsi permis de faire l’économie de la crise financière colossale qui menaçait depuis septembre 2018.

Ne me faites surtout pas dire ce que je ne dis pas.

La crise n’a pas été voulue, complotée ; elle a simplement été mise à profit, une opportunité a été saisie. « You never want a serious crisis to go to waste » a dit un jour le démocrate Rahm Emanuel, un proche d’Obama. Ne gaspillez jamais l’opportunité que vous offre une crise grave !

Une crise inverse de celle de 2008

La crise mondiale pandémique de 2020 est-elle différente des précédentes crises du capitalisme ? Oui et non.

Oui car elle a augmenté considérablement le risque de révulsion du crédit mondial pendant quelques jours – et non parce qu’elle a permis de justifier l’injection d’une masse colossale de monnaie, de liquidités, de crédit gratuit, qui a noyé dans l’œuf ce risque de crise.

Alors que le sinistre sanitaire fait rage, le monde financier n’a jamais été aussi sûr, aussi « prospère » et autant assuré de stabilité.

Les inquiétudes pour la stabilité financière qui étaient latentes depuis deux ans sont oubliées.

La raison ? Les autorités « se sont lâchées », elles ont surréagi afin de soigner en même temps le sanitaire et la finance.

Le repli de l’or est là pour en témoigner et l’illustrer. La hausse des taux qui est en cours prouve que les perspectives s’améliorent. Les anticipations d’inflation à cinq ans n’ont pas été aussi hautes depuis longtemps. Les gouvernements garantissent les crédits des banques, ce qui débloque la situation et améliore la transmission.

En Europe, la crise sanitaire a fait sauter le verrou allemand.

Pain béni

Je soutiens, car j’ai le goût du paradoxe, que cette crise sanitaire a été, est, pain béni car elle a autorisé ce qui ne l’était pas avant. Elle a autorisé, sous l’effet de choc et de peur, ce que jamais on n’aurait pu faire passer.

Elle a débloqué la situation budgétaire, a fait sauter toutes les règles de prudence – et on s’achemine vers une explosion des dépenses financées par l’impression de monnaie. Mieux encore, la crise et le choc qu’elle a produit vont selon toute probabilité transformer la monnaie zombie, la monnaie en réserve en monnaie vivante et nous éloigner des précipices.

Je dis bravo les artistes !

N’oubliez pas, soyez lucides, la chute de la production, du commerce, de l’investissement et de l’emploi dans le monde n’a pas commencé par un krach financier ou boursier, qui aurait ensuite conduit à un effondrement de l’investissement, de la production et de l’emploi. Pas du tout. C’est le contraire.

Il y a eu effondrement de la production et du commerce, forcé ou imposé par des verrouillages pandémiques, ce qui a ensuite conduit à une énorme chute des revenus, des dépenses et du commerce.

La crise a commencé par un choc exogène, suite à quoi les verrouillages ont conduit à un « choc d’offre », puis à un « choc de demande ». Je soutiens que ce choc exogène a permis d’éviter un terrible choc endogène !

Il n’y a pas eu de choc financier. Pas de choc endogène.

Pas d’effondrement en vue

Au contraire, les marchés boursiers et obligataires des principaux pays sont à des niveaux records. La raison est claire. La réponse des principales institutions monétaires nationales et des gouvernements a été d’injecter des milliers de milliards de monnaie/crédit dans leurs économies pour soutenir les banques, les grandes entreprises et les plus petites ; elles ont aussi envoyé des chèques à des millions de chômeurs et/ou de travailleurs licenciés.

La taille de ces largesses, financées par « l’impression » de monnaie par les banques centrales, est sans précédent dans l’histoire du capitalisme moderne.

Cela signifie que, contrairement à la situation au début de la Grande récession en 2008, les banques et les grandes institutions financières ne sont pas du tout proches de l’effondrement.

Les bilans bancaires sont plus solides qu’avant la pandémie. Les bénéfices financiers sont en hausse. Les dépôts bancaires ont explosé à mesure que les banques centrales augmentent les réserves des banques commerciales et que les entreprises et les ménages accumulent des liquidités, étant donné que les investissements ont cessé et que les ménages dépensent moins.

Selon l’OCDE, les taux d’épargne des ménages ont augmenté de 10% à 20% pendant la pandémie. Les dépôts bancaires des ménages ont explosé.

Les liquidités des sociétés non financières ont augmenté grâce à des prêts bon marché ou sans intérêt garantis par le gouvernement. Les grandes sociétés émettent encore plus d’obligations, le tout encouragé et financé par des programmes parrainés par le gouvernement.

Les impôts ayant également été reportés puisque les entreprises sont bloquées, elles accumulent à nouveau encore plus de liquidités. Les reports d’impôt équivalent à 13% du PIB en Italie et à 5% du PIB au Japon, selon l’OCDE.

Le cycle d’expansion et de ralentissement de la production et de l’investissement capitalistes est souvent déclenché par un krach financier, soit dans le système bancaire (comme en 2008), soit dans le monde du « capital fictif » des actions et des obligations (comme en 1929).

Je soutiens que cette fois, une crise, la crise sanitaire et son traitement cynique peuvent provoquer le contraire d’un ralentissement c’est-à-dire une expansion… non contrôlée.

Le seul risque à cette prévision qui est le contraire d’apocalyptique, c’est la stupidité, la bêtise : les grands prêtres pourraient très bien prendre peur face aux forces qu’ils ont libérées et vouloir les contrôler trop tôt.

C’est cela qu’il convient de surveiller – mais nous avons le temps de voir venir et de nous préparer.

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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