Union Européenne; quand nos voisins sont nos ennemis!

TÉMOIGNAGES – L’Allemagne exige désormais un test de moins de 48 heures pour franchir la frontière avec la Moselle. La vie des habitants transfrontaliers s’en trouve grandement compliquée.

Par Coline Renault

Publié il y a 5 heures, mis à jour il y a 4 heures

«Franchement, je ne sais pas comment ça va être possible.» Une journée s’est écoulée depuis que l’Allemagne a fermé partiellement sa frontière avec le département français de la Moselle, exigeant de tous les ressortissants français un test covid-19 de moins de 48 heures. La vie de Nadine, mère de famille originaire de Forbach a des airs de marathon. Quatre enfants et un emploi de cadre marketing à Sarrebruck, en Allemagne, ce n’était déjà pas de tout repos. «Ce matin, j’étais à 6h30 à faire la queue pour réaliser mon test PCR. J’ai attendu 45 minutes dans le noir, avant de rentrer, de préparer les enfants en vitesse et de repartir au travail, soupire Nadine. Ça va être comme ça tous les deux jours? Vraiment ?»

À LIRE AUSSI :Covid-19 : les flux de population aux frontières favorisent-ils la propagation du virus ?

Face à la recrudescence des cas de variants sud-africains en Moselle, les autorités allemandes ont classé le département «à haut risque Covid» et pris de nouvelles restrictions en exigeant dès mardi 2 mars un test PCR ou antigène négatif de moins de 48 heures pour se rendre dans la région voisine de la Sarre. La règle s’applique sans exception aux quelque 17.000 travailleurs transfrontaliers de Moselle, invités à réaliser un test PCR tous les deux jours. «Le lundi, je prends mon poste à 4h30 du matin. Quand est-ce que je suis censé faire ce test ? Le dimanche ? Cette règle est inapplicable dans la vraie vie, juge Sebastian, employé dans l’industrie automobile de l’autre côté de la frontière. Je ne fais rien d’autre que me rendre au travail à quelques kilomètres de chez moi. Et je dois me justifier. C’est injuste».

Hier on était voisins, aujourd’hui on nous regarde comme des étrangersGiovanna, franco-allemande résidente à Morsbach

«C’est beau, l’Europe», ajoute-t-il sombrement. Dans l’est de ce département à cheval sur l’Allemagne et le Luxembourg, le quotidien ne s’arrête pas aux frontières. Chaque jour, de nombreux Mosellans profitent de l’espace européen pour faire des courses, voir des proches ou se rendre à des rendez-vous. «Ma mère, très âgée, est seule en Allemagne. J’ai l’habitude de passer régulièrement vérifier que tout va bien. Est-ce que désormais, si elle a besoin de quelque chose, je dois attendre plusieurs heures les résultats de test pour aller l’aider ?», fulmine Giovanna, allemande installée à Morsbach, à la frontière germanique, depuis une vingtaine d’années. La mère de famille dénonce une situation ubuesque : «J’ai presque quotidiennement des rendez-vous médicaux en Allemagne. Je dois donc réaliser des tests… pour pouvoir aller faire des tests.»

Des laboratoires débordés

Séparant les familles et les pays, le Covid sonne pour les habitants du département comme un étrange retour en arrière. «On se sent pestiférés. Hier, on était voisins. Aujourd’hui on nous regarde comme des étrangers, déplore Giovanna. Une plaque d’immatriculation française, c’est presque considéré comme un aveu de culpabilité.» Un sentiment partagé par Sebastian dans les vestiaires de l’usine d’industrie automobile où il travaille. «Mes collègues se tenaient à l’écart de moi, l’atmosphère était très étrange. Je n’osais pas éternuer», raconte-t-il.

Pendant ce temps, les files d’attente s’allongent devant les pharmacies et les laboratoires des communes frontalières, débordées de travailleurs inquiets d’écoper d’une amende en Allemagne. «Les gens attendent parfois plus d’une heure. À 17H45, juste avant le couvre-feu, c’était encore bondé», raconte Tatiana, à Forbach. «Mon mari a la boule au ventre. Il a peur de ne pas avoir ses résultats à temps», poursuit-elle. Les laboratoires accélèrent la cadence, mais, dans le département, la situation épidémique est déjà critique. «Dans les villes frontalières, le volume de tests a été multiplié par cinq en deux jours. Il va devenir difficile de rendre les résultats en moins de 24 heures, note Christophe Baillet, responsable départemental du syndicat des biologistes français. Et si encore les laboratoires s’en tenaient aux tests des transfrontaliers… Avec les campagnes de dépistage, on risque d’être très vite dépassés».

À LIRE AUSSI :Covid-19: situation tendue à la frontière entre l’Allemagne et la Tchéquie

Si ça dure, ça sera arrêt maladie !Anthony, boulanger français en Allemagne

Tant bien que mal, les Mosellans s’organisent. David, qui transite rapidement en Allemagne pour rejoindre son bureau luxembourgeois, se résout à faire un détour pour éviter de devoir réaliser ces tests redoutés. Et tant pis s’il faut perdre du temps et de l’argent. «Pour le détour par Metz, avec les bouchons, comptez quarante-cinq minutes de trajet en plus. Et une dizaine d’euros de péage par jour. Au bout d’un mois, ça représente une petite somme», soupire-t-il, avec un certain sens de l’euphémisme. Pour Anthony, boulanger français en Allemagne, il est hors de question de se plier à l’écouvillon tous les deux jours. «Un test nasal, une fois, c’est désagréable. Deux fois, c’est douloureux, mais dix, c’est non, déclare-t-il. Je fais des horaires pas possibles. Je commence tôt le matin, finis tard le soir. Si ça dure, ça sera arrêt maladie, point final.»

Une réflexion sur “Union Européenne; quand nos voisins sont nos ennemis!

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s