Un jour, le moteur de l’économie manquera de carburant.

19 avril 2021

La figure ci-dessous montre la relation historique entre la croissance de  la consommation d’énergie aux États-Unis  (ligne rouge) et  l’augmentation en dollars de la croissance de la dette américaine nécessaire pour produire une augmentation du PIB en dollars  (ligne bleue). 

Intuitivement on pourrait croire que le carburant du moteur économique, c’est l’énergie, le pétrole etc.

On se tromperait car le vrai carburant c’est … la production de dettes. Ou plus exactement c’est la progression de la production de dettes, il en faut toujours plus. On a d’ailleurs inventé la notion de « credit impulse ».

Ce graphique calcule les ratios par périodes de cinq ans, car les ratios pour les années individuelles sont instables.

Comparaison du % de croissance qu’il faut pour obtenir & dollar de plus de GDP, en rouge l’énergie, en bleu la dette.

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est Comparison-of-pct-increase-in-US-energy-consumption-with-required-debt-to-add-1-GDP.png
Comparaison de la croissance moyenne sur cinq ans de la consommation d’énergie aux États-Unis sur la base des données de l’EIE avec le montant moyen de la dette supplémentaire sur cinq ans nécessaire pour ajouter 1 dollar au PIB.

Sur la base de la figure ci dessus , la croissance annuelle moyenne de la consommation d’énergie aux États-Unis (ligne rouge) a généralement diminué entre 1951 et 2020.

La quantité de dette qui a du être ajoutée pour créer un dollar supplémentaire de PIB (ligne bleue) a généralement augmenté. Elle a accéléré au debut des années 80 pour s’emballer en fin de période.
 

Cela se comprend aisément: si les entreprises ou les gouvernements peuvent trouver un moyen d’accorder des crédits importants à des emprunteurs qui ne sont pas très solvables, il devient facile de vendre des voitures, des motos ou des maisons à des acheteurs qui autrement pourraient ne jamais rembourser cette dette. 

Si l’économie se heurte à des turbulences, ces acheteurs marginaux risquent de faire défaut, provoquant un effondrement d’une bulle de la dette. La bulle de la dette est en quelque sorte le prix à payer pour produire la petite bulle qui se produit dans le GDP.

Le dette étant détenue par les créanciers qui sont le symétrique des débiteurs, plus on crée de dette plus on crée de Capital; ce qui peut se formuler de la façon suivante: le coût pour produire un dollar de GDP en création de Capital fictif- créance- s’envole au cours de la période.

Pour maintenir une petite croissance, le système est obligé d’augmenter sans cesse les inégalités, et de renforcer la contrainte de production d’un surproduit c’est dire de profit.

Résumons:


-la croissance spontanée du système ralentit sans arrêt

-pour maintenir et doper cette croissance il faut créer de plus en plus de dette car le rendement en terme de croissance obtenue est de plus en plus faible

-le symétrique de la dette étant le capital fictif qui se trouve dans le système cela signifie que le maintien d’une petite croissance produit de plus en plus d’inégalités et de nécessité de réaliser un profit; il faut en effet servir les intérêts et rembourser les dettes

-la contrainte accrue de servir les dettes oblige à générer un surproduit croissant et donc à peser sans cesse sur la rémuneration des salariés ce qui est déflationniste et crée une tendance longue à la surproduction, que l’on appelle « deficit de la demande ».

-la contrainte de profit alourdit le poids du boulet qui est aux pieds des économies donc elles ont encore plus tendance à ralentir donc à avoir besoin de nouvelles dettes.

Les moteurs de nos systèmes économiques consomment de moins en moins d’énergie comme carburant mais ils consomment de plus en plus de dettes !

Des gestionnaires sérieux et leurs conseillers économistes auraient normalement du créer un ratio extrêmement important: le ratio du coût en terme de dette pour obtenir un point de croissance.

Et ils auraient suivi ce ratio de très près considérant d’abord qu’il était central pour la politique monétaire, ensuite central pour la stabilité du système et enfin central sous l’aspect de la création d’inégalités sociales.
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Ci dessus nombre de dollars de dette supplémentaire requis pour ajouter 1 dollar de croissance du PIB non corrigé de la hausse des prix (donc y compris l’inflation), d’après les données du Bureau of Economic Analysis des États-Unis.

La figure ci-dessus est inquiétante. 

Elle suggère que l’économie américaine et probablement toutes les autres économies pnt dû ajouter un montant croissant de dette pour ajouter 1 $ de PIB ces dernières années.

Ce schéma a commencé au milieu des années 70 et n’a guère retenu l’attention des économistes main-stream, car ils considèrent que la dette et la monnaie sont neutres dans le système.

Pour aggraver les choses, la croissance du PIB de la figure ci dessus n’a pas été réduite pour neutraliser l’impact de l’inflation.  En moyenne, la suppression de l’impact de l’inflation réduit la croissance du PIB ci-dessus d’environ moitié. 

Entre 2015 et 2020, il a fallu environ 4,35 dollars de dette supplémentaire pour ajouter un dollar de croissance du PIB, inflation comprise.
 
Il faudrait environ le double de ce montant, soit 8,70 $ de dette, pour créer une croissance corrigée de l’inflation de 1,00 $. 

Avec un rendement aussi faible de la dette supplémentaire, il semble peu probable que les plans de relance en cours, y compris celui de 1,9 Trillion de dollars augmente considérablement la croissance de l’économie.

Mais il y a encore plus inquiétant car on arrive aux limites des processus qui ont été utilisés pour produire de la dette et maintenir une petite croissance.

La crise sanitaire et son impact negatif sont intervenus a un moment terrible ou les taux d’intérêt dans le monde étaient deja quasi nuls ou négatifs! On vient se cogner sur la zero bound, la frontière du zéro!

La baisse des taux d ‘intérêt ci dessous est une partie importante de ce qui a permis la croissance rapide de la dette après 1981

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Taux du Trésor américain à 10 ans et à 3 mois jusqu’en février 2021, graphique préparé par la Réserve fédérale de Saint-Louis.

De toute évidence, la dette est plus abordable si le taux d’intérêt est plus bas. La baisse continue des taux a été en quelque sorte le moteur de la création de nouvelles dettes :

-le service de la dette a été de moins en moins lourd ce qui permis de s’endetter plus

-la baisse des taux valorise mecaniquement les créances anciennes et procure un bénéfice , un enrichissement à ceux qui les detiennent, elle augmente la tolérance face aux risques, ce qui estnécessaire car ils sont croissants.

-la baisse des taux fait ressortir des plus values dans le système bancaire, shadow bancaire qui masquent l’insuffisance des fonds propres pour supporter les risques et permettent d’absorber les pertes quand il y en a

Par exemple, les prêts automobiles et les hypothèques résidentielles ont des mensualités moins élevées si le taux d’intérêt est plus bas. 

Il est également clair que les gouvernements doivent consacrer une moindre part de leurs recettes fiscales au paiement des taux d’intérêt si les taux d’intérêt sont plus bas. 


Les taux d’intérêt actuels sont à peu près aussi bas que possible sans devenir négatifs. Certains sont déja négatifs.  

Les prochains mois seront décisifs pour apprécier le potentiel de reprise aux niveaux actuels des dettes et des taux . J’ai le sentiment qu’il ne sera pas suffisant et que ceux qui comme Snider, Rosenberg ou Edwards croient à la nécessité de nouvelles baisses des taux aient raison.

 

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