Editorial. Un texte fondamental, mais hélas, j’en conviens pas facile. Essayez quand même.

Lisez la chaine de tweets ci dessous. Elle m’ a servi de point de départ pour cet éditorial l qui est l’un de textes les plus importants et originaux que j’ai écrit.

Elle est fondamentale mais hélas elle est difficile à assimiler malgré la simplicité que je donne à sa formulation.

La question posée est celle de ce que coûte le capital; de ce qu’il exige pour s’investir et de ce qu’il exige pour rester investi, sans fuir ou à l’étranger ou dans les jeux de loterie boursière.

Tout ceci tourne autour du concept que je développe depuis des decennies sur la grève du Capital: le capital refuse de s’investir productivement, de s’equiper, d’embaucher et de distribuer des revenus aux salariés parce qu’il considère que sa rémunération n’est pas suffisante. Il fait grève comme le font les salariés. C’est le Mur de l’argent, le Mur des détenteurs de stocks de monnaie.

Nous sommes au coeur du problème de la crise du capitalisme qui couve depuis le milieu des années 60, qui s’est aggravée au début des années 70 et qui a éclaté sous sa forme aigue en 2007 ou 2008.

La crise est une crise de la mise en valeur du capital c’est à dire de sa misen valeur par le profit et par la plus value , le mot important est le mot « et ».

Le Capital veut sa rentbilité mais en plus il veut sa plus value , comme par exemple l’hotelier qui sait qu’il gagne peu en rentabilité annuelle mais qui sait que quand il va revendre son hotel il va enregistrer une plus value importante qui va completer sa rentabilité annuelle.

Le capital moderne n’exige pas seulement son profit, il exige pour s’investir de se valoriser c’est à dire de valoir plus cher à la revente. Il exige non seulement la rentabilité interne de son investissement mais la plus value systémique que la banque centrale a rendu récurrente par sa politique monétaire , laquelle alimente ce que l’on appelle le Ponzi.

Le capital veut la rentabilité interne+ la rentabilité externe.

Comme la rentabilité externe, comme la performance externe ne cessent de monter il devient de plus en plus gourmantd c’est à dire de plus en plus exigeant.

Ce qui signifie que le vrai cout du capital augmente . Autrement dit ce qui devient le plus important ce n’est pas la valeur d’usage du capital -sa rentabilité-, ce qui devient plus important c’est sa valeur d’échange, c’est le fait que son son prix monte sans arret.

C’est la modernité à savoir que peu à peu l’usage devient moins important mais que l’échange lui devient primordial.

C’est bien sur grave et dramatique.

C’est l’histoire de ce lot de pantalons en solde qui circule avec à chaque revente une plus value jusqu’a ce que l’un des acheteurs à la fin ouvre les cartons et constate que ces pantalons n’ont qu’une seule jambe. Il s’en étonne auprès de son vendeur celui ci lui répond: « idiot ce n’est pas pour porter c’est pour revendre » !

Réflechissez et vous apprécierez la richesse incroyable de cette histoire.

C’est disons-nous une dérive de la modernité.

Par le developpement des marchés financiers et de l’alchimie de la Bourse la modernité fait que non seulement le Capital exige son profit mais en plus il exige de se valoriser, de gagner une plus value.

Et cette exigence de (profit+ plus value) ne fait que croitre au fur et à mesure que les bourses grimpent car ce sonte elles qui fixent la norme de la performance à attendre.

N’oubliez jamais que le Capital se fait une concurrence acharnée à mort pour obtenir le profit maximum. Et comme le dit Prince, tant que la musique joue, le capital doit danser.

Ce sont les bourses qui disent au détenteur de capital vous devez exiger 10% de rentabilité sous forme de profit + 10% de rentabilité sous forme de valorisation de votre capital. Le capital à notre époque se met en valeur en fonction de benchmarks.

Et c’est ce qui fait monter son exigence , c’est dire son coût.

La hausse de la bourse fait concurrence à l’investissement physique productif car elle offre non seulement la rentabilité capitalistique mais la rentabilité Ponzi, celle qui vient, en surcroit, grace à la chaine du bonheur mise en place par les banques centrales. L’ enrichissement de Bernard Arnault c’est non seulement la forte rentabilité des produits de luxe, mais la plus value recurrente dont il benéficie de la part des banques centrales qui alimentent le Ponzi, lequel Ponzi est obligé d’acheter des vehicules boursiers rares comme LVMH pour rester dans la course.

Ce sont les banques centrales qui alimentent la chaine du bonheur par la baisse des taux, par les QE, par les assurances et surtout par les promesses que tout cela va durer longtemps. Ce sont les banques centrales qui, croyant faire baisser le coût et les exigences du capital , ont mis en place un dispositif qui aboutit à l’inverse: la hausse du coût du capital.

Dire que le cout du capital baisse quand les taux sont bas comme le dit Macron montre que cet homme est un ignare et qu’il parle de choses qu’il ne maitrise pas. Au passage je dois remercier mes professeurs d’HEC qui m’ont permis d’élaborer cette analyse: Rosensthiel, Worms et Mothes.

Résumé:

Quand les taux baissent, la bourse monte, le capital fait une performance qui sert de norme , d’objectif aux exigences du Capital.

Le capital exige du 20% sur ses investissements productifs parce que dit-il à juste titre, il peut faire du 20% en achetant du papier en Bourse au lieu de prendre un risque d’exploitation.

C’est tout ceci qui explque la rationalité des buy backs, du private equity et de l’ingenierie en général.

Les sociétés et les grandes banques comme Goldman, elles , elles ont compris la vraie notion de cout du capital ce qu’un Macron, prétentieux hélas, ne comprend pas, pas plus qu’un Powell ou qu’une Lagarde.

4 réflexions sur “Editorial. Un texte fondamental, mais hélas, j’en conviens pas facile. Essayez quand même.

  1. Le problème de lire Mr Bertez, c’est que je n’arrive plus à lire ou écouter les autres économistes. J’ai encore éteint  » C dans l’air » hier soir après une sortie naïve et optimiste de Nicolas Bouzou en disant à mon écran : « il ne comprend vraiment rien celui-là ».
    Bon dimanche, avec un peu d’ironie.

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  2. Avant , la rentabilité était un tout parce que signe du réel
    Il y a peu encore,, la valorisation boursière d’une société se faisait à partir des valeurs de marché des différents constituants d’un bilan.
    Mais dès 2008, il a fallu abandonner cette pratique qui aurait engendré des accidents boursiers dommageables à l’Economie
    il a fallu biaiser ; biaiser pour finalement ne reconnaître qu’un seul critère ; celui de la valorisation que voulait bien donner le marché
    tout est artificiel , les banques centrales l’entretiennent comme le lait sur la soupe, faudrait pas que ça déborde !

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  3. Cet article résonne vraiment pour moi qui travaille dans le monde IT.

    Thoma Bravo, un fonds de capital risque vient de racheter Proofpoint pour 12,3 milliards de dollars.

    Regardez les caractéristiques financières de Proofpoint et vous verrez que cette entreprise n’a pas gagné d’argent depuis longtemps (depuis sa création ?)

    Proofpoint n’est pas le seul dans ce cas.
    On peut bien sûr mettre dans ce panier de crabes : Uber, Lyft, Nikola, Tesla, …

    Aujourd’hui, dans le monde informatique, la valeur d’usage ne compte plus (traduction : il n’est pas nécessaire pour une société d’être rentable).
    Ce qui compte, c’est la valeur d’échange : le prix de revente ou le montant de l’introduction en Bourse.

    Actuellement, cela va beaucoup plus loin encore : la valeur d’usage gêne la valeur d’échange : si une entreprise « perd son temps » à essayer d’être rentable, elle va perdre de la croîssance et donc obérer sa valeur d’échange optimale.

    Comme le disait un ami, chef d’une entreprise qui a réalisé plusieurs levées de fonds : « à ce niveau de développement, l’accident ce serait d’être rentable » (!)

    A ce niveau, on sait qu’on marche sur la tête, mais il y a plus grave, car toutes les sociétés qui se préoccupent de développer leur valeur d’échange sans se préoccuper de leur valeur d’usage, prennent les meilleurs ressources à celles qui se préoccupent encore de rentabilité, puisqu’elles surpayent les talents sans se soucier des coûts.

    Les sociétés dans le secteur informatique qui essaient de garder une valeur d’usage sont frustrées. Elles finissent d’ailleurs souvent par se vendre aux premières qui ont un accès plus facile au capital. Ces dernières légitiment ici leur stratégie.

    Et tout cela tient parce que les banques centrales arrosent sans cesse le marché.

    C’est vous dire si j’ai hâte que la monnaie papier revienne à sa valeur intrinsèque, telle que suggéré par Voltaire.

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