Tranquillement, cahin caha, on s’achemine vers la fin.

Quotidiennement, je vous décris la crise qui a débuté dans sa forme manifeste en 2008. Je vous la décris, je vous la décortique, j’en montre les différents développements et, bien sûr, parallèlement, je vous expose les mesures qui sont prises par les autorités afin de tenter d’y faire face.

Vous retrouvez tout ceci dans mes textes; ils se complètent au fil des jours; ils sont une sorte de long fleuve tranquille, ou, si on veut, de roman avec différents chapitres qui s’articulent organiquement, logiquement et historiquement les uns aux autres.

Je dis souvent que l’idéal serait, à chaque fois, de pouvoir résumer les chapitres précédents pour que vous compreniez ce dont je parle et pour que vous soyez convaincus du bien-fondé de ce que je n’ai jamais cessé d’annoncer: la révulsion finale.

J’ajoute tout de suite que cette révulsion finale est écrite dans l’histoire, que que l’on ne peut y échapper, pas plus que nous, humains, ne pouvons échapper à la mort.

L’inconnue, c’est le calendrier, car nous ne sommes pas dans une matière physique, mécanique, nous sommes dans une matière complexe, en grande partie non matérielle. Ceci signifie que même si les lois de la gravitation s’appliquent, les humains ont toujours la possibilité de retarder la chute. Ils ont la possibilité de tricher, de mentir, de faire prendre des vessies pour les lanternes. Singulièrement, ils ont le pouvoir de jouer sur le nominalisme.

Jouer sur le nominalisme, c’est, tout en conservant la formulation d’un mot ou d’un concept, faire glisser la réalité qu’ils sont censés exprimer. Pour vous donner un exemple très simple à comprendre, on peut toujours afficher 1€ sur une pièce de 1 euro tout en le dévaluant et en l’avilissant de telle sorte qu’il en faille 2 pour acheter une baguette de pain.

Il y a quelques mois, j’ai introduit dans mes développements de façon plus fréquente la notion de Grand Cycle du crédit.

Je l’ai introduite parce que j’ai eu et j’ai le sentiment que l’on se rapproche de la fin de ce grand cycle quia débuté en 1945. Nous en avons quasi franchi toutes les étapes classiques et nous en sommes déjà à la répression financière généralisée, à la monétisation des dettes des gouvernements, au taux zéro pour certains blocs économiques et aux taux négatifs pour les plus murs, comme l’Europe et le Japon. Cela sent la fin.

Autre signe: la spéculation s’empare des marchés sans dissimulation aucune. Elle devient la règle.

On achète des obligations longues avec de l’argent court qui ne coûte rien. On achète du bitcoin pour des sommes astronomiques. On achète des œuvres d’art digitales pour des montants qui équivalent à ceux d’un Van Gogh. On achète des valeurs dites technologiques pour des multiples de leurs chiffres d’affaires. En bourse on donne des milliards à des sociétés de chèque en blanc -les SPACS- qui n’ont aucune activité, à peine un business model.

Tout est instable. Frivole, désancré. Le plus grave, ce n’est pas que les choses soient devenues ainsi; le plus grave, c’est qu’elles soient maintenant connues comme telles. Il y a prise de conscience du dérèglement. Il y a prise de conscience du fait que l’on est sorti des limites de l’épure normale de l’économie et des marchés.

Qu’est-ce que cela signifie? Cela signifie que le cynisme s’est installé et que ce que l’on fait est une sorte de fuite en avant, sans espoir de retour en arrière. En cas de choc qui viendrait interrompre la course folle du prix des actifs, chacun a maintenant conscience du fait qu’il n’y aura pas de contrepartie normale, fondamentale, saine, aux offres qui vont se déverser sur les bourses . La seule contrepartie, ce sera celle que voudront bien offrir les pouvoirs publics et les autorités monétaires. Au moment du grand reflux, c’est la Banque Centrale qui devra faire face. Il n’y a aura rien d’autre pour éviter le Trou.

Ainsi, nous arriverons au vrai commencement de la fin.

Ray Dalio vient de publier un texte qui, grosso modo, essaie de dire de façon très contractée tout ce que je vous explique depuis des années. Compte tenu de la personnalité de Ray Dalio, compte tenu de son génie financier, compte tenu du prestige qu’il a acquis avec Bridgewater, ce texte devrait faire la Une des médias. On n’en parle quasi pas, et pour cause. J’en ai trouvé un compte rendu médiocre et minable dans une publication. Aucune analyse. C’est le cas de le dire, « quand on lui montre le ciel, l’imbécile regarde le doigt ». Tout ce que le journaliste a trouvé dire c’est que Dalio est trop en avance.

Je vous livre ci-dessous un extrait qui me paraît particulièrement intéressant de ce texte.

Je précise que je souscris à l’analyse logique et historique, mais que je m’arrête là, je n’endosse ni la prospective ni les conseils qui en découlent.

Ray Dalio.

Voici comment fonctionne le cycle crédit / dette à long terme.

La croissance du crédit est un stimulant qui :

a) fournit un pouvoir d’achat qui entraîne une augmentation des dépenses en actifs financiers, biens et services et à l’économie et

b) crée des titres de créance qui agissent comme un dépresseur lorsque vient le temps de rembourser.

Pour visualiser le fonctionnement du cycle, imaginez que l’économie est une personne et que les décideurs du gouvernement sont des médecins. Lorsque le pouls de l’économie plonge, les médecins courent pour y injecter une grosse dose de stimulation. Lorsque vous les voyez courir vers le patient et injecter la dose géante de stimulation, vous devriez acheter des actifs de reflation comme des actions, des obligations indexées sur l’inflation et de l’or, car la réponse à la stimulation provoquera initialement une augmentation du prix de ces actifs avant que la stimulation ne passe à l’économie et que le patient se mette à courir.

Cette injection d’argent et de crédit dans le système pousse les taux d’intérêt à la baisse par rapport à l’inflation et à la baisse par rapport au taux de croissance nominal de l’économie, ce qui pousse les prix des actifs financiers à la hausse.

Lorsque les taux d’intérêt sont inférieurs aux taux d’inflation et aux taux de croissance, cela réduit le fardeau du service de la dette par rapport aux revenus, ce qui facilite le service de la dette.

Outre que les baisses des taux d’intérêt réels et nominaux sont stimulantes, l’augmentation de l’offre de monnaie injectée dans le système fait monter les prix des actifs représentatifs d’investissement et peut provoquer des bulles sur les marchés financiers et ce , même lorsque les conditions économiques réelles sont encore faibles.

Une fois que les effets sur les marchés financiers se sont produits, l’économie (au début) et l’inflation (avec un décalage) commencent à se redresser. Lorsque tout cela se produit, il faut s’attendre à ce que les «médecins» commencent à réduire la taille des doses de stimulants, et si le patient devient un peu maniaque, on devrait s’attendre à ce qu’il administre des sédatifs (c’est-à-dire des politiques monétaires plus strictes. ).

Le problème de l’administration de ces stimulations sur des décennies est qu’elles laissent des effets résiduels malsains sous la forme de masses de dettes et de masses d’actifs croissants et importants. Note BB, c’est ce que j’appelle le capital fictif.

Au fur et à mesure que les encours augmentent, les risques augmentent également. Lorsque ceux-ci atteignent des niveaux dangereusement élevés, qui se produisent généralement sur 50 à 100 ans, cela pose des problèmes.

Dans ces grands cycles d’endettement, les dettes croissent plus vite que les revenus. C’est la «vague ascendante».

Naturellement, ceux qui ont prêté de l’argent veulent être payés avec plus de pouvoir d’achat que ce qu’ils ont donné lorsqu’ils ont acheté les obligations et ceux qui ont emprunté de l’argent supportent des fardeaux supplémentaires pour pouvoir effectuer ces paiements.

Les dettes sont comme des déchets nucléaires dont il est difficile de se débarrasser.

Finalement, ces dettes et actifs deviennent trop importants et trop lourds, ils doivent donc être réduits d’une manière ou d’une autre. Lorsque cette prise de conscience se produit brusquement, elle déclenche la dynamique d’action du marché décrite précédemment, à savoir la «course à la banque», à savoir l’impression de monnaie de la banque centrale, que j’appelle la «vague inverse».

C’est traumatisant pour ceux qui détiennent les actifs de la dette et traumatisant pour presque tout le monde, bien que cela finisse par réduire les ratios de la dette et du service de la dette par rapport aux revenus.

C’est également traumatisant pour les marchés financiers, pour le système , pour le capitalisme et les économies.

Au cours de cet effondrement du crédit / de la dette, les gens se rendent compte qu’ils n’ont pas autant de pouvoir d’achat qu’ils le pensaient et que les conditions financières et économiques se détériorent.

Il n’y a pas assez d’argent réel et de crédit, de sorte qu’il faut que les impôts soient beaucoup augmentés et les conflits sociaux et politiques se multiplient pour savoir qui va recevoir de l’argent, combien d’argent et qui va payer.

Pour les raisons expliquées précédemment, il me semble que nous sommes dans cette partie du cycle crédit / dette.

Imaginez ce qui se passerait si, pour une raison ou une autre, les détenteurs de ces actifs de créance voulaient les vendre. Il y a maintenant plus de 75 Trillions de dollars d’actifs de dette américaine de différentes échéances.

Les bons et billets du Trésor américain représentent 16 000 milliards de dollars et les titres du Trésor américain d’autres échéances représentent 5 000 milliards de dollars supplémentaires. Les détenteurs de ces actifs de dette qui les conserveront jusqu’à leur échéance subiront les rendements catastrophiques décrits précédemment ou vendront elur titres .

La plupart des détenteurs d’actifs de dette pensent pouvoir les vendre pour obtenir de l’argent et acheter des biens et des services avec. Après tout, le seul but de la détention d’actifs financiers est de pouvoir les convertir en achats de biens et de services.

Le problème est que, sur la base des évaluations actuelles, il y a beaucoup trop d’argent dans ces actifs financiers pour qu’il soit réaliste de s’attendre à ce que tout pourcentage significatif de cet argent obligataire puisse être transformé en espèces et échangé contre des biens et des services.

Si un montant important tentait d’opérer cette transformation , une dynamique de type «run on the bank» s’ensuivrait. Lorsqu’une telle dynamique – que j’appelle une «onde inversée» – se produit, il n’y a pas moyen de l’arrêter.

Pour y faire face il faut l’accommoder comme cela été fait dans la période 1930-45 et dans la période 1970-80 (et des centaines de périodes similaires à travers l’histoire) en imprimant beaucoup d’argent, en le dévaluant, et en restructurant beaucoup de dette et aussi les finances publiques. Il faudra aussi y ajouter de fortes augmentations d’impôts.

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L’histoire et la logique montrent que les banques centrales, lorsqu’elles sont confrontées à des situations de déséquilibre offre / demande qui obligeraient à augmenter les taux d’intérêt plus que ce qui est souhaitable, impriment de l’argent pour acheter des obligations, elles plafonnent les rendements obligataires et dévalorisent les liquidités.

Cela aboutit à ce que l’argent liquide soit terriblement déprécié et l’idéal est non pas d’en avoir, mais d’en emprunter

Grâce à leurs pouvoirs, les banques centrales peuvent, au moins temporairement, limiter les taux d’intérêt longs et maintenir les taux d’intérêt à court terme bas par rapport aux taux à long terme afin qu’il devienne rentable d’acheter des obligations avec des liquidités, liquidités que les banques centrales fournissent abondamment.

Par exemple, au cours de la période 1930-1945, la Fed a maintenu le rendement des obligations autour de 2,5% et le rendement des liquidités autour de 1%, ce qui a rendu rentable l’emprunt d’espèces et son utilisation pour acheter et détenir des obligations.

Si cela peut rendre rentable la détention d’obligations financées par des liquidités à des taux bas, dans de telles circonstances, , il est avantageux d’emprunter de l’argent et de l’investir dans des investissements à rendement plus élevé.

Au cours de la période 1930-1945, la Fed a été en mesure de maintenir les rendements très bas, en interdisant la détention de l’or et en interdisant les mouvements des capitaux .

Alors que tout ceci se prépare depuis un certain nombre d’années, il y a environ un an, le monde a été frappé par une pandémie (COVID-19): le pouls de l’économie a plongé et les «médecins» ont couru vers le patient et l’ont donné. une énorme injection de stimulation.

Pour mettre de l’argent entre les mains des gens à qui ils voulaient en donner, les «médecins», les décideurs politiques ont dû faire ce que j’appelle Monetary Policy 3 (MP3).

Le MP3 est la coordination de la politique budgétaire (dans laquelle le gouvernement central emprunte et dirige l’argent vers ceux qu’elle veut favoriser ) et de la politique monétaire (dans laquelle la banque centrale imprime de l’argent et achète la dette du gouvernement).

Cela vient classiquement lorsque les politiques plus traditionnelles telles que la baisse des taux d’intérêt (MP1) et l’impression de l’argent et l’achat d’actifs financiers (MP2) ne suffisent plus . Ou lorsque les autorités ne peuvent prendre l’argent à ceux qui en ont beaucoup pour le donner à ceux qui en ont le plus besoin.

Le dernier projet de loi de relance budgétaire adopté a créé beaucoup de financement et beaucoup de dettes, des dettes qui sont plusieurs fois ce qui est nécessaire pour couvrir le trou de financement . Les «médecins» ont couru vers le patient et lui ont donné une énorme injection de stimulation. En plus de fournir des fonds pour faire face aux conséquences économiques du COVID-19, ils ont fourni un revenu de base universel (UBI) géant, c’est-à-dire une redistribution géante financée par l’emprunt et la monétisation.

Je ne dis pas que les décideurs politiques auraient dû faire les choses différemment et je comprends certainement la nécessité d’une telle assistance, mais il faut souligner les implications d’une énorme dette et d’une colossale création de monnaie.

Je ne suis qu’un macro-investisseur mondial, un praticien qui se concentre sur les mécanismes et ses implications en essayant de garder une longueur d’avance sur la foule. J’explique simplement que beaucoup de dette publique a été créée , et que parce qu’il n’y en avait pas assez d’acheteurs pour cette dette sur le marché libre, les banques centrales ont dû l’acheter et ont dû imprimer beaucoup d’argent pour l’acheter. Ce faisant elles ont fait baisser les taux à des niveaux «artificiellement» bas, ce qui a «artificiellement» soutenu les prix des actifs financiers .

Ce mouvement était un mouvement classique.

Maintenant, il y a tellement d’argent injecté dans les marchés et l’économie que les marchés sont comme un casino avec des gens qui jouent avec de l’argent fictif, fantaisie . Ils achètent toutes sortes de choses et font baisser les rendements de tout.

Maintenant, vous avez des actions qui ont augmenté et vous avez une dynamique de bulle classique sur de nombreux actifs différents.

Les graphiques suivants présentent le tableau à plus long terme des déficits budgétaires du gouvernement américain (les déficits sont proches des niveaux de la Seconde Guerre mondiale), du déficit du compte courant des États-Unis et de la monétisation de la dette de la Réserve fédérale. Il montre également comment le soutien budgétaire américain se compare au reste du monde (beaucoup plus important). Alors que 2020 et 2021 ont été des années exceptionnelles qui ont conduit à des déficits exceptionnellement importants (comme les années de guerre), ces déficits sont susceptibles de rester importants… jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus le rester.

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Dans mon examen de l’histoire au cours de nombreux siècles et en de nombreux endroits, j’ai vu de nombreux cas analogues et, en les étudiant, j’ai vu comment ces choses fonctionnent, dont beaucoup sont couvertes dans mon étude «The Changing World Order».

Regard sur l’avenir et que faire


Parce que je crois que nous sommes à la dernière étape de ce cycle de la grande dette, je pense que l’argent liquide est et continuera d’être bon pour la poubelle et que donc il sera rentable

a) emprunter des liquidités plutôt que de les détenir en tant qu’actifs et

b) acheter des actifs de placement à rendement plus élevé.

Sur la base à la fois de la façon dont les choses ont fonctionné dans le passé et de ce qui se passe actuellement, je suis convaincu que les changements fiscaux joueront également un rôle important sur l’orientation des flux de capitaux vers différents actifs d’investissement et différents endroits, et que ces mouvements influenceront les marchés.

Si l’histoire et la logique peuvent être un guide, les décideurs politiques qui manquent d’argent augmenteront les impôts et n’apprécieront pas les mouvements de capitaux qui fuiront la dette pour allervers d’autres actifs. Ils pourront très bien imposer des interdictions contre les mouvements de capitaux vers d’autres actifs comme par exemple, l’or, Bitcoin, etc.

Ces modifications fiscales pourraient être plus choquantes que prévu. Par exemple, l’impôt sur la fortune proposé par Elizabeth Warren est d’une ampleur sans précédent qui, sur la base de mon étude des impôts sur la fortune dans d’autres pays à d’autres moments, conduira très probablement à davantage de sorties de capitaux pour éviter ces impôts.

Les États-Unis pourraient être perçus comme un endroit inhospitalier au capitalisme et aux capitalistes. Bien qu’il soit peu probable que ce projet de loi spécifique sur l’impôt sur la fortune soit adopté cette année, les chances qu’un projet de loi sur l’impôt sur la fortune soit adopté au cours des prochaines années sont considérables.

Pour ces raisons, je pense qu’un portefeuille bien diversifié d’actifs « non-dette et non-dollar » ainsi qu’une position de trésorerie courte est préférable à un mix actions / obligations traditionnel fortement pondéré en dollars américains.

Je pense également que les actifs des pays développés à monnaie de réserve matures sous-performeront les marchés des pays émergents d’Asie (y compris la Chine). Je pense également qu’il faut être conscient des changements fiscaux et de la possibilité de contrôles des mouvements de capitaux.

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