Acheter en bourse ce n’est pas investir pour l’avenir, c’est jouer les gogos qui paient pour les erreurs commises dans le passé par les autres.

Ma chère lectrice, mon cher lecteur,
 
Il y a 2 fois plus de boursicoteurs en France qu’avant la crise.
 
Et la tendance ne faiblit pas : Rien qu’au premier trimestre 70 000 nouveaux investisseurs boursiers ont fait leur apparition en France.
 
C’est ce que nous apprend l’AMF dans son Tableau de bord des investisseurs particuliers. [1]
 
Regardez la vidéo que je viens d’enregistrer sur ce sujet, partagez-là ainsi que cet article qui la complète.
 
Il en va non seulement de notre épargne individuelle mais de cette richesse collective de nos patrimoines en train d’être détournée et retournée contre nous. 
 
Oh, selon Robert Ophèle, président de l’AMF, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. C’est au contraire une excellente nouvelle :
 
« Nous ne pouvons que nous réjouir de cette évolution qui permet de créer un lien plus direct entre les Français et le développement de nos entreprises, ainsi que de mobiliser nos forces vives pour contribuer au renforcement de leurs fonds propres.
N’est-ce pas merveilleux, mon cher lecteur ?
 
Enfin les Français retrouvent un lien avec leurs entreprises, enfin ils se mettent en rang derrière leurs champions pour partir à l’assaut de la reconstruction écologique et sociale en France en Europe et dans le monde, enfin, ils vont pouvoir recueillir les fruits d’un grand cycle haussier qui commence par la fin de ce foutu Covid.
 
Enfin…
 
Faut-il avoir la mémoire courte.
 
Le régulateur ne régule rien du tout
Le même Robert Ophèle s’inquiétait fin 2019, en tant que membre du Haut Conseil de Stabilité Financière :
 
Les risques pour la stabilité financière tendent plutôt à s’accentuer à partir d’un niveau déjà élevé. C’est en particulier le cas des risques liés à l’endettement du secteur privé non financier et des risques associés à la pression que l’environnement actuel de taux d’intérêt durablement bas exerce sur la profitabilité des institutions financières et leur gestion actif-passif. [2]
 
Tout au long de l’année 2019, le HCSF s’était inquiété de la progression des risques liés à l’endettement de nos entreprises, en mars, en juin, en septembre. Et il y avait de quoi être inquiet car la France avait déjà les sociétés parmi les plus endettées au monde (derrière Hong-Kong, le Japon et le Luxembourg). [3]
 
Et que s’est-il passé depuis ?
 
Les entreprises françaises ont fait littéralement exploser leur dette de plus de 17 % en 2020. [4]
 
Bruno Le Maire n’a pas encore fini d’émettre des prêts garantis qu’il admet déjà qu’ils ne pourront pas être remboursés. [5]
 
Les investisseurs particuliers qui entrent en Bourse aujourd’hui paient au prix fort des investissements dans des sociétés surendettées qui menacent dans leur ensemble la solvabilité du système tout entier.
 
Et M. Ophèle de s’en réjouir : les banques sont à bout de souffle, elles ne peuvent plus depuis longtemps porter le fardeau des risques de crédits et ne sont jamais sorties des services de réanimation de la BCE.
 
 
Il ne s’agit pas d’investir pour l’avenir mais de payer pour les erreurs passées… À la place de ceux qui les ont commises
 
L’État a déjà mis la main la main à la poche massivement avec ses prêts garantis… C’est votre tour mon cher lecteur de rendre le système solvable en apportant vos fraîches liquidités.
 
Oh, nos entreprises ne sont pas en meilleure posture, elles sont encore plus endettées avec des perspectives de croissances nulles : le XXIe siècle N’est PAS un siècle de croissance. C’est tout, c’est comme ça. Pour faire de la croissance il faut augmenter nos productions d’énergie et nos populations, nous n’avons structurellement ni l’un, ni l’autre.
 
Aussi, investir en Bourse aujourd’hui n’est nullement une manière d’investir dans l’avenir mais de sauver le passé : Sauver les investisseurs passés, les sauver de leurs erreurs, les sauver de leurs faillites, payer pour eux en ingurgitant humblement leurs impératifs moraux en carton recyclé.
 
C’est une manière comme une autre de laisser les profits aux uns et les pertes aux autres.
 
Il n’en sort jamais rien de bon.
 
La responsabilité, qu’elle soit sociale, écologique, fiscale, financière ou juridique, mon cher lecteur, est à géométrie variable : les grands actionnaires font les fautes et les petits paient aux côtés des banques centrales qui engagent nos épargnes et l’État nos impôts… C’est-à-dire nous à chaque fois.
 
Vos actions ne sont des « titres de propriété » que sur le papier
Sans doute certains me répondront-ils qu’au moins en investissant en Bourse, ils investissent dans le réel, dans des entreprises, des usines, des bureaux, des services, qu’ils achètent des « titres de propriété » qui vaudront toujours quelque chose lorsque les monnaies se seront effondrées.
 
Rien n’est moins sûr.
 
Allez donc demander aux ex-actionnaires d’Altice ce qu’ils pensent de leurs « titres de propriétés »… Envolés.
 
Allez donc demander aux actionnaires de Technip s’ils approuvaient la fusion forcée avec FMC et la chute de 80 % de leurs titres.
 
Allez donc demander aux actionnaires de Danone s’ils trouvent normal que deux petits fonds activistes américains servant de faux nez aux grands fonds américains de référence aient viré manu militari Emmanuel Faber.
 
Allez donc demander aux actionnaires d’EDF s’ils se satisfont de son démantèlement de la mainmise allemande sur notre patrimoine nucléaire ?
 
En tant qu’investisseur particulier, vous n’êtes jamais que les suppôts d’un investisseur de référence qui a la propriété et le pouvoir effectifs.
 
Allégeance à votre bourreau
En tant normal, ce n’est pas grave, si les actionnaires de références sont mauvais, vous n’avez qu’à changer de groupe vendre votre action pour en acheter une autre et venir renforcer une société avec actionnaire de référence plus compétent.
 
Mais la concentration du capital dans un nombre de plus en plus restreint de mains réduit vos marges de manœuvre à la portion congrue.
 
Au moment où j’écris ces lignes les actifs sous gestion de BlackRock viennent de dépasser les 9 000 milliards de dollars. Ajoutez les 17 000 milliards de Vanguard, StateSteet, Fidelity et Capital Group et vous avez là de quoi contrôler à peu près tous les grands groupes du monde occidental.
 
Nous sommes en retard en France où nous avons mieux résisté qu’ailleurs aux attaques des géants américains de la gestion d’actifs mais nous rattrapons notre retard depuis 2017 et Danone est bon exemple de ce qui nous attend.
 
Derrière la « concurrence sauvage » du néolibéralisme se cache un monopole capitaliste monstrueux : Peu importe le nombre de groupes et de sociétés, ce qui compte, c’est le nombre de mains qui les contrôlent.
 
Investir en Bourse aujourd’hui, ce n’est pas simplement payer beaucoup trop cher des actifs de qualité médiocre, ce n’est pas seulement la certitude de perdre à long terme, c’est prêter allégeance à un capitalisme de connivence, rapace et destructeur.
 
C’est vous vous rendre complice de ceux-là mêmes qui détournent la richesse publique, économique et sociale pour leur profit personnel : C’est immoral.
 
À votre bonne fortune,
 
Guy de La Fortelle
 
PS : Quelqu’un m’a écrit récemment, que je pouvais bien avoir raison, cela ne changeait rien car il n’y avait pas d’alternative et qu’il valait mieux des actions que de l’argent dormant sur des comptes en Banques en faillite potentielle.

Je passe mon temps à étudier les moyens pour un investisseurs particulier de piloter son épargne en tout temps et la réalité est que c’est tout l’inverse… Pour peu que l’on prenne le temps d’élargir un peu son horizon d’investissement en dehors des banques.
 
 
 
Sources :
[1] https://www.amf-france.org/fr/actualites-publications/communiques/communiques-de-lamf/particuliers-en-bourse-le-regain-dinteret-se-confirme-au-premier-trimestre-2021
 
[2] https://www.economie.gouv.fr/files/files/directions_services/hcsf/HCSF20191212_Communique_de_presse.pdf
 
[3] https://stats.bis.org/statx/srs/table/f1.1
 
[4] https://www.statista.com/chart/24023/corporate-debt-level-by-country/
 
[5] https://www.bfmtv.com/economie/entreprises-endettees-bruno-le-maire-veut-des-solutions-sur-mesure-pour-eviter-les-faillites_AV-202104140129.html
 
[6] https://www.lerevenu.com/bourse/valeurs-en-vue/altice-europe-quittera-la-bourse-le-26-janvier
 
     
 

Une réflexion sur “Acheter en bourse ce n’est pas investir pour l’avenir, c’est jouer les gogos qui paient pour les erreurs commises dans le passé par les autres.

  1. je note l’argument « Pour faire de la croissance il faut augmenter nos productions d’énergie et nos populations ». La thèse portée par JM Jancovici ou Timothy Mitchell commence à prendre racine : l’énergie et les ressources naturelles sont des entrants au système économique qui sont essentiels (et dont la rareté va peser de plus en plus sur notre économie).
    Qu’en pense M. Bertez ?

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