Editorial: La bourse en a marre de faire le détour de la production, c’est trop long, trop risqué elle préfère faire le détour dans l’Imaginaire … des anticipations.

Investir ce n’est pas acheter en Bourse. L’investissement boursier, c’est un abus de langage, une mystification.

Acheter un morceau de papier qui est la contremarque soit d’une action d’entreprise soit d’une dette d’entreprise, ce n’est pas investir. C’est simplement acheter un morceau de papier à quelqu’un d ‘autre sur un marché et lui donner du cash. Phénoménologiquement, c’est cela.

C’est un abus de langage, un de ces abus de langage familier du système pour cacher ce qu’il est.

La bourse n’a qu’un rapport de plus en plus lointain avec l’investissement et j’irais jusqu’à dire qu’elle est devenue un concurrent pervers de l’investissement, ne serait ce que par le jeu scandaleux, mais logique, des buy-backs. Les buy-backs sont de l’anti investissement puisqu’ils consistent, pour une firme, à racheter son capital plutôt qu’employer ses fonds ou son crédit pour s’équiper et se développer. Les buy-backs sont la pratique qui permet aux firmes de s’opposer à la baisse de profitabilité du capital en le raréfiant, les buy- backs sont le produit de la tendance à la baisse de la profitabilité du capital et ils sont une forme de grève du capital pour empêcher la chute du taux de profit.

On reconnait là la dialectique qui fait basculer la Bourse; d’institution dont la fonction est de financer les investissements , elle s’est inversée et est devenue l’institutions qui réalise la grève du capital c’est à dire le malthusianisme de l’investissement.

La bourse s’est vidée de son contenu et de sa fonction objective ; au lieu de mettre à disposition du capital risque pour financer les investissements productifs, elle est devenue une alchimie qui permet de créer du capital fictif par la rencontre :

1) d’une théorie idiote de la valeur

2) d’un excèdent de monnaie en quête d’emploi

3) d’organes financiers dédiés et équipés pour la spéculation

Le capitalisme inversé, en est arrivé au point ou, par le bais du jeu des IPO, du Private Equity, du Capital-risque, il fabrique les fonds propres .. à crédit et même avec du crédit au jour le jour . Cela c’est de la belle alchimie!

Finalement la Bourse est devenue pire que le Casino, dont parle Keynes, elle est l’Ogre qui demande sans cesse plus d’aliment, l’ogre qui dévore et menace de s’effondrer et de réaliser le fameux risque systémique dont toutes les élites ont peur.

La bourse, d’intermédiaire, d’interface avec l’économie productive n’est plus qu’un système de loterie qui désigne les gagnants sur les écarts de cours/prix. La bourse est une colossale dérivée de dérivée devenue folle au point de nier sa fonction d’allocation intelligente du capital-monnaie vers les emplois les plus efficaces et de pratiquer l’antisélection de « l’investissement passif »? La bourse en a marre de faire le détour de la production, c’est trop long, trop risqué elle préfère faire le détour dans l’Imaginaire … des anticipations.

Un prix Nobel l’a explicité et démontré il y a quelques années, désolé j’ai oublié son nom; ce prix Nobel n’est pas rentré dans l’histoire, on n’en a plus jamais entendu parler! Passé à la trappe, il avait dit des choses désagréables. Ce prix Nobel avait osé dire que l’argent suivait la plus grande pente du profit facile et qu’à ce titre dans un environnement de faible profitabilité et de risques déflationnistes élevés, il était bien plus rentable d’acheter du papier en bourse et de spéculer que de financer des équipements productifs.

Financer des équipements productifs, c’est risqué, c’est long , c’est presque sale, on a les mains dans le cambouis tandis que faire de la bourse c’est propre, on jouit vite et on peut sortir encore plus vite . Avec l’équipement productif on se coltine le réel, le sang et la sueur, les prolos, avec la Bourse on manipule des signes, des abstractions, des modèles , on combine, et on encaisse.

Tout cela, toute cette perversité est rationnelle! Eh oui!

Si vous avez une tendance irrésistible à la baisse de la profitabilité du capital , si vous avez non pas un excès d’épargne comme le disent les zozos des banques centrales mais un excès de crédit gratuit tombé du ciel et de création de monnaie , alors le surplus de monnaie et de crédit va sur la bourse, crée une rareté, fait monter les titres, crée une performance et une machine infernale de Ponzi se met en marche, l’argent afflue sans arrêt car les performances passées sont comme la Lorelei au milieu de la rivière, elles attirent.

Pourquoi le système devient financier et pervers, il est plus rentable d’employer l’exces de crédit et de capital-monnaie sur le marché financier que dans la production.

C’est un comble que de lire cet article du FT dont je vous livre le résumé sous forme de Tweet!

Le FT déplore ce que je viens de vous expliquer, cette fameuse inversion qui met la Bourse au centre du système et qui ainsi met l’économie productive sous la domination financière, c’est un comble parce qu’ c’est précisément le fond du capitalisme anglo-saxon. Le FT se plaint de ce dont il est le défenseur et le propagateur.

Le capitalisme anglo-saxon n’est pas un capitalisme productif, rhénan, à l’allemande , non c’est un capitalisme d ‘écart, d’arbitrage; il joue et se nourrit sur les écarts de prix et de valeur. Le capitalisme anglo-saxon est, dirai-je un capitalisme de dénivellation. C’ est son essence d’être parasite si on veut être sévère.

Mais il est évident que ce capitalisme bute sur ses limites et le FT avec son chef Keynésien, Martin Wolf en tête, l’a compris . C’est ce qui explique les appels répétés du journal en faveur d’un retour à l’investissement, le hard, celui qui produit des richesses et non pas de la valeur boursière.

L’issue de la situation d ‘impasse actuelle passe par, entre autres et par commencer :

l’arrêt de la machine à produire des dettes fiscalement subventionnées et de l’argent gratuit

la destruction contrôlée civilisée du capital fictif, son euthanasie

la confiscation partielle des très grandes fortunes-papier qui ont été produites par la dérive financière

l’investissement productif réel concret, celui qui produit des vraies richesses sociales

des mecanismes sociaux et politiques qui assurent le fonctionnement d’un coté d’une économie des besoins et de l’autre d’une économie du désir et du profit.

Une réflexion sur “Editorial: La bourse en a marre de faire le détour de la production, c’est trop long, trop risqué elle préfère faire le détour dans l’Imaginaire … des anticipations.

  1. Des détenteurs d’actions qui ont un besoin impératif de croissanee…
    …et des détenteurs d’obligations qui craignent par dessus tout la croissance, ça donne quoi au final ??

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