Editorial de fin d’année. Cadeaux empoisonnés? Eloge de l’échec, éloge de la destruction

Vous ne modifiez jamais les choses en luttant contre la réalité existante.

La réalité existante a de bonnes raisons d’exister: elle est produite par le jeu de forces réelles qui se combinent et s’opposent pour former une résultante, laquelle s’intègre dans le Système. La fameuse Loi du Triangle.

Tout a des causes, rien ne tombe du ciel c’est l’hypothèse matérialiste qui gouverne ma pensée.

Je précise que cette hypothèse matérialiste pour interprêter l’Histoire, ne nie en rien la spiritualité de l’homme. Simplement elle lui ôte ses illusions de toute puissance pseudo volontariste.

Il n’y a pas de magiciens retenez-le, il n’y a que des illusionnistes. Vous savez ces illusions narcissiques de ces enfants -rois, à la Macron, illusions de ceux qui se pretendant « Sachants », qui veulent être nos maitres alors qu’ils ne sont que les jouets d’une Histoire qui les dépassent.

Tout est surdéterminé, objectivement et non pas subjectivement, et on ne domine la Nature, au sens large qu’en en connaissant ses Lois. Ce qui a été formulé sous diverses formes par les plus grands: « qui veut faire l’ange fait la bête » disait Pascal, « chassez le naturel il revient au galop » disait Aristote etc etc

Quand je dis la Nature j’inclus l’économie et l’économie politique.

L’économie est une science naturelle, celle de la production et de la répartition de la rareté et l’économie politique c’est le discours -idéologique- tenu a un moment donné sur cette économie dans son cadre historique, c’est dire à son niveau de développment.

Bien sur avec sa loi fondamentale, la loi de la Valeur qui nous dit que seul le travail produit de la valeur. Ce fut la découverte de Jean de Sismondi qui fut le premier à dire que toute la Valeur vient du travail, parce qu’il est le seul à ajouter de la valeur à un produit. Notre guide, Jean Bodin qui a dit « il n’est de vérité que du tout » a également affirmé: « il n’est de richesse que d’hommes.

Les richesses naturelles n’ont de la valeur que mises en valeur par le travail de l’homme. Et le profit qui gouverne le système, ce profit qui est la loi cachée du système, est un travail non payé au salarié.

C’est un surproduit dont nos sociétés ont « décidé » qu’il devait revenir , dans notre phase de développment à celui qui était le détenteur du capital. Nos sociétés se sont organisées autour de ce non-dit: le capital est un rapport social qui fait que le surpoduit de nos sociétés revient aux détenteurs du capital tout comme avant, il revenait aux grands prêtres des religions anciennes. Ou tout comme avant il était gaspillé ou Potlatché en sacrifice aux dieux.

Les actions des hommes, celles des élites qui ont confisqué de droit ou de force le pouvoir bien souvent s’analysent comme une tentative désespérée de s’opposer au changement que le système a besoin de faire pour se survivre.

Tout ordre social est forcément conservateur non pas dans son universel, mais dans son égoisme, « ils » veulent rester en place! Donc ils sont arqueboutés pour continuer à jouir de leurs positions privilégiées, de leurs avantages dans le système. Ceci est antagonique car le système lui dans son inconscient, a besoin de changer pour s’adapter, il n’a qu’une finalité: se perpétuer selon une logique que les soi-disant élites ne connaissent pas.

Le système a sa logique propre, non-sue, inconsciente, dissimulée et le système est capable d’innover, de multiplier les combinaisons, ruses et combines pour se survivre et se reproduire.

Je le précise bien souvent à l’insu des hommes qui croient le gérer et le piloter.

Pourquoi? Parce que la connaissance que les élites ont du système est un faux savoir, c’est un savoir qui s’est élaboré pour mystifier, pour tromper , pour masquer la réalité du système aux yeux des masses. L’économie classique de l’establishment c’est ce faux savoir qui masque la réalité aux yeux des peuples mais aussi aux yeux des élites: elles croient leurs propres constructions ideologiques!

Elles croient que ce qui gouverne les économies c’est la demande et la satisfaction des besoins alors que ce qui gouverne les économies c’est l’accumulation du capital par les riches et le besoin/l’exigeance de profit qui en découle. Elles croient qu’il y a insuffisance de la demande alors que l’insuffisance c’est celle de profit face à l’excès de capital!

Le meilleur exemple à notre époque est ce que l’on appelle la crise economique et financière dans laquelle nous sommes plongés depuis 2008.. Elle se définit comme une tentative forcenée, « coute que coute » du système à produire de la hausse des prix des biens et des services face à ce qu’elles appellent le risque de déflation.

La déflation est une tendance économique inexorable.

La baisse de la valeur de toutes choses en raison du progrès des techniques et des savoir faire est la Loi: il faut de moins en moins d’heures de travail pour produire les richesses et cela doit, c’est une nécecessité produire de la baisse des prix, cela doit produire de la déflation.

Bien entendu c’est systémique c’est à dire que c’est une nécessité non reconnue par les élites et donc elles s’opposent depuis des dizaines d’années à cette force déflationniste endogène, intrinséque, et pour ce faire, pour la masquer elles truquent l’unité monétaire, elles avilissent la monnaie en en créant de la fausse, tombée du ciel. Les zozos truquent les ombres croyant truquer le réel.

Elle croient s’opposer au sens de l’histoire, alors qu’elles en sont les jouets quasi ridicules! Car hélas ce faisant, non seulement elles augmentent le besoin de déflation future mais en outre elles désequiquilibrent et desharmonisent le système ; elles enflent les promesses contenues dans les cours des actifs financiers ou va se loger l’inflation et en augmentant ces promesses elles augmentent la nécessité de leur destruction future ou bien elles rapprochent le besoin de destruction de la fausse monnaie par l’hyperinflation!

Par ailleurs elles augmentent les inégalités qui fragilisent le système en tuant sa legitimité!

Ah les cons!

Le système par leur action débile, au lieu de s’adapter dans le temps progressivement ne pourra se rééquilibrer que brutalementen rupture, en forme crisique.

L’avenir ne se devine pas, tout au plus peut-on voir le présent avec les yeux de demain.

Vous ne modifiez jamais les choses en luttant contre la réalité existante. Tout ce qui est, a des raisons d’être. Pour changer quelque chose, il faut créer un nouveau modèle de pensée qui rend le modèle existant obsolète .

Des progrès décisifs, cette étape du « changer nos vies pour le mieux », viennent toujours de quelque chose que les gens ne pouvent pas voir. 

Notre conviction de la façon dont le monde devrait exister et fonctionner est façonnée en regardant en arrière et non en avant, il est donc logique que les nouveaux paradigmes qui changent tout, se heurtent à la résistance dans les esprits. 

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Les progrès décisifs, cette étape du « changer nos vies » pour le mieux, viennent toujours de quelque chose que les gens ne pouvent pas voir. 

Notre conviction de la façon dont le monde devrait exister et fonctionner est façonnée en regardant en arrière et non en avant, il est donc logique que les nouveaux paradigmes qui changent tout se heurtent à la résistance dans les esprits. 

Parce que la plupart des gens ne le voient pas, abandonner un paradigme existant, changer de façon de voir, voir avec les yeux de demain, doit passer par un choc suffisamment convaincant. Pour que les utilisateurs abandonnent un ancien paradigme il faut un échec colossal!

Celui qui veut, démiurge tenter de modifier le cours de l’Histoire doit être une sorte de saint, il doit accepter le chaos, l’échec et les destructions! Vous imaginez nos tristes bourgeois du Medef, des dynasties financières et de la haute fonction publique nationale et mondiale accepter cela?

 Ce processus décrit la «destruction créatrice», un terme paradoxal inventé pour la première fois par Joseph Schumpeter en 1942 pour décrire le fonctionnement du capitalisme dans un «marché libre». Malheureusement Schumpeter n’a pas theorisé la destruction créatrice à l’echelle du tout social, il est resté au ras des paquerettes économiques.

La société civile innove en continu, elle «crée» de la valeur et des valeurs par le bas, à partir du socle de valeurs existantes par un phénomène non pas de négation, mais de dépassement, Aufhebung. Et ces créations « détruisent » souvent les anciens pouvoirs, les monopoles; elles fluidifient le sclérosé, le zombiesque, elles détruisent ce qui est devenu le (desordre) antérieur, ce qui a titre au profit de ce qui a droit, parce que plus adapté.

 Ce processus et son importance sont au cœur de la façon dont toutes les sociétés ont évolué et ils ont donné naissance à la plupart des avantages pour la société que nous tenons pour acquis aujourd’hui. 

Les nouveaux gagnants deviennent si utiles qu’ils perturbent le pouvoir des marchés, les structures existantes, les ordres sociaux dépassés. Ainsi se produit un ordre social plus adapté.

Pour que le processus fonctionne, l’échec est critique ! Et c’est pour cela que mon appreciation face aux démiurges et en France face à Macron est ambivalente; ils produisent de l’échec, mais finalement ils hâtent la future evolution qui nous adaptera.

Et si l’échec est difficile, prévenir l’échec est bien pire.

Bien entendu pour me suivre sur cette voie il faut accpeter de donner au mot échec un contenu, un sens bien particuliers, j’espère que si vous m’avez suivi, vous en êtes capable.

C’est l’échec de leur tentative Promethéenne de voler le feu aux dieux , tentative insensée de dire Ô temps suspend ton vol, c’est l’échec de maintenir l’ordre ancien inique , scandaleux.

La prévention de l’échec a été l’outil des décideurs politiques au cours des 40 dernières années et elle a d’énormes conséquences. En socialisant les pertes des riches , en les enrichissant encore plus, et en empêchant l’échec de nos économies, les banques centrales et les gouvernements ont pratiquement fait en sorte que le système monétaire existant dans le monde s’effondre et soit remplacé par quelque chose de nouveau. 

En d’autres termes, en empêchant l’échec des économies à court terme, la destruction créative n’a fait que passer à un rang de Necessité supérieure à long terme.

5 réflexions sur “Editorial de fin d’année. Cadeaux empoisonnés? Eloge de l’échec, éloge de la destruction

  1. « Vous ne modifiez jamais les choses en luttant contre la réalité existante. Tout ce qui est, a des raisons d’être. Pour changer quelque chose, il faut créer un nouveau modèle de pensée qui rend le modèle existant obsolète . »

    Dit autrement et en généralisant, je comprends que rien ne sert de combattre ce qui est dépassé, il suffit de cesser de l’alimenter. L’énergie doit être employée à créer le nouveau.

    Est-ce une partie du sens de votre propos ?

    Ce qui ne recoit plus d’énergie de vie, que ce soit dans la nature ou une construction sociale, cesse de vivre tout simplement.

    Occupons donc notre énergie à construire autre chose par nos actions quotidiennes, et quelque chose émergera qu’on ne connait pas aujourd’hui encore : mais ce sera du vivant !

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    1. Oui c’est bien une partie du sens de mon propos et vous avez raison de preciser « une partie ».

      Pour que le neuf , plus adapté émerge il faut d’abord et avant tout dépasser les obstacles et resistances qui l’empêchent de se manifester.

      En psychanalyse l’essentiel de la libération analytique vient du travail qui consiste à vaincre les résistances, il ne vient pas de la volonté de faire advenir quelque chose de neuf ou de différent. La volonté est toujours produite par l’ancien !

      Et c’est vrai en politique egalement.

      Exemple de mon analyse politique.

      Zemmour est un rebellocrate produit par l’ancien système contre lequel il croit combattre alors qu’il l’entretient en s’y oposant: il galvanise et unit ses détracteurs. Il reproduit le systme contre lequel il croit de bonne foi, lutter.

      Mélenchon c’est encore pire! Car lui n’y croit pas!

      L’action politique qui serait efficace analyserait les éléments essentiesls du système, cerneraient ceux qui le font tenir, ses béquilles, ceux qui sont les chevilles ouvrières et les pierres d’angle et se concentrerait sur une action qui haterait simplement la tendance à la délitation de ces elements . Il prendrait appui sur les contradictions internes d’une situation .

      Exemple le système ne tient par la dette/fausse monnaie qui permet d’empecher toutes les evolutions , qui permet de masquer tous les problèmes et de tromper tout le monde; l’action politique qui veut vraiment la révolution doit concentrer toutes ses forces sur la prise de conscience de cette situation et favoriser tout ce qui peut hater la défaillance de la dette. Tres souvent la politique du pire est efficace , ici par exemple on peut hater la fin du capitalisme financiarisé en poussant sans cesse a plus de dettes à tout propos.

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  2. Gratitude à vous monsieur Bertez pour tout le travail que vous effectuez et pour tout le matériel que vous mettez à notre disposition.

    Cela m’a permis de mieux relier des points, apparemment isolés, à partir du cadre analytique dont vous n’avez jamais dévié depuis que je vous lis.

    Je reconnais que cela demande temps et efforts pour reformuler vos écrits après les avoir étudiés et approfondis !

    Gratitude renouvelée à vous pour le temps que vous consacrez à vous même et à vos lecteurs.

    Pour ces derniers jours de 2020, merci pour votre mise en ligne récente de l’interview de Michel Maffesoli par Éric Verhaeghe. C’est jubilatoire !

    Le  » Que philosopher c’est apprendre à mourir » du sieur de Montaigne, revisité avec la malice et la clairvoyante intelligence de Maffesoli. Mourir pour que le vif advienne. C’est le travail de Kali, quelles que soient les intentions des hommes.

    Avec le plaisir de vous retrouver prochainement à travers vos articles.

    Bonnes fêtes de fin d’année.

    Louis Roulleau

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