Editorial: Comment se comporteront les « animal spirits » quand ils sentiront à nouveau l’odeur du bol de punch ou du coup de whisky?

Lors de la crise de 2008, j’ai proposé une interprêtation plus vaste que l’interpretation dominante imposée par les idéologue des banques centrales.

J’ai expliqué qu’une crise c’est quand une rupture se produit dans les certitudes, quand un invariant lache et se met à varier. La crise c’est quand une certitude s’effondrant, le réel cesse d’être dérivable, la linéarité laisse la place au fractal ou a l’exponentiel On passe de l’arithmétique au géométrique.

En 2008 il y a deux invariants qui ont lâché, le premier c’est la croyance que les prix de l’immobilier ne pouvaient que monter, le second c’est l’illusion que le marché du refinancement des banques jamais ne se tarirait.

On a vu ce qu’il en est advenu quand les zozos comme Bernanke ou Paulson ont osé dire: « la crise est contenue ». Ces gens ne savent pas dans quel monde nous vivons, ils ne connaissant que l’imaginaire dans lequel ils vivent.

Nous vivons de la même façon sur les invariants suivants :

l’inflation actuelle est transitoire

les marches financiers sont à leur prix car les taux sont bas ou nuls

le levier est maitrisé , les risques sont circonscrits

la demande pour la monnaie de la Fed ne se dérobera pas.

Ces invariants ne sont pas indépendants les uns des autres et il faut observer que la seule rupture de l’un d’entre eux précipitera la dégringolade des autres. Je vous conseille d’en faire l’examen dans votre tête. Vous prenez l’un des invariants , vous le faites sauter et vous imaginez ce qui se passe chez les autres.

L’invariant d’actualité c’est l’inflation.

C’est lui qui retient l’attention et qui fait l’objet des débats. Cela ne veut pas dire que l’édifice, l’échafaudage ne lâchera pas ailleurs ou plus vraisemblablement ailleurs et sous une forme indirecte qui ne se donnera pas à voir facilement. Ainsi la catastrophe Archegos aurait ou pourra avoir des ramifications car elle met en cause toute une chaine de risques que l’on retrouve enfouis dans les offices familiaux, dans les SPACs, chez Ark etc.

Mais restons sur l’inflation car c’est l’actualité centrale.

 Une surprise à la hausse de l’inflation pourrait avoir des ramifications importantes. Le marché obligataire serait confronté à une instabilité majeure. 

Au-delà de l’avilissement des cours et de la dilatation des primes de risques , on craindrait la mise en branle d’une dynamique déstabilisatrice: réduction des risques / désendettement/chute de valeur des collatéraux/ grippage du marché du refinancement/disparition de la liquidité.

Tout cela viendrait augmenter les value @risk dans les bilans des banques. et réduirait leur capacité bilantielle. Hmm! Vous croyez les banques solides?

 L’instabilité et l’illiquidité du marché deviendront des problèmes encore plus importants, voire dramatiques car au même moment les pressions inflationnistes affaibliront la propension/la latitude de la Fed à réaliser des injections rapides et massives. 

Soudainement, le marché sera obligé de réévaluer la fiabilité de son filet de sécurité. Il doutera d’un invariant majeur, la capacité de la Fed à mettre en place le fameux « PUT ».

C’est le scénario qu’il faut envisager: montée des pressions inflationnistes qui fait peur au marché obligataire en même temps que la Fed a besoin pour maintenir sa crédibilité de déployer ses plans pour réduire le QE et commencer les hausses de taux. 

L’instabilité du marché obligataire déclencherait alors une phase de désendettement, d’autant plus meurtrière que les marchés ‘actif sont gorgés de spéculation sur levier, y compris sur les actifs dont tout le monde sait qu’il ne sont que du vent comme les cryptos, les SPACs et autres ectoplasmes.

Je soutiens que c’est une erreur de gestion et pas seulement une erreur de Com de la part de Powell que de décréter que l’inflation sera transitoire: la compétence aurait dicté la prudence et un jugement nuancé. Au lieu du tout ou rien , Powell aurait introduit un doute gérable, il se serait laissé la possibilité de s’adapter en souplesse, et le marché aurait été dérivable; il serait resté linéaire.

De la même façon je soutiens qu’il faut être stupide ou incapable pour oser reconnaitre que les cours actuels des actions sont justifiés par les taux bas , car en effet cela revient à reconnaitre que quand les taux vont devoir monter, les cours des actions ne seront plus justifiés et qu’ils devront s’effondrer. Powell ne se laisse aucune porte de sortie.

L’erreur colossale de Powell est de préempter c’est dire de renforcer le poids des invariants. Préempter c’est jouer son vatout pour être convaincant. Ce faisant il s’interdit de piloter en souplesse et de tenter de remettre du linéaire quand la rupture intervient.

Powell tombe dans le piège de croire aux modèles, or les modèles posent tous comme principe que l’histoire va se répéter . Ainsi les modèles disent que les QE et les injections de liquidités provoquent des achats en bourse. De la à penser qu’il suffit toujours de compter sur cette injection de liquidités pour contrôler la bourse, il n’y a qu’un pas. .. qu’il ne faut surtout, surtout pas franchir.

Les injections de liquidités ne sont pas toujours suffisantes pour arrêter les débacles on l’a vu en 2000, 2008 et en mars 2020 . Il y a des moments ou les opérateurs et détenteurs de portefeuilles considèrent qu’il vaut mieux détenir du cash plutôt que des actions ou des obligations. La liaison entre liquidités et soutien des cours de bourse est tout sauf nécessaire et organique. Comme le démontre Hussman le lien entre création de liquidités et cours boursiers n’est pas réel il est magique, il résulte d’une croyance.

Il convient de rappeler le chaos de mars 2020. Les marchés ont poursuivi leur réduction des risques / désendettement en panique alors même que la Fed annonçait de colossales injections de liquidité. Ce n’est que lorsque la Fed a intensifié sa réponse par des injections monumentales que la dynamique du crash s’est inversée. 

Combien faudra-t-il la prochaine fois?

Car il y aura une prochaine fois, le besoin de destruction a considérablement augmenté depuis 1 an et comme le besoin de destruction ne peut pas être satisfait car le système ne supporte plus la destruction, alors va falloir soutenir l’édifice, bétonner, colmater .

La structure des marchés n’est plus viable et l’exceptionnel que constituent les taux zéros, les achats de titres, les assurances et les promesses à perte de vue, cet exceptionnel doit devenir récurrent.

Le peuple est en train d’apprendre il a enfin compris ce que les initiés et les grands prêtres de la religion financière ont compris il y a plusieurs années . Retenez bien l’apprentissage est une donnée dont il faut tenir compte.

Comment se comporteront les animal spirits quand ils sentiront à nouveau l’odeur du bol de punch ou du coup de whisky?

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