Une hausse des taux dérisoire peut créer un risque colossal …

Les taux montent.

Dans une perspective historique la hausse est quasi dérisoire.

Elle n’aurait pas d’effet sur les économies réelles si nous étions dans une situation normale.

Cependant cette hausse des taux effraie/terrorise les spécialistes.

Elle effraie non pas en elle même, mais parce que pendant plus de 10 ans on a stocké du risque dans la masse des actifs financiers, parce que ce risque n’a pas été apprécie à son prix et que la hausse des taux, fut-elle dérisoire peut révéler le pot aux roses.

Comment une légère hausse des rendements obligataires peut-elle autant effrayer les décideurs?

Ned Davis Research estime qu’un rendement de 2% de l’obligation américaine à 10 ans pourrait conduire le Nasdaq à baisser de 20%, et avec lui l’ensemble du marché boursier mondial. Comment un rendement de 2% peut-il provoquer une telle perturbation? Comment en sommes-nous arrivés à une telle situation?

Les banques centrales ont artificiellement déprimé les rendements des obligations souveraines en pratiquant des Quantitative Easing pendant des années. Désormais, une légère hausse des rendements peut provoquer un effondrement massif du marché financier.

L’assouplissement quantitatif a été conçu comme un outil pour fournir des liquidités à un marché paralysé par le risque.

Les banques centrales baissent les taux et achèteraient ces actifs de haute qualité et à faible risque auprès des banques, permettant ainsi aux entités financières de prêter davantage aux entreprises et aux ménages. Une fois les conditions financières améliorées, les banques centrales sont censées réduire la taille de leur bilan et normaliser leur politique. 

Cela ne s’est pas produit.

Les banques centrales ont commencé à acheter des obligations souveraines à des valorisations très basses et ont continué à les acheter lorsqu’elles sont passées de sous-évaluées à massivement surévaluées, quel que soit l’état de l’économie. Elles ont maintenu leurs achats même en période de croissance.

Cela a conduit la Banque centrale européenne à acheter des obligations souveraines même lorsque les gouvernements jouissaient de rendements réels et nominaux négatifs sur leurs émissions. 

Les rendements obligataires sont devenus si bas que l’écart entre les prix des obligations et la réalité du risque et de la solvabilité de l’émetteur s’est élargi à des niveaux extrêmes.

 Les obligations souveraines d’Europe du Sud «se négocient» à des prix historiquement élevés et à des rendements historiquement bas malgré l’aggravation des déficits et des conditions économiques plus douteuses.

La Réserve fédérale américaine a fait de même. Tout au long des périodes de croissance, Yellen et Powell ont continué avec des achats d’actifs agressifs et des taux bas, portant le rendement des obligations souveraines à 10 ans à un niveau anormal pour une économie en croissance ou en reprise.

Que se passe-t-il lorsque la banque centrale rend l’actif de la plus haute qualité et le moins risqué extrêmement cher? il se passe une chose logique: les épargnants prennent de plus en plus de risques pour obtenir du rendements sur des autres actifs; la perception du risque est obscurcie, ce qui pousse les investisseurs à prendre trop de risques sur les actions et sur les obligations. La banque centrale en effet manipule le signal de risque le plus important: les taux.

Les taux d’intérêt sont le prix du risque. Des taux éternellement et artificiellement déprimés créent des bulles et plantent les racines de la prochaine crise.

Les banques centrales nous disent que les taux sont bas parce que le marché les exige. Cependant, elles ne permettent pas aux taux de flotter librement et lorsque les rendements obligataires augmenteront avec un léger rebond des anticipations d’inflation, les banques centrales intensifieront immédiatement les achats et mettront en place des politiques de gestion de la courbe des taux, ce qui montre qu’une telle excuse est tout simplement fausse. Les taux ne sont pas bas parce que le marché l’exigent, ils sont bas parce que les banques centrales les maintiennent bas pour financer les gouvernements surendettés .

Pensez-y une seconde. Une légère augmentation des rendements obligataires américains à 10 ans à 2%, une décision plus que logique compte tenu des anticipations d’inflation et de la reprise de l’économie, peut provoquer une crise financière non pas à cause de cette hausse modeste, mais à cause du niveau de risque massif quia été construit dans l’économie par la dépression artificielle antérieure de ces rendements.

Un petit rebond des rendements suffirait à faire s’effondrer l’énorme château de cartes du risque intégré à l’économie pendant la periode ou les taux ont été manipulés à tout prix à la baisse.

Ce que les économistes traditionnels appellent une «crise de taux» – les taux montent, les marchés baissent alors que les investisseurs dénouent les paris sur le risque – est en réalité une «gueule de bois des taux» :on se réveille après une période trop longue de consommation excessive de taux bas. 

Le pire est que les taux sont si anormalement bas et les paris risqués si élevés que même un ensemble de messages accommodants des banques centrales ne pourra empêcher une correction.

Pourquoi? Parce qu’un rendement de 2% de l’obligation américaine à 10 ans générerait une sortie massive de capitaux des marchés émergents, conduisant leurs rendements obligataires à des niveaux insoutenables; ces dernières années, les économies des émergents ont été habituées à croire que des déficits jumeaux et des déséquilibres massifs sont la solution. .

Les sorties massives de capitaux ne se produirait pas uniquement sur les marchés émergents. Les actifs les plus risqués, les obligations à haut rendement et les actions cycliques, ainsi que les secteurs qui ont le plus bénéficié de taux bas et de liquidités élevées, la technologie, souffriraient tous ensemble. 

Cette réaction rendrait impossible de se protéger d’une correction brusque du marché car les corrélations construites au cours des dix dernières années sont tout simplement trop étroites. Baisse des actions technologiques;  baisse des actions dites «valeur»/value également.

Ce qui m’inquiète le plus, c’est le message de la plupart des commentaires consensuels: ils demandent que les banques centrales accélèrent la répression financière pour éviter un effondrement du marché. Au lieu de prêter attention aux risques créés au cours de la dernière décennie en raison de taux anormaux et de valorisations obligataires, au lieu de sonner l’alarme sur les nombreuses bulles que nous pouvons voir sur les marchés, la plupart des commentateurs demandent aux banques centrales de gonfler encore davantage la bulle du prix des actifs financiers.

Cependant, cette fois, cela peut ne pas fonctionner. Pourquoi? Parce que cette fois, l’inflation est en réalité à la hausse, et les taux augmentent malgré les politiques accommodantes de la banque centrale et la répression financière. 

Vous vouliez de l’inflation, vous l’avez. Quel est le problème d’un rebond de l’inflation si l’économie se redresse fortement? Le problème est que, pendant des années, on a dit aux investisseurs de prendre des risques massifs et croissants en pariant sur une chose et son contraire: que l’économie va croître et que l’inflation se redresse, mais que les banques centrales maintiendront des taux bas et une liquidité élevée malgré tout.

Les investisseurs ont parié sur l’impossible; d’u coté la reprise de la croissance et de l’inflation et de l’autre le maintien de taux ultra bas et des liquidités surabondantes.

Une économie peut fonctionner sans crise grave pendant de nombreuses années avec un rendement obligataire américain à 10 ans de 2% à 10 ans.

les problèmes viennent lorsque des marchés ont fondé leurs évaluations sur des politiques inflationnistes ne générant pas d’inflation.

Le risque de crise financière ne vient pas de la hausse des rendements obligataires. 

Le risque de crise financière a été créé bien avant, quand on a abaissé les rendements obligataires à des niveaux irréalistes et injustifiables en premier lieu.

Cet article est une traduction/ interprétation d’un article de base de Daniel Lacalle

 Daniel Lacalle

Daniel Lacalle

Daniel Lacalle est titulaire d’un doctorat en économie et est l’auteur de Escape from the Central Bank Trap, Life in the Financial Markets et The Energy World Is Flat.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s