Editorial: la Bulle comme symbole, comme structure de notre société. Nous nous inadaptons.

L’intelligence est un outil, un scalpel qui nous sert à comprendre le Réel et à nous y adapter .

Je persiste à penser qu’au dela de toutes les imbécilités qui retiennent notre attention et nous pervertissent il n’y a qu’une seule chose importante c’est l’adaptation au monde.

Nos sociétés font tout pour l’oublier, pour oublier la nature, pour nier ce que nous sommes, pour détruire les acquis civilisationnels, pour détruire la pensée symbolique qui est le reflet du Réel et du Naturel. Nos sociétés sont acharnées à déconstruire. Ah la folie de la déconstruction!

Elles y mettent une énergie féroce, suicidaire. A peu près aussi grande que celle qu’elles gaspillent pour nier notre finitude. Cette finitude qui fait le prix de la vie, que dis-je, sa valeur, et sa dignité.

Si vous reflêchissez, nous vivons sur de terribles mensonges, sur de terribles distractions. En fait nous vivons une non-vie, une négation de notre vie. Comment expliquer autrement cette folie du virtuel, de la transgression, ce goût pour les narratives idiots?

Je l’exprime souvent par une comparaison sinistre, la vie moderne et post-moderne est à la vraie vie ce que la masturbation est à faire l’amour.

Faire l’amour c’est la rencontre avec un objet, une personne ; se masturber c’est ne rencontrer qu’un fantasme. Le pervers-narcissisme devient la norme .

La division du travail, la glissade dans l’abstraction, l’immersion dans le monde des signes, l’exploitation qui nous rend étranger à nous même, tout cela fait que nous perdons contact avec le monde et que nous nous enfonçons dans la névrose.

Nous nous inadaptons.

Je soutiens que l’homme est intersection, c’est à la fois un être de nature et un être de culture, corps et âme, animal et signe. Nous sommes « signes » par notre psyché mais reliés à un « corps ». La modernité disjoint les deux, elle autonomise les signes, elle les laisse se combiner selon leur logique ou leur folie. C’est le Pacte Faustien.

La modernité détruit les ancrages et fait passer les ombres pour les corps . Il n’y a pas que la Bourse qui est bullaire et qui lévite, tout est devenu bullaire, déconnecté, et flotte au gré des caprices, des modes, des engouements.

Les valeurs d’usage disparaissent , occultées, oblitérées par les valeurs d ‘échange et les valeurs désir.Tout est frivole et fétiche non essentiel. Nous vivons dans le méhistophélique.

Il y a des névroses individuelles et des névroses sociales, ce sont celles que nous habitons à notre insu. Les névroses sociales sont aussi inconscientes que les névroses personnelles. La névrose sociale, à mon sens, est un fait social au sens de Durkheim.

Même nos savants sociologues sont, dans la plupart des cas plongés dans cette névrose, ils en sont des symptômes. Nos savants sont eux aussi dans la bouteille, comme les mouches.

Nous vivons dans un imaginaire de plus en plus déconnecté du vrai monde; nous sommes des aliénés dans un asile psychiatrique et ceux qui dirigent l’asile sont encore plus aliénés que nous car nous choisissons les pires d’entre nous.

Parmi les pervers narcissiques nous choisissons les sociopathes.

La société se désadapte à la vie, nos modèles sont les anti- modèles! Les banlieues sont l’avenir de la France, comme les déviants sexuels. La société perd jusqu’à la capacité de se reproduire, de se protéger, de se survivre.

Notre intelligence a bifurqué , elle a pris le mauvais embranchement, celui qui récompense le vice et décourage la vertu. Au lieu de nous guider, notre intelligence nous perd. Nous suivons les joueurs de flute.

J’en arrive à croire que c’est le retour à la barbarie qui nous sauvera: il pourrait signifier le retour à l’épreuve du réel.

Il pourrait être notre Statue du Commandeur, notre corde de rappel. Et nous forcer à la réconciliation avec ce que nous sommes.

Il pourrait crever la bulle. Nous faire atterrir .

Finalement Pascal avait raison, « qui veut faire l’ange fait la bête » sa phrase serait reversible et peut etre qu’un retour à notre bestialité nous permettra de prétendre à nouveau être des anges.

A la Une du Figaro ce jour , en haut de Une qui hiérarchise l’information, ce jour c’est :

Le débat sur la légalisation du cannabis qui divise la majorité!

Tout est dit.

8 réflexions sur “Editorial: la Bulle comme symbole, comme structure de notre société. Nous nous inadaptons.

  1. Bonsoir Monsieur Bertez,

    Merci à vous pour ce texte très juste qui remet les choses en place.

    J’ai l’impression de vivre en pleine période de décadence des sociétés occidentales en général, et de la société française en particulier , où les valeurs sont inversées et où le sens des choses s’est peu peu perdu.

    Votre remarque sur la proéminence des valeurs d’échange et des valeurs désir au détriment de la valeur d’usage est très juste. Elle me semble être une des conséquences du consumérisme et de la facilité auxquels beaucoup d’entre nous ont succombé et se sont habitués depuis les années 60 (« jouir sans entrave »).
    Et je n’y ai pas échappé non plus malgré l’éducation que j’ai reçue (dans un environnement culturel et éducationnel de droite, conservateur), un enseignement qui s’est déroulé en école privée catholique sous contrat jusqu’au bac, en ayant fait mon service militaire juste avant l’arrêt de celui-ci.

    La lecture très régulière de votre site depuis 2018 (entre autres) m’a aidé à (re)prendre pleinement conscience du réel, ainsi que des tendances de moyen-long terme qui se profilent et auxquelles on ne pourra pas échapper.
    Si j’avais un vœu à faire, ce serait de continuer à faire ce que vous faites.

    Je profite de ce commentaire pour vous remercier de la qualité de vos articles, mais aussi de l’exigence que vous demandez au lecteur quidam (dont je fais partie) pour les suivre et les comprendre.

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  2. L’homme est une corde tendue entre la bête et le Surhomme, une corde au-dessus d’un abîme. Danger de franchir cet abîme, danger de se mettre en route, danger de regarder en arrière, danger d’être saisi d’effroi, danger de s’arrêter soudain.
    Ainsi parlait Zarathoustra (1883-1885) ou bine, Friedrich Wilhelm Nietzsche

    Merci Mr Bertez, pour ce texte et aussi pour les autres !

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  3. Bonjour, vous dites : « J’en arrive à croire que c’est le retour à la barbarie qui nous sauvera: il pourrait signifier le retour à l’épreuve du réel. » J’aimerais que vous ayez raison. La barbarie est certes réelle, comme l’histoire est, elle, tragique, mais ces dernières années n’ont pour l’instant pas validé cela. Je ne vois à l’horizon aucun ressort dans cette société occidentale, qui s’est perdue, qui s’est livrée aux barbares. Plus le réel est affolant plus les dénégations vont bon train et sont déclamées avec force. Je vois pour le moment une société dépressive qui a choisi la cécité car justement elle ne supporte plus les rapports de force.

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  4. Imaginons, notre monde sans Pétrole ?

    Qui pourra marcher vingt km par jour pour aller au travail ou se nourrir ?
    Qui saura allumer un feu de bois pour se chauffer et qui saura encore couper du bois ?
    Qui saura se soigner sans médicaments ?
    Qui saura rendre productif un jardin ?
    Qui saura coudre ses vêtements ?

    Au début de XXe siècle plus de 80 % de la population française maitrisait ces savoir-faire de base !

    Aujourd’hui, certainement moins de 20% de la population pourrez vivre comment vivaient nos aïeux en 1900.
    Aussi, quand la bulle démographique éclatera, ce sera sauve qui peut !!!!

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  5. Excellent!
    Des zombies… scotchés à leur écran jeux-tv réalité-séries avatar de vie.
    Des zombies… masqués même sans obligation car vivant dans la peur de leur finitude.
    Des zombies… courbant la tête sous le joug d’une bienveillante victimisation.
    Des zombies… dénués de sang (le rouge de la vie) s’en détournant et se nourrissant de plantes…vertes. L’humain devenu proie et non prédateur.
    Des zombies… car rejetant leurs racines et leur histoire non ‘conventionnelle’.

    Quand on sait que le principe même de la vie est un combat puisque vie et mort imbriqués.
    Qui dit combat dit hiérarchies des forces et intelligences: tout ce que notre société actuelle se tue à bannir dès le plus jeune âge. Or c’est le principe même de l’évolution des espèces dans un but d’adaptation et de pérennisation justement.
    Mais quelle évolution de l’espèce humaine souhaite t’on?
    Une espèce forte et donc combative? Ou faible et donc soumise?
    Ce virus Covid et son instrumentalisation n’ont-ils pas révélés la soumission des peuples? Car on ne peut parler de combat face à ce virus, mais plutôt de faiblesse mis en avant face à la maladie et aux moyens pour s’en défendre…

    Une éclatante révélation si besoin était de la tournure proposée.

    Ce serait-donc la barbarie des insoumis qui nous sauverait…??
    Intéressant.
    Soit-dit en passant l’âge médian diffère ‘quelque peu’ entre les banlieues et le reste (peu d’enfants et vieillissant).

    De toute façon le réel lui… sera toujours bien présent….

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  6. Encore un billet de fond, qui démonte gentiment nombre de pseudo penseurs soixante-huitards..
    Concernant le cannabis, on voit que les manipulateurs sociaux sont bien dans le réel, eux: en légalisant cette drogue insidieuse qui annihile la volonté, on annihile tranquillement la seule menace qui tienne, celle d’une jeunesse qui prendrait conscience de sa situation et se révolterait . Sous peu, il sera remboursé par la sécu, financée par ceux qui bossent . C’est encore meilleur.

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  7. Excellent texte, très beau à lire et tellement juste (selon moi).
    Nous sommes en plein darwinisme, tout s auto régule un jour ou l autre pour corriger les excès.
    La société humaine que vous décrivez me fait de plus en plus penser que ce système à peut etre commencer son effondrement.
    J ai pris un réel plaisir à relire plusieurs fois votre texte.

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