Le long terme existe, c’est la correction des erreurs du court terme!

L’écrivain philanthrope, investisseur et économiste légendaire, théoricien de la Valeur Benjamin Graham a dit un jour: «relier ce qui est payé aujourd’hui à ce qui sera obtenu plus tard est un trait fondamental de l’investissement.» On investir pour avoir un retour sur investissement.

Les marchés financiers sont des espaces où les croyances des individus déterminent les comportements, produisant collectivement des résultats qui informent et alimentent ensuite les croyances à leur tour. C’est la circularité. Dans certains cas, elle peut muter en cercles vicieux!

À court terme, il peut ne pas être pertinent de savoir si ces systèmes de croyance sont fondés. Mieux même, ceux qui réussissent le mieux dans le court terme sont ceux qui ont le moins d’esprit critique et adoptent le plus généreusement les croyances dominantes. Dans un premier temps, ce sont ceux que l’on appelle les gogos qui profitent le mieux des croyances puisque les gogos ne doutent pas. Ils enfourchent les convictions du moment.

À plus long terme, la question du prix que l’on paie pour un investissement est incontournable.

Les élites veulent que vous croyiez que le long terme n’est qu’une succession de courts termes et que ce qui se passe aujourd’hui sera prolongé demain.

Elles veulent que vous extrapoliez. C’est ce que dit le cynique Keynes, ingénieur social au service des élites lorsqu’il dit « à long terme nous seront tous morts ». Il sous entend qu’il ne faut se préoccuper de ce qui va se passer plus tard. Ou encore contentez vous de faire ce que l’on vous dit dans le court terme, pour le long terme, nous, on s’en charge. C’est un gros mensonge, le long terme existe et il est radicalement différent du court terme, mieux le long terme c’est la correctionn des erreurs du court terme. En passant je vous signale que la philosophie des gouvernements est la recherche d’optimum de court terme. Les optimum de Pareto.

L’un des éléments les plus convaincants du système de croyances qui soutient les évaluations records et la dette commerciale sur les marchés est l’illusion selon laquelle la banque centrale a la capacité de soutenir indéfiniment des évaluations élevées par la création de liquidités..

Des décennies d’intervention ont fait des banques centrales des locomotives de la spéculation auto-renforçante.

De simples expressions telles que «soutien de la Fed» suffisent désormais à asseoir des stratégies d’investissement complexes.

Un exemple de cette « confiance » est l’affirmation quasi universelle selon laquelle des valorisations record sur les marchés boursiers sont justifiées par des taux d’intérêt bas.

Mais qu’entend-on par «justifié»?

Il est évident que plus le prix payé aujourd’hui pour un ensemble de flux de trésorerie futurs est élevé, plus le rendement à long terme auquel on peut s’attendre est faible. C’est la logique meme de l’action d’investir, logique rappelée en exergue de larticle. On investit maintenant pour recevoir un « plus », un retour futur et plus on paie cher ce flux futur moins il est interessant d’investir.

Les valorisations boursières élevées réduisent les rendements futurs des marchés boursiers.

Des taux d’intérêt historiquement bas peuvent «justifier» des valorisations boursières record, mais seulement de la même manière que se crever l’œil avec un bâton «justifie» de se fracasser le pouce avec un marteau.

La situation est pire si, comme au cours des dernières décennies, la baisse des taux d’intérêt s’accompagne d’une croissance inférieure à la moyenne du produit intérieur brut et des revenus des entreprises.

Les évaluations enregistrées ne font alors qu’ajouter l’insulte à la blessure.

Il peut être utile d’examiner de manière critique la croyance selon laquelle la «liquidité» de la banque centrale est un mécanisme fiable pour soutenir les évaluations de marché.

Les achats d’actifs de la banque centrale s’opèrent en retirant les titres portant intérêt des mains privées et en les remplaçant par de la monnaie de base à taux zéro (réserves bancaires et monnaie).

Comme les actions, les obligations ou tout autre titre, une fois que la monnaie de base est créée, elle doit être détenue par quelqu’un à tout moment jusqu’à ce qu’elle soit retirée par une banque centrale.

Les achats d’actifs des banques centrales «soutiennent» le marché des actions principalement en amplifiant l’inconfort des investisseurs qui doivent, dans leur ensemble, détenir cette monnaie de base à taux zéro. La monnaie a taux zero injectée par la banque centrale est une sorte de Mistigri dont il faut se débarrasser. Plus on en crée une concurrence entre ceux qui la détiennent pour acheter quelque chose qui rapporte encore un peu, d’ou la hausse du prix des actifs .

Au moment où l’on tente de placer cette liquidité «dans» le marché boursier, elle se retrouve aussitôt «entre les mains d’un vendeur». Cette liquidité n’est pas «sur la touche ». Il n’y a jamais de monnaie en de reserve.

L’argent de base est là jusqu’à ce qu’il soit retiré. mais plus on en met , plus il coule vers les marchés d’actifs et les fait monter, il les fait monter jusqu’a ce qu’ils ne rapportent plus rien. Ou plutot jusqu’a ce que les speculateurs se rendent compte qu’il ne rapporte plus rien. L’inconfort lié à la liquidité à faible taux d’intérêt amplifie la spéculation à la recherche de rendement sur d’autres actifs, mais seulement tant que les investisseurs s’attendent/croient à des rendements plus élevés sur ces alternatives.

La spéculation à la recherche de rendement a alimenté la bulle des titres hypothécaires et des prix des logements qui s’est terminée par la crise financière mondiale, mais l’assouplissement persistant de la Réserve fédérale n’a pas fait grand-chose pour arrêter cette crise une fois l’aversion au risque installée.

Ce n’est pas l’assouplissement monétaire qui a stoppé la degringolade en 2009; c’est l’assouplissement des normes comptables bancaires sur l’évaluation des actifs en mars 2009 qui y est parvenu.

Avec des valorisations record, les marchés dépendent à nouveau du biais psychologique des investisseurs d’exclure la possibilité de pertes sur le marché.

Les banquiers centraux eux, semblent tout à fait disposés à ne pas tenir compte des évaluations spéculatives dans la poursuite de leur «double mandat» d’inflation et de chômage.

Cette adhésion pourrait être excusée si la politique monétaire activiste avait des effets de premier ordre importants et fiables sur les variables économiques, et seulement des effets de second ordre sur l’instabilité financière, au lieu de l’inverse. Les effets sur les variables économiques sont très faibles mais les effets sur les variables financières sont grands.

Ces dernières années, les évaluations n’ont pas eu d’importance. De toute évidence, si la surévaluation seule était suffisante pour faire baisser les marchés, on ne pourrait jamais atteindre les valorisations extrêmes observées en 1929, 2000 et aujourd’hui .

Le problème est que les investisseurs considèrent désormais que les marchés vont rester sur un plateau en permanence élevé. Les investisseurs encouragés par les banquiers centraux croient naivement que toujours les cours resteront sur un haut plateau, exactement comme ils l’ont cru en 1929. Les banquiers le leur font croire en disant: « les taux vont toujours rester bas ou nuls » voire negatifs!

En 1934, Graham et David Dodd ont décrit les erreurs qui ont contribué à l’extrême de 1929 et l’effondrement qui a suivi. Ils ont observé que les investisseurs avaient cessé de faire attention aux valorisations au profit des Tendances dominantes, c’est à dire des extrapolations etdes modes.

Adapation de JP Hussman repris par le FT

3 réflexions sur “Le long terme existe, c’est la correction des erreurs du court terme!

  1. Ok.
    Si la monnaie dans laquelle sont exprimées les valorisations se dévalue, pourquoi ces valorisations seraient elles insoutenables à terme et devraient elles revenir aux ratios historiques par une baisse des valorisations plutôt que par une hausse de tous les autres prix?
    Se pourrait-il que les valorisations restent à leur niveau actuel et que l’écart avec le réél sera comblé par la transmission de l’inflation à tous les autres prix de telle sorte à ce que in fine le réel renoue avec les ratios historiques, non par par une baisses des valorisations, mais par une hausse nominale de tous les autres prix (les valorisations seraient l’ancrage, le référentiel, le pivot, les prix qui ne baissent plus)?
    La mascarde serait à terme uniquement visible dans le prix de l’or exprimé dans la monnaie dévaluée.

    J'aime

  2. La surévaluation apparente n’est-elle pas une illusion soutenable sur le long terme parce que la monnaie dans laquelle ces valorisations sont exprimées se dévalue par rapport à l’or, un or qui par le temps qui courent est la seule monnaie remplissant ses fonctions? La soutenabilité ou insoutenabilité ne dépend elle pas simplement du référentiel qu’on adopte (monnaie vs or)?

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s