L’incohérence érigée en mode de gestion. Le triple saut périlleux de la Fed

Autre temps, autres moeurs, autres théories : la dette qui était insoutenable en 2012 a 50% du GDP devient soutenable à 125% du GDP en 2021.

Les théories, les jugements sont fabriqués en fonction des besoins de rationalisation de ce que l’on ne peut éviter.

Ce ne sont pas des élites, ce sont des zozos!

2 février 2012 – Politico :

«Le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, a déclaré jeudi à un panel du Congrès que la réduction du déficit« devrait être une priorité absolue », affirmant que les prévisions de dépenses au cours de la prochaine décennie sont« clairement insoutenables ».

Bernanke a averti que la dette pourrait exploser au cours des 20 à 30 prochaines années à des niveaux qui pourraient paralyser l’économie. Le gouvernement est confronté à une population vieillissante, à une augmentation rapide des coûts des soins de santé et à l’incapacité de combler l’écart entre les impôts et les dépenses.

texte original

February 2, 2012 – Politico (Josh Boak): “Federal Reserve Chairman Ben Bernanke told a congressional panel Thursday that shrinking the deficit ‘should be a top priority,’ saying that spending projections over the next decade are ‘clearly unsustainable.’

Bernanke warned the debt could explode over the next 20 to 30 years to levels that could paralyze the economy. The government faces an aging population, fast-rising health care costs, and a failure to close the gap between taxes and spending.”

Janet Yellen Janvier 2021 :

«Sénateur, je suis d’accord avec vous pour dire qu’il est essentiel que nous placions le budget fédéral sur une voie viable. Et que nous sommes responsables , nous devons faire attention à ce que ce que nous faisons en matière de déficit et de dette pour améliorer la situation des générations futures. Mais la chose la plus importante, à mon avis, que nous puissions faire aujourd’hui pour nous mettre sur la voie de la viabilité budgétaire est de vaincre la pandémie, de venir en aide au peuple américain. Et puis pour faire des investissements à long terme qui aideront l’économie à croître et profiteront aux générations futures.

Janet Yellen janvier 2021 :

Senator, I agree with you that it’s essential that we put the federal budget on a path that’s sustainable. And that we’re responsible and make sure that what we do with respect to deficits and debt leave future generations better off. But the most important thing, in my view, that we can do today to put us on a path of fiscal sustainability is to defeat the pandemic, to provide relief to American people. And then to make long-term investments that will help the economy grow and benefit future generations.

Rédigé par 

Bruno Bertez 

22 janvier 2021

La Fed a déjà déployé des politiques non-conventionnelles considérables. Que pourra-t-elle faire si la situation perdure, voire s’aggrave ? Son président en perd ses mots…

Jusqu’où les déficits US devront-ils augmenter lorsque la bulle financière historique éclatera ? Nul ne le sait, mais des déficits annuels de 5 000 à 6 000 Mds$ ne sont pas des estimations déraisonnables.

On peut imaginer que la Fed sera obligée d’augmenter ses achats de valeurs du Trésor, de MBS (titres adossés aux créances hypothécaires), d’obligations d’entreprises et d’ETF à 500 Mds$ par mois.

Ce n’est pas tout.

Mon opinion est que d’ores et déjà, malgré les dénégations officielles, la dette est ingérable. Ingérable, cela signifie que c’est elle qui commande la politique monétaire , ce n’est plus la politique monétaire qui commande la dette.

Perte de contrôle

Les autorités sont dans un engrenage qui les broie, dans un cercle devenu vicieux, l’ogre réclame ses aliments : toujours plus. Elles sont obligées d’obéir et de fixer la politique monétaire en fonction de la dette, de ses soubresauts sur les marchés… et en fonction des colmatages périodiques des canalisations de distribution du crédit.

L’affirmation de Jerome Powell jeudi dernier, lors d’une intervention à l’université de Princeton, doit être prise comme une dénégation maladroite : « Une dette publique élevée n’affecte pas la politique monétaire », dit-il.

C’est tout le contraire qui se produit : c’est la dette, publique et privée, qui produit, qui dicte la politique monétaire. Les autorités monétaires ont perdu le contrôle.

Markus Brunnermeier, directeur du Bendheim Center for Finance à Princeton :

« Croyez-vous qu’il existe une menace d’instabilité financière qui pourrait limiter la politique monétaire que vous pouvez entreprendre à un moment donné ? Et pensez-vous que les outils macroprudentiels dont disposent les Etats-Unis sont suffisants pour éviter une telle situation de dominance financière ? »

Jay Powell, président de la Fed :

« Je dirais que nous ne ressentons aucune pression de la domination financière… Si la domination financière est la réticence, voire l’incapacité, d’une banque centrale à resserrer sa politique à cause de l’effet de levier du secteur privé – nous ne le ressentons pas. Notre secteur des entreprises non financières est entré dans ce ralentissement avec un endettement relativement élevé, mais à ces taux d’intérêt bas, les paiements d’intérêts ne sont en fait pas à des niveaux terriblement élevés par rapport aux normes historiques – ils sont en quelque sorte à un niveau normal. 

[…] Lorsque le moment viendra d’augmenter les taux d’intérêt, nous le ferons certainement – et ce moment, d’ailleurs, n’est pas bientôt. »

La Fed sous pression

Powell ment, bien sûr. Sa tentative de normaliser les taux directeurs au début de son mandat s’est terminée brusquement à 2,25%, avec un épisode de dislocation des marchés qui l’a forcé à reculer.

A la fin de 2018, un nouvel épisode de mise en risk-off s’est manifesté sur le marché des repos ; il a fallu arroser en catastrophe. Le marché et les « esprits animaux » ont forcé le président de la Fed à revenir à l’argent revenir à l’ultra-facile.

La Fed ressent de toute évidence une « pression », c’est ce que montre sa réponse en panique ! Elle a lâché de 3 100 Mds$ face à la dislocation du marché en mars dernier. Ce n’est pas l’économie qui a imposé ces débauches, c’est le marché financier et sa révulsion.

Lisez la question suivante posée à Powell, il est incapable d’offrir une réponse cohérente. Il dit n’importe quoi, rien que pour écarter la perspective terrible qui s’ouvre devant lui : une politique monétaire qui sera dictée par la politique budgétaire !

Powell répète des non-sens, il balbutie… ce n’est pas une pirouette, c’est un triple saut !

Brunnermeier :

« Le niveau de la dette publique a bien sûr atteint des niveaux records. Si vous regardez les prévisions du CBO, elles augmentent énormément au cours des prochaines années… Quel en sera l’impact sur la politique monétaire ?… Elle pourrait être contraignante en raison de la domination du budgétaire sur la politique monétaire. Et comment voyez-vous l’indépendance de la Fed, lorsque à un moment donné elle devra un peu freiner et effectivement relever les taux d’intérêt ? »

Réponse de Powell :

« Les Etats-Unis ne sont pas sur une voie durable au niveau du gouvernement fédéral dans le sens simple que la dette croît beaucoup plus rapidement que l’économie. Cela signifie que, par définition, cela n’est pas viable. Cela ne veut pas dire que le niveau de la dette est insoutenable. Il n’est pas insoutenable et c’est loin d’être insoutenable. 

Je pense que nous sommes très loin de la domination budgétaire aux Etats-Unis, si jamais nous y arrivons. Ce n’est certainement pas un facteur que nous considérons en aucune façon pour le moment. Un endettement élevé n’a aucun impact sur la politique monétaire actuellement. Nous nous efforçons de servir le public pour atteindre un maximum d’emplois et des prix stables. »

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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